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►04MA2005
FRANÇAIS→►Interview de Traian Basescu, président de la Roumanie
Depuis son élection en décembre dernier à la tête de la Roumanie, Traian Basescu n'a qu'une seule obsession : l'adhésion de son pays à l'Europe le 1er janvier 2007. Un rêve sur le point de devenir réalité, mais Traian Basescu sait que son pays doit rester très prudent à cause de la
HEMINGWAY Ernest
Américain - 20° siècle
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Biographie
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1898-1961Les guerres, la boxe, la corrida, la chasse, la pêche au gros et ...l'alcool: la vie d'E. Hemingway fut une cohabitation risquée avec la mort qu'il a finalement décidé de se donner en juillet 61. Cette fascination pour le danger est au coeur de ses oeuvres.Né à Oak Park dans un milieu bourgeois, artistique et protestant, il refuse la carrière médicale que son père a choisie. Il devient alors reporter au Kansas City Star et il y apprend les bases du style journalistique qu'il n'oubliera pas. Chauffeur volontaire d'une ambulance de la Croix-Rouge, il traverse Paris en mai 1918 et est blessé à Milan. C'est dans un hôpital de cette ville qu'il tombe amoureux d'une infirmière mais l'aventure se termine dans l'amertume: L'Adieu aux Armes et Une très courte histoire évoquent cette partie de sa vie.En 1921, il s'installe à Paris et reste correspondant pour le Torronto Star. Il fait son apprentissage littéraire en Europe, auprès d' E. Pound, Joyce, Fitzgerald et Picasso. Cinq ans plus tard, il rentre aux Etats-Unis et connaît son premier succès avec Le soleil se lève aussi.A partir des années 30, de nouveaux thèmes apparaissent dans son oeuvre: l'échec moral, le talent trahi, la hantise de la corruption... Il s'engage pendant la guerre civile espagnole comme défenseur de la cause républicaine. Il y puise aussi le matériau de Pour qui sonne le glas.Installé à Cuba, il devient "Papa Hemingway" et s'introduit dans le monde de l'espionnage chez les Espagnols néo-nazis. Reporter de juin à décembre 1944, il accompagne les armées alliées en Europe et parachève son image de héros au destin tragique. Usé par les accidents et l'alcool, il préfère la mort à la déchéance physique et littéraire.Hemingway a apporté à la littérature du 20e siècle une écriture elliptique, la technique du non-dit, la recherche du trait révélateur, le culte du "mot juste", la notation précise des comportements et des sensations. Ce style nouveau sert des thèmes originaux, comme la victoire dans la défaite, l'initiation cruelle de l'adolescence, l'expérience affective et intellectuelle, transcendée par l'écriture, "sans trucage ni tricherie". Et la lutte contre le destin dont il ressort que l'homme n'est jamais vainqueur:"Je m'étais souvent senti seul avec bien des femmes, et c'est ainsi qu'on se sent le plus seul; mais, nous deux, nous ne nous sentions jamais seuls, et nous n'avions jamais peur quand nous étions ensemble. Je sais que la nuit n'est pas semblable au jour, que les choses y sont différentes, que les choses de la nuit ne peuvent s'expliquer à la lumière du jour parce qu'elles n'existent plus alors; et la nuit peut être effroyable pour les gens seuls, dès qu'ils ont pris conscience de leur solitude; mais, avec Catherine, il n'y avait pour ainsi dire aucune différence entre le jour et la nuit, sinon que les nuits étaient encore meilleures que les jours. Quand les individus affrontent le monde avec tant de courage, le monde ne peut les briser qu'en les tuant. Et naturellement il les tue. Le monde brise les individus, et chez beaucoup, il se forme un cal à l'endroit de la fracture; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. Si vous n'êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y mettra le temps." L'Adieu aux armes, Hemingway
Oeuvres
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Liste des oeuvres Le soleil se lève aussi (1926) Les neiges du Kilimandjaro (1927) L'Adieu aux armes (1929) Les vertes collines d'Afrique (1932-35) Mort dans l'après-midi (1932-35) Pour qui sonne le glas (1940) Au-delà du fleuve et sous les arbres (1949) Le vieil homme et la mer (1952) Iles à la dérive (posth. 1971) Paris est une fête (posth. 1964) Le Jardin d'Eden (posth. 1989)
Suggestions
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Le site Un siècle d'Ecrivains offre une documentation complète sur Hemingway avec des articles de son époque. The Hemingway Resource Center répertorie les meilleurs sites en anglais. Quelques extraits du Vieil homme et la Mer (Académie de Strasbourg) et des articles, parus à l'occasion de son centenaire, pour une approche de l'homme, derrière la légende. On peut suggérer d'intégrer des extraits de l'oeuvre à un groupement de textes sur l'héroisme (voir le site Philagora et la partie consacrée à ce thème dans la littérature du 19e siècle).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 9/2/00
clause de sauvegarde introduite par l'Union Européenne dans les conditions d'adhésion. Une équipe d'EuroNews a rencontré Traian Basescu à Bucarest. Il parle de la future adhésion et de ses réformes politiques en cours.EuroNews : Que pensez vous de la clause de sauvegarde introduite par l'Union Européenne. Est-ce un manque de confiance envers la Roumanie ?Traian Basescu : Et bien... soyons honnête. Les uropéens ont eu raison d'introduire cette clause car historiquement parlant la Roumanie a l'habitude de s'engager mais de ne pas tenir ses promesses. Alors je comprends très bien que les Etats-membres ont besoin d'être rassurés pour l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Si nous respectons toutes les conditions de la clause, alors la Roumanie deviendra un pays plus performant.EuroNews : La Roumanie a promulgué une importante loi contre la corruption. Pensez-vous que cette loi fonctionne ?Traian Basescu : Le point clef n'est pas la loi que nous avons approuvée et que nous commençons à mettre en application. Le plus important pour la justice roumaine est son indépendance. Une justice qui ne doit pas être contrôlée par les politiciens. Je peux vous garantir que sur mes quatre premiers mois de mandats, hebdomadairement et parfois quotidiennement j'ai publiquement demandé aux institutions d'Etat d'agir suivant la loi et non suivant le bon vouloir des politiques. En tant que président roumain je ne suis pas intéressé par les petits poissons. Ces petits poissons peuvent être attrapés par n'importe quel procureur, policier, n'importe qu'elle personne chargée de combattre la corruption. Mon objectif en tant que président est de nettoyer la classe politique des requins, les gros requins.EuroNews : A qui pensez-vous lorsque vous parlez de gros requins ?Traian Basescu : Parmi les 300 plus riches personnes de Roumanie existent de nombreux gros requins de l'économie. Nous devons nous attaquer à eux. Si vous lisez les journaux ces jours-ci, vous verrez qu'une partie d'entre eux est déjà en prison. Et nous allons continuer. Nous allons tout d'abord repérer les politiciens qui les soutiennent et qui leur permettent de réaliser de telles fraudes. Et je n'interromprai pas le processus. Je l'encouragerai toujours.EuroNews : Pensez-vous que les personnes en charge des poursuites contre la corruption font du bon travail ?Traian Basescu : Ils me présentent quelques petits cas de fonctionnaires qui ont reçu 500 euros, ou des docteurs qui perçoivent des bonus... je ne sais pas... des d'officier du ministère de la défense qui ont je ne sais quel petits arrangements... Des petits cas. Je discute avec eux et je les conseille. Lors de la dernière réunion il y a quelques jours je leur ai dit qu'ils devaient s'attaquer aux grosses affaires.EuroNews : De votre point de vue, quel rôle peuvent jouer les Etats-Unis en Europe ?Traian Basescu : Il est clair que les Etats-Unis semblent plus interessés que les Européens par l'instabilité en mer Noire. J'ai discuté avec des politiciens européens. Je les ai invités à regarder la situation de la mer Noire. On a parlé de trafic de drogue, de personnes de ces régions qui partent dans des pays d'Europe de l'ouest. On a parlé de trafic d'armes qui part vers les Balkans, le Proche-Orient, l'Afghanistan, l'Irak. Nous devons continuer à conseiller nos amis de l'Union européenne car tôt ou tard nous aurons tous un problème avec la mer Noire. Bien sûr les Américains sont plus réactifs. Ils ont déjà compris l'importance de la Mer Noire pour la sécurité de l'Europe et je suis convaincu que tôt ou tard, tout le monde portera son attention sur la mer Noire et selon moi la solution est d'internationaliser ces eaux comme le sont actuellement les eaux de la mer Méditerranée.
FRANÇAIS→►Presidente da Roménia alerta para perigo de segurança no Mar Negro
Desde a sua eleição como Presidente da Roménia, em Dezembro, que Traian Basescu possui um grande objectivo: a adesão do seu país à União Europeia em Janeiro de 2007. Um sonho que ainda não se tornou real, mas Basescu sabe que a Roménia tem de ter muito cuidado devido à cláusula de salvaguarda que Bruxelas estabeleceu. Uma Equipa da EuroNews entrevistou-o em Bucareste e o processo de adesão e a sua política de reformas foram alguns dos temas.EuroNews: O que é que acha da cláusula de salvaguarda adoptada pela União Europeia. Pensa que existe uma certa falta de confiança em relação à Roménia?Traian Basescu: Bom, vamos ser honestos. Os europeus tiveram razão em introduzirem esta cláusula, porque a Roménia tem um historial de assumir compromissos e não os cumprir. Ao mesmo tempo compreendi muito bem que as populações dos países europeus precisam de ser protegidas da adesão da Roménia e da Bulgária. Se alcançarmos todas as metas definidas nesta cláusula, a Roménia será um país realizado.EuroNews: A Roménia criou importante legislação contra a corrupção. Pensa que ela vai funcionar?Traian Basescu: O centro da questão não é apenas a acção no terreno que aprovámos e começámos a implementar. O ponto fulcral tem a ver com a justiça, ou seja, a independência de uma justiça que não pode estar controlada pelos políticos. Posso garantir que, semanalmente e por vezes diariamente, nos meus primeiros 4 meses de mandato, peço publicamente às instituições estatais para actuarem em sintonia com a lei e não de acordo com influências políticas. Como Presidente da Roménia não estou interessado nos peixes miúdos. Os peixes miúdos têm que ser capturados por procuradores, policias ou outra pessoa que desempenhe as funções de lutar contra a corrupção. O meu objectivo como Presidente é limpar a classe política dos tubarões, os grandes tubarões.EuroNews: Quando fala em grandes tubarões, a quem é que se refere?Traian Basescu: Alguns dos 300 homens mais ricos da Roménia são de facto os maiores tubarões da nossa economia e por isso temos que atacá-los. Se reparar nos jornais, hoje em dia, irá perceber que alguns deles já estão presos. Nós vamos prosseguir. Em primeiro lugar, vamos continuar a detectar políticos que os apoiam em grandes fraudes. Não vou parar... irei sempre encorajar o processo.EuroNews: Pensa que todos os procuradores encarregados de combater a corrupção estão a trabalhar bem?Traian Basescu: Eles apresentam pequenos casos onde estão envolvidos funcionários públicos que recebem 500 euros ou doutores que obtém presentes de pessoas... com funcionários do Ministério da Defesa... não sei como funcionam, pequenos casos. Eu discuto com eles, como na reunião de há dois dias e aconselho-os a darem atenção aos grandes casos.EuroNews: Na sua perspectiva qual é o papel mais importante que os Estados Unidos podem desempenhar na Europa?Traian Basescu: É notório que os Estados Unidos preocupam-se mais com a instabilidade no Mar Negro do que a União Europeia. Discuto com os políticos europeus, convido-os a olharem a situação no Mar Negro, seja do ponto de vista do narcotráfico, do tráfico humano para países da Europa ocidental ou mesmo do comércio legal de armamento, cujo destino são países dos Balcãs e do Médio Oriente, como Afeganistão ou Iraque. Temos que continuar a alertar os nossos amigos da União Europeia que, mais cedo ou mais tarde, todos vamos ter problemas no Mar Negro. Claro que os americanos reagem mais. Eles já perceberam a importância do Mar Negro para a segurança na Europa e estou convencido que em breve todos vão dar a devida atenção. Na minha opinião é preciso internacionalizar o Mar Negro como já acontece com o Mar Mediterrâneo.
TEXTEN
ÍNDICE
HOTÉIS - AVISOS :
5.1 AFFAIR : INSTRUÇÕES DE SEGURANÇA:
CONTRA INCÊNDIO
EM CASO DE INCÊNDIO NO SEU QUARTO:
q Conservar o sangue frio
q Abandonar o quarto fechando a porta sem a trancar.
q Avisar imediatamente a pessoa de serviço que estiver no seu andar.
q Prevenir a recepção. Avisar os bombeiros
EN CAS D’INCENDIE DANS VOTRE CHAMBRE
q Conservez le sang froid.
q Gardez votre sang froid.
q Quittez votre chambre en refermant la porte sans la verrouiller.
q Prévenez immédiatement la personne de service, si elle est à votre étage.
q Gagnez sans affolement le rez-de-chaussée par les escaliers.
q Prévenez la réception. Veuillez à l’appel des sapeurs pompiers.
EM CASO DE INCÊNDIO NOUTRO SÍTIO QUE NÃO O SEU QUARTO:
Se ouvir o sinal de alarme dado pelo sinal do andar durante um minuto intermitente, ou pelo próprio pessoal do hotel:
q Feche a porta sem a trancar.
q Desça ao rés-do-chão pelas escadas.
q Siga as instruções da direcção.
q Se os corredores e as escadas estiverem invadidos pelo fumo, não saia do quarto. Uma porta bem fechada, molhada e calafetada, protege por muito tempo. Vá à janela e manifeste a sua presença.
EN CAS D’INCENDIE AILLEURS QUE DANS VOTRE CHAMBRE :
À l’audition du signal d’évacuation donné par les sonneries d’étage pendant une minute intermittente ou sur appel du personnel.
q Quittez votre chambre dans le calme après avoir fermé les fenêtres.
q Refermez derrière vous la porte de votre chambre sans la verrouiller.
q Gagnez la sortie de l’établissement par les escaliers.
q Suivez les consignes de la Direction.
q Si les couloirs et escaliers sont envahis complètement par la fumée, restez chez-vous.
q Une porte fermée, mouillée et bien calfeutrée protège longtemps. Allez aux fenêtres et manifestez votre présence.
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La cantatrice chauve de Eugène Ionesco
Cette « anti-pièce » en un acte et onze scènes a été créée en mai 1950 par Nicolas Bataille au théâtre des Noctambules à Paris. Elle fut ensuite publiée dans trois numéros des Cahiers du Collège de Pataphysique en 1952.
Résumé de La cantatrice chauve
Il est neuf heures du soir‚ dans un intérieur bourgeois de Londres, le salon de M. et Mme Smith. La pendule sonne les « dix-sept coups anglais ».
M. et Mme Smith ont fini de dîner. Ils bavardent au coin du feu. M. Smith parcourt son journal. Le couple se répand en propos futiles, souvent saugrenus, voire incohérents. Leurs raisonnements sont surprenants et ils passent sans transition d’un sujet à un autre.
Ils évoquent notamment une famille dont tous les membres s’appelent Bobby Watson. M Smith, lui, s’étonne, de ce qu’on mentionne « toujours l’âge des personnes décédées et jamais celui des nouveaux nés». Un désaccord semble les opposer, mais ils se réconcilient rapidement. La pendule continue de sonner « sept fois », puis « trois fois », « cinq fois » , « deux fois »...
Mary, la bonne, entre alors en scène et tient, elle aussi, des propos assez incohérents. Puis elle annonce la visite d’un couple ami, les Martin. M et Mme Smith quittent la pièce pour aller s’habiller.
Mary fait alors entrer les invités, non sans leur reprocher leur retard.
Les Martin attendent dans le salon des Smith. Ils s’assoient l’un en face de l’autre. Ils ne se connaissent apparemment pas. Le dialogue qui s’engage leur permet pourtant de constater une série de coïncidences curieuses. Ils sont tous deux originaires de Manchester. Il y a « cinq semaines environ » , ils ont pris le même train, ont occupé le même wagon et le même compartiment. Ils constatent également qu’ils habitent à Londres, la même rue, le même numéro, le même appartement et qu’ils dorment dans la même chambre. Ils finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre en découvrant qu’ils sont mari et femme. Les deux époux s’embrassent et s’endorment.
Mais, Mary, la bonne, de retour sur scène , remet en cause ces retrouvailles et révèle au public qu’en réalité les époux Martin ne sont pas les époux Martin. Elle même confesse d’ailleurs sa véritable identité : « Mon vrai nom est Sherlock Holmes.».
Les Martin préfèrent ignorer l’affreuse vérité. Ils sont trop heureux de s’être retrouvés et se promettent de ne plus se perdre.
Les Smith viennent accueillir leurs invités. La pendule continue de sonner en toute incohérence. Les Smith et les Martin parlent maintenant pour ne rien dire. Puis par trois fois on sonne à la porte d’entrée. Mme Smith va ouvrir, mais il n’y a personne. Elle en arrive à cette conclusion paradoxale : « L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne». Cette affirmation déclenche une vive polémique. Un quatrième coup de sonnette retentit. M. Smith va ouvrir. Paraît cette fois le capitaine des pompiers.
Les deux couples questionnent le capitaine des pompiers pour tenter de percer le mystère des coups de sonnette. Mais cette énigme paraît insoluble. Le capitaine des pompiers se plaint alors des incendies qui se font de plus en plus rares. Puis il se met à raconter des anecdotes incohérentes que les deux couples accueillent avec des commentaires étranges.
Réapparaît alors Mary, la bonne, qui souhaite, elle aussi raconter une anecdote. Les Smith se montrent indignés de l’attitude de leur servante. On apprend alors que la bonne et le pompier sont d’anciens amants. Mary souhaite à tout prix réciter un poème en l’honneur du capitaine. Sur l’insistance des Martin on lui laisse la parole, puis on la pousse hors de la pièce. Le pompier prend alors congé en invoquant un incendie qui est prévu « dans trois quart d’heure et seize minutes exactement». Avant de sortir il demande des nouvelles de la cantatrice chauve. Les invités ont un silence gêné puis Mme Smith répond : « Elle se coiffe toujours de la même façon ».
Les Smith et les Martin reprennent leur place et échangent une série de phrases dépourvues de toute logique. Puis les phrases se font de plus en plus brèves au point de devenir une suite de mots puis d’onomatopées . La situation devient électrique. Ils finissent par tous répéter la même phrase : « C’est pas par là, c’est par ici ! »
Ils quittent alors la scène, en hurlant dans l’obscurité.
La lumière revient. M. et Mme Martin sont assis à la place des Smith. Ils reprennent les répliques de la première scène. La pièce semble recommencer, comme si les personnages, et plus généralement les individus étaient interchangeables. Puis le rideau se ferme lentement.
Source bibliographique
La Cantatrice chauve de Claude Puzin ( Balises, Edition Nathan)
La Cantatrice chauve de Robert Horville ( Profil d'une oeuvre, Edition Hatier)
Grandes oeuvres de la Littérature française de Jean-Pierre de Beaumarchais et Daniel Couty ( Editions Larousse)
La Littérature du XXème Siècle (Nathan, Collection Henri Mitterand)
Dictionnaire de la Littérature française du XXème siècle (Albin Michel, Encyclopaedia Universalis)
Le Robert des Grands Ecrivains de langue française
En savoir plus :
Le site passionnant et très complet de Soren Olsen sur Eugene Ionesco
Une analyse de la cantatrice chauve sur le site de Su-Lin Carbonelli
La cantatrice chauve sur le site Théâtre contemporain
La cantatrice chauve sur le site Wikipedia
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Albert Camus (1913-1960)
"Je pense à Camus : j'ai à peine connu Camus. Je lui ai parlé une fois, deux fois. Pourtant, sa mort laisse en moi un vide énorme. Nous avions tellement besoin de ce juste. Il était, tout naturellement, dans la vérité. Il ne se laissait pas prendre par le courant; il n'était pas une girouette; il pouvait être un point de repère."
Eugène Ionesco Notes et Contre-Notes Gallimard, 1962
Albert Camus est né en 1913, à Mondovi, en Algérie. Son père, simple ouvrier agricole, meurt en 1914, lors de la Bataille de la Marne. C’est à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt, qu’Albert Camus passe son enfance et son adolescence, sous le double signe, qu’il n’oubliera jamais, de la pauvreté et de l’éclat du soleil méditerranéen. Boursier au lycée Bugeaud, Camus va découvrir la philosophie grâce à son professeur Jean Grenier, qui deviendra son maître et son ami. Après le bac, il commence des études de philosophie qui le mèneront, malgré la maladie, jusqu'à la licence. Il fonde le théâtre du travail et écrit avec trois amis, sa première pièce la Révolte dans les Asturies qui sera interdite ( mais éditée à Alger, en 1936).
Journaliste au quotidien du Parti Communiste et à Alger-Républicain (1938) , il se marie en 1940 et milite pendant la seconde guerre mondiale dans un mouvement de résistance.
En 1942, Gallimard accepte de publier L'Etranger et le Mythe de Sisyphe. En lisant le manuscrit de L'Etranger, Jean Paulhan et les membres du comité de lecture de Gallimard ont pressenti la naissance d'un grand écrivain. Avec l'Etranger, Albert Camus accède à la célébrité. La critique salue en Meusault , personnage central de l'Etranger, un "héros de notre temps".
En 1943, Camus rencontre Sartre. Puis il travaille comme journaliste à Combat qui est diffusé clandestinement et devient lecteur chez Gallimard. Il refuse l'étiquette d'existentialiste qu'on lui prête. En 1951, il défend dans un nouvel essai, L'Homme révolté, une conception très personnelle de la lutte sociale et politique. Lorsque surviennent les événements d'Algérie , Albert Camus hésite entre l'attachement à sa terre natale et la légitimité des revendications algériennes : il s'enferme dans le silence.
En 1956, il publie la Chute , œuvre pessimiste et déroutante. Le ton y est amer et révèle un scepticisme ironique
Prix Nobel l'année suivante, à 44 ans , il devient un modèle pour toute une génération qui admire cet humaniste conciliant la pensée sans complaisance et l'action généreuse.
Albert Camus est mort en 1960, sur une route de l'Yonne, dans un accident de voiture, aux côtés de son ami Michel Gallimard, neveu de Gaston Gallimard. Ce 4 janvier 1960, à 13H55, la voiture dans laquelle il se trouvait, s'est écrasée contre un arbre. On retrouva dans le véhicule le manuscrit inachevé du Premier Homme, un récit autobiographique sur lequel il travaillait.
Virginie Delisle
Résumé de La PesteRésumé de l'Etranger
Résumé de la Chute
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La Chute d'Albert Camus
Résumé de la Chute
Maurice Blanchot, Jean-Claude Brisville, Jean Grenier évoquent Albert Camus
Résumé de l'Etranger sur alalettre
Résumé de la Peste sur alalettre
Résumé de la Chute
Ce récit d’Albert Camus a été publié à Paris chez Gallimard en 1956. Il est découpé en 6 parties non numérotées.
C’est la dernière œuvre achevée par Camus. Un an plus tard, il recevra le prix nobel de littérature. Albert Camus est mort en 1960.
Résumé
Première journée
Jean-Baptiste Clamence aborde un compatriote dans un bar douteux d'Amsterdam, le Mexico-City. Il lui propose de lui servir d’interprète auprès du barman. Il se présente et indique qu’il est "juge-pénitent". Nous apprendrons plus tard que cette étrange profession consiste à s’accuser soi-même afin de pouvoir ensuite être juge. Clamence raccompagne son interlocuteur. En traversant le quartier juif, il évoque les horreurs de la guerre et les crimes des nazis. Il lui parle aussi de la Hollande, terre de songe et d‘histoire, " pays de marchands et de rêveurs ". Clamence quitte son interlocuteur devant un pont : il s’est juré de ne plus jamais franchir un pont la nuit. Il donne rendez-vous à son interlocuteur pour le lendemain.
Deuxième journée
Clamence évoque son passé. Il raconte à son interlocuteur comment, jadis avocat à Paris, il mena une brillante carrière. Il était respecté de tous et épris des nobles causes. Il était heureux. Il avait également une haute opinion de lui-même . Il se sentait au dessus des autres et du jugement du commun des mortels. En parfait accord avec lui-même et avec les autres , " sa vie était une fête, et il était heureux "
Un soir d’automne, Clamence entendit, sur un pont de Paris, un rire mystérieux. Il rentre chez lui, contrarié. Lorsqu’il se regarde dans le miroir, son sourire lui semble double.
Troisième journée
Clamence continue sa confession. Ce rire sur le pont lui a ouvert les yeux sur sa vanité. Cette prise de conscience de son orgueil a été confirmé une autre fois, lorsqu’il s’en est pris violemment à un automobiliste. Il s’est rendu compte par la même occasion que ses relations avec les femmes étaient elles aussi régies par cette vanité. Puis cette remise en cause lui a permis de se rappeler que deux ou trois ans auparavant, il avait vu, un soir, une jeune femme se jeter dans la Seine. Comme paralysé par le froid, il n’a rien fait pour la sauver et a poursuivi son chemin.
Quatrième journée
La confession se poursuit dans une île du Zuyderzee. Ayant découvert sa propre duplicité, Clamence a essayé de rechercher l’amour de ses contemporains, mais il ne s’est heurté qu’à leur jugement péremptoire. Se rendant compte que tout n’était que comédie, il n‘eut alors comme objectif que de dévoiler la duplicité humaine et se mit à tout tourner en dérision . Il s’est alors ingénié à se rendre odieux pour casser l’image d’honnête homme qu’on avait de lui. Après cette période stérile, il éprouva encore plus durement la souffrance qui le hantait.
Le même jour ( quelque temps après )
Sur le bateau qui le ramène à Amsterdam, Clamence évoque avec nostalgie la beauté et la pureté de la Grèce, puis revient à son récit. Il a essayé de trouver l’amour, mais en vain. Ecœuré , il se livra alors à la débauche, puis sombra dans le " mal confort " , avant d'admettre sa culpabilité et de se convaincre que tous les hommes sont coupables. Le Christ lui-même a donné l’exemple en mourrant sur la croix pour une faute , le massacre des enfants de Judée, dont il se sentait obscurément coupable.
Cinquième journée
Clamence, malade, reçoit son compagnon dans sa chambre. Il a la fièvre et est au lit. Il raconte à son interlocuteur comment, pendant la guerre, alors qu’il était prisonnier, il avait volé de l'eau à un compagnon agonisant. A présent, dans le placard de sa chambre, il a caché un tableau , les juges intègres de Van Eyck , que recherchent toutes les polices du monde. Il a l’espoir que ce recel lui vaudra un jour d'être arrêté. Il explique enfin en quoi consiste son métier de juge-pénitent : il se confesse aux autres des fautes que chacun peut avoir commises , puis il implique peu à peu son interlocuteur et pour finir, retourne le miroir afin que chacun puisse s’accuser à son tour. Il est donc d’abord pénitent, puis devient juge et se libère. Malgré sa fièvre, il souhaite se lever pour aller voir tomber la neige ; ce qu’il fait , puis se recouche. Chaque fois qu'il aborde un "client", il espère que ce sera un policier venu l’arrêter pour le recel du tableau. cette fois encore, il avait l'espoir. Mais l'inconnu abordé dans ce bar d'Amsterdam se trouve être, un avocat parisien, comme lui...
Source bibliographique
La Chute d'Albert Camus Kléber Haedens Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970Dictionnaire des Grandes Oeuvres de la Littérature française, Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty (Editions larousse)
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Mardi 28 Novembre
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Un Cocktail, des Cocteau
Jean Cocteau est mort, il y a quarante ans.
Prix 2003
Le Femina à Dai Sijie pour "Le Complexe de Di" (Gallimard) et Le Médicis à Hubert Mingarelli pour "Quatre soldats" (Seuil)------Le prix Renaudot à Philippe Claudel pour «Les âmes grises»------
Jacques-Pierre Amette, Goncourt du centenaire------
Le grand prix du roman de l'Académie française à Jean-Noël Pancrazi pour Tout est passé si vite
Jean Giono
Les âmes fortes, Le film de Raoul Ruiz, d'après Giono
Saint-Exupery
"Saint-Exupéry volait au-dessus des nuages et donnait du péril des images radieuses et tendres..."Kleber Haedens
ACADÉMIE UNIVERSELLEDES CULTURES Pourquoi se souvenir ? (essai)http://www.academie-universelle.asso.fr/
Ils sont écrivains, philosophes, historiens et journalistes. Ils étaient présents lors du Forum International sur « Mémoire et Histoire », en 1998. Parmi eux, Elie Wiesel, Paul Ricœur, Jacqueline de Romilly, Umberto Eco, Wole Soyinka, Jorge Semprun...
Le moment Ferry : l'école de la Républiqueentre mythologie et réalitépar Jean-Michel GAILLARD
orsque l'on s'attache à regarder ce que fut l'école de Jules Ferry, cette école du début des années 1880, nous sommes confrontés à des lectures différentes, celle de l'histoire et celle de la mémoire.Que dit depuis très longtemps la mémoire ? Que l'école laïque, gratuite et obligatoire était pour la République l'illustration et la mise en œuvre de sa devise «Liberté, égalité, fraternité». Qu'il s'agissait d'une rupture radicale avec le passé, d'un pas décisif dans la modernité. La mémoire, de génération en génération, l'a répété à tel point que c'est devenu vérité d'évidence. Pourtant, les historiens, lorsqu'ils travaillent et examinent documents et témoignages, ne disent pas cela.L'obligation scolaire, une rupture ? Non, rétorque l'historien. La loi du 28 mars 1882 sur l'obligation scolaire de six à treize ans n'est que le couronnement d'un mouvement séculaire de scolarisation qui caractérise, comme ailleurs en Europe, tout le XIXe siècle. Ce mouvement a paradoxalement été stimulé en France par la querelle entre les deux écoles - publique et privée - et entre les républicains et les monarchistes, rivalisant dans la volonté d'attirer la jeunesse, avec l'espoir d'influencer ainsi leur trajectoire spirituelle et politique. Ce n'est donc pas une rupture. C'est l'aboutissement d'un long processus. Les enfants sont allés à l'école avant qu'elle ne devînt obligatoire. Et en masse, puisque plus de 80 &percnt des jeunes Français étaient scolarisés de façon régulière avant 1882. Il faut noter par ailleurs qu'ils n'y sont pas forcément allés davantage juste après l'adoption de la loi. Et cela pour diverses raisons. Parce que, par exemple, la loi qui interdit le travail des enfants de moins de treize ans dans les manufactures est postérieure de dix ans à la loi de 1882 sur l'obligation scolaire, et que l'obligation scolaire de six à treize ans s'accompagne d'une disposition selon laquelle on peut quitter l'école dès l'obtention du certificat d'études, même si on a seulement onze ou douze ans. Mona Ozouf et François Furet, dans leurs travaux sur l'alphabétisation des Français, ont bien montré que l'absentéisme, d'ailleurs faiblement sanctionné, a perduré après l'obligation scolaire, tant en milieu urbain qu'en milieu rural. Il y a donc eu au mieux l'accompagnement d'un mouvement séculaire.La gratuité, instaurée par la loi du 16 juin 1881, reste-t-elle au moins un élément fondateur de cette école de la République ? Non, disent les historiens : la perte de revenus qu'occasionne la scolarisation durable de l'enfant par rapport au travail qu'il peut accomplir aux champs et en usine suscite l'absentéisme chez les plus démunis. De ce point de vue, la gratuité ne représente pas grand-chose, d'autant moins qu'en 1880 déjà, les deux tiers des enfants ne payaient pas de contribution scolaire, celle-ci étant réservée aux riches et aux gens aisés. Pire encore : la gratuité ne serait-elle pas un cadeau fait aux riches et une façon de faire payer l'école des riches par les pauvres, comme le soutenaient alors les conservateurs hostiles au projet ?La laïcité enfin. La laïcité, cœur de l'école de la République. C'est ce que nous dit la mémoire. L'école est un lieu dans lequel on laisse au vestiaire ses convictions religieuses, culturelles, idéologiques, philosophiques pour entrer dans un espace de neutralité, de tolérance, de liberté. L'historien, lui, nous dit qu'au temps de Jules Ferry, la laïcité fut un combat. Ce n'était pas un concept neutre. Puisque la nation française était composite sur le plan ethnique, religieux, culturel et philosophique, son but était de faire coexister des familles différentes dans un seul corps social et de leur apprendre à vivre ensemble, mais il n'existait pas de neutralité politique et culturelle à l'école, en tout cas pas dans l'école de Jules Ferry. La laïcité scolaire était, avant tout, un combat de la République contre la monarchie et le cléricalisme, mais aussi contre les menaces socialistes et révolutionnaires. Il suffit d'aller voir dans les manuels scolaires - Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno, Le Petit Lavisse -, ces bibles des écoliers de la République, dont nous savons qu'ils présentent une vision du monde qui n'est pas neutre. Le catéchisme n'a plus cours dans les salles de classe, mais on y enseigne un corpus idéologique qui contribue à asseoir le régime, la démocratie, l'économie libérale, à inculquer l'amour de la patrie, de l'ordre et de l'autorité.Alors l'école de Jules Ferry serait-elle une mythologie ? Le devoir d'histoire aurait-il effacé définitivement les échos de la mémoire ?Ce n'est pas sûr. Si, après tout ce travail des historiens, nous faisons l'effort d'être attentifs à la mémoire, que dit-elle ? Que pendant des générations et des générations, des millions de familles, en particulier dans les milieux populaires urbains comme ruraux, ont été motivées par l'instruction, que des instituteurs ont été portés par leur mission, que des réussites ont permis la promotion de fils et de filles de paysans et d'ouvriers. C'est là que la mémoire éclaire l'histoire. Nous avons vu les faits. Mais que s'est-il vraiment passé dans l'école de la République ? Les lois Ferry, qui ne changeaient pas fondamentalement grand-chose, ont provoqué, jusque dans les familles les plus modestes, une mystique, un acte de foi en l'instruction. On s'est dit que jusqu'alors la naissance conjuguée à la richesse prédisposait à la réussite, mais que, désormais, avec le talent qui peut sommeiller dans chaque enfant du peuple et un travail acharné, on pouvait, grâce à l'instruction, s'élever dans l'échelle sociale. Le peuple y a vu la possibilité de la réussite par le mérite, un outil de promotion, un levier pour sortir de sa condition. Les lois Ferry ont donc d'abord été une mystique de l'instruction, à laquelle le peuple a adhéré. Il a cru et il a sacrifié aux rites qu'imposait cette foi. Ce qui a fondé le succès de l'école de la République, c'est que celles et ceux auxquels elle s'adressait ont vu en elle un moyen de transformer l'égalité de droit en égalité de fait, un des vecteurs fondamentaux de ce qu'ils cherchaient depuis 1789, c'est-à-dire la promotion sociale par le seul talent. Là-dessus, la mémoire ne nous trompe pas. Le «moment Ferry», ce fut d'abord cette révolution dans les têtes, cette prise de conscience collective du peuple.Et que dire des instituteurs, des «hussards noirs de la République» (Péguy), des «prophètes éblouis du monde nouveau» (Clemenceau) ? On les a beaucoup interrogés, on les a beaucoup écoutés. Souvenons-nous de Nous, les maîtres d'école, ce livre d'appel à la mémoire, de Jacques et Mona Ozouf. Le rôle de ces maîtres, dans la République des bons élèves, car elle se veut une République des bons élèves, est justement d'aller chercher les talents jusqu'au plus profond du pays, jusqu'au plus perdu de nos villages et, là, parmi ces enfants en blouse grise et en sabots, d'essayer de repérer celui qui a une chance de réussir. Il faudra convaincre aussi les parents, il faudra porter ces «élus» pour que, malgré les handicaps sociaux ou culturels, ils réussissent les examens et les concours. Les missionnaires que sont les instituteurs d'alors, habités par leur foi en l'instruction comme moyen de promotion du peuple, ont, par ce travail-là, accentué encore la mystique scolaire mais aussi permis à des générations d'enfants de changer de condition, d'emprunter avec succès l'ascenseur social de masse que fut alors l'école.Malgré les structures qui font que l'école de Jules Ferry n'était pas une école égalitaire (il y avait une école du peuple, une école de la bourgeoisie, il y avait l'école primaire, il y avait les lycées), en une, deux, parfois trois générations, l'école a bel et bien joué ce rôle d'ascenseur social que véhicule la mythologie, la mémoire de l'école de la République. Et là, la mémoire vaut l'histoire. La figure emblématique en est le certificat d'études, qui a permis à tant et tant de jeunes enfants de s'extraire de leur condition sociale. Bien sûr, cela s'est fait à coups de règles sur les doigts, à coups de retenues, avec une morale et des préceptes moraux qui, aujourd'hui, peuvent nous paraître désuets. Bien sûr, cela s'est fait à coups de bons points et d'images..., mais l'école a inséré les élèves dans le jeu social et leur a donné des moyens de gagner qu'ils n'avaient pas et n'auraient pas eus si elle n'était pas devenue, d'une certaine manière, la deuxième religion du peuple. Quand un Georges Pompidou, petit-fils de paysans, fils d'instituteurs, normalien, agrégé, devient président de la République, c'est l'école publique qui accède ainsi à la plus haute marche du podium.Dans les faits, rien n'avait fondamentalement changé, c'est dans les esprits et dans les têtes que l'école est subitement devenue une mystique politique et sociale à laquelle le peuple a cru et qui lui a permis de dépasser son horizon. Et pour que cette croyance s'enracine, on a agi sur tous les fronts. On a construit partout des écoles, monuments laïques qui, au cœur des villages, incarnaient les temps nouveaux. On a formé des professionnels de l'éducation avec les écoles normales primaires et supérieures. On a livré du matériel flambant neuf : tableaux, cartes murales, livres, pupitres, poêles... On a rénové les méthodes pédagogiques et placé au centre de tout cela le «maître d'école», suzerain moderne destiné à être le pédagogue, l'éducateur, le tuteur des enfants qu'on lui confie. Cela encore, l'histoire l'a souvent négligé, mais la mémoire ne l'a pas oublié.Ainsi, la mémoire nous aide à faire l'histoire. Elle nous dit que la représentation que des générations et des générations de familles, d'élèves, d'instituteurs ont eue de l'école a pesé beaucoup plus lourd dans la balance que les lois qui ont fondé l'école de la République ou que les analyses quantitatives des historiens. La rupture est moins dans les faits ou dans les textes que dans les têtes, dans les mentalités. Elle est dans cette mystique de l'instruction à tout prix, que tous les témoignages recueillis confirment et que les historiens, dans leurs enquêtes, sont bien obligés, à un moment donné, de valider. Notre mémoire collective en est imprégnée à tel point que l'école de Jules Ferry est aujourd'hui évoquée avec nostalgie. Pourquoi l'appelle-t-on à la rescousse ? Parce qu'elle a été un moyen de promotion sociale, parce que, pour beaucoup d'entre nous, la méritocratie républicaine a fonctionné. Nous lui en gardons une secrète reconnaissance et nous voulons accorder foi au pouvoir de l'école. La mémoire seule ne peut remplacer l'histoire. Mais l'histoire ne peut ignorer la mémoire et ne peut approcher la réalité qu'en acceptant la mémoire comme une source parmi d'autres, une source que le travail d'historien amène à critiquer et à confronter aux autres, sans perdre de vue qu'elle est souvent l'un des meilleurs éclairages de l'histoire.
Une histoire, deux mémoirespar Rudolf von THADDEN
La première fois que je me suis rendu compte de la relation problématique entre l'histoire en elle-même et l'histoire intégrée dans la mémoire, c'était dans mon enfance. Ma mère m'avait lu le récit de la résurrection du Christ selon l'Evangile de saint Marc qui ne parle que de la présence des femmes auprès du tombeau et de l'apparition de l'ange. Or, par hasard, j'avais lu peu de temps auparavant l'Evangile selon saint Matthieu qui, lui, relate en outre un tremblement de terre et mentionne la frayeur des gardiens. Qui avait raison, saint Marc ou saint Matthieu ? Pour moi, à l'âge de huit ans, il ne pouvait y avoir qu'une seule histoire, une histoire sans contradictions.Il faut avoir davantage de maturité pour comprendre que deux présentations différentes d'un événement peuvent coexister sans que l'histoire y perde son fond de vérité. Les faits historiques ne se conçoivent pas sans être perçus et la perception qu'on en a est tout aussi importante que leur facticité. Il est illusoire de chercher des faits en dehors de leur perception.Mais comment garantir que la perception d'un événement ne soit pas arbitraire et ne s'éloigne pas trop de ce qu'on appelle la réalité ? Ici entre en jeu tout ce qui est du domaine de la formation du Wahrnehmungsvermögen de l'homme, c'est-à-dire la capacité de l'homme à percevoir un fait : avant tout la tradition et la culture, mais aussi la mémoire, la mémoire individuelle tout autant que la mémoire collective.Deux exemples historiques illustrent mon propos.Ainsi la commémoration de l'Edit de Nantes de 1598, qui a été largement célébrée en France, n'a presque pas été évoquée en Allemagne, bien que ses implications concernent les deux nations et influent sur l'histoire de ces deux voisins.Si l'histoire factuelle de l'Edit de Nantes paraît relativement simple, sa place dans la mémoire historique ne l'est guère. Il s'agit d'un traité de paix dans une guerre de religion, d'un modus vivendi élaboré à la fin d'un siècle marqué par des conflits sanglants entre catholiques et protestants. Mais ce traité a laissé des traces différentes dans la mémoire historique des catholiques et des protestants et dans celle des Français et des Allemands.Pour ce qui est de la divergence de mémoire entre catholiques et protestants, ceux-ci, parce qu'ils étaient en minorité, attachent plus d'importance à l'Edit de Nantes que les catholiques. Les protestants se raccrochèrent aux articles de tolérance et plus les effets salutaires de l'Edit s'estompaient, plus ils le glorifiaient. En revanche, les catholiques minimisèrent l'importance de l'Edit de Nantes car ils misaient sur le poids du plus grand nombre et sur le dynamisme d'une politique de réunion favorable à la religion privilégiée de l'Etat. A leurs yeux, l'Edit de Nantes n'était qu'une trêve sur le chemin de la recatholisation totale du pays.La divergence de mémoire n'est pas moindre entre Allemands et Français, car les deux peuples ont vécu les effets de l'Edit de Nantes de manière différente. Alors qu'il s'agissait pour les Français d'un instrument de pacification intérieure et de stabilisation du pouvoir royal, l'Edit avait pour les Allemands la valeur d'un modèle comparable à l'armistice conclu entre catholiques et protestants sous le nom de Religionsfriede (paix de religion) en 1555 à Augsbourg. Ils le jugèrent par rapport à ses résultats concrets concernant l'équilibre des forces confessionnelles et politiques dans l'Europe de la Contre-Réforme sans le trouver finalement plus avantageux que les modèles de coexistence religieuse qui existaient en Allemagne.La date de l'Edit de Nantes se serait effacée de la mémoire des Allemands s'il n'y avait pas eu une autre date importante pour leur histoire : celle de la révocation de cet Edit en 1685. Ils se souviennent donc exactement du contraire de ce que les Français ont gardé en mémoire : non pas de l'histoire d'une réussite qui fait honneur à ses auteurs, mais bien plutôt de l'histoire d'un échec qui prouve le manque de solidité initiale de l'Edit. La révocation est, à leurs yeux, la preuve de la fragilité d'un accord qui amène fatalement au désarmement puis à l'oppression de la partie minoritaire, c'est-à-dire des protestants.Les Allemands connaîtront l'Edit de Nantes par les victimes de sa révocation, par ces hommes déçus qui cherchèrent refuge chez eux. A présent dans le «refuge», on commence à commémorer l'Edit. Mais plus on s'éloigne, dans le temps et dans l'espace, plus on s'enfonce dans des rêves tantôt nostalgiques, tantôt amers. La mémoire de l'Edit de Nantes finit par ne plus correspondre à son histoire réelle.Un second exemple historique a pour cadre l'histoire de l'Allemagne actuelle, il concerne la place du Troisième Reich dans la mémoire des Allemands de l'Est et de l'Ouest. Là encore il s'agit d'une histoire bien définie et, quant à ses implications politiques et sociales, d'une histoire identique pour les deux populations allemandes. La crise du libéralisme et le nationalisme à outrance ont tout autant préparé la voie à Hitler à Cologne et à Hambourg qu'à Leipzig et à Dresde.Mais comme le débat allemand sur le passé s'inscrit, après la guerre, dans des cadres politiques différents selon les zones d'occupation, le travail de mémoire, la Erinnerungsarbeit, des Allemands de l'Est ne s'effectue pas de la même manière que celui de leurs compatriotes à l'Ouest. Pour les premiers, très vite, la négation de l'histoire de l'Allemagne hitlérienne a acquis la valeur d'un acte fondateur de la nouvelle République démocratique allemande, la RDA, et ceci au point de changer l'identité nationale. Un citoyen de la RDA n'a plus rien à voir avec l'Allemand des années trente, il ne souffre pas du poids du passé, il n'en est pas responsable. Le communisme le place aux côtés de ses «frères» d'Union soviétique qui ont vaincu le fascisme, une fois pour toutes.L'Allemand de l'Ouest, par contre, supporte le fardeau du passé nazi. Puisque la République fédérale s'est déclarée l'Etat successeur du Reich, tant sur le plan national que sur le plan international, elle a été obligée d'assumer l'héritage laissé par la politique hitlérienne. Par conséquent, ses citoyens ont vite appris qu'ils ne pouvaient pas se tirer d'affaire d'une manière simpliste, qu'au contraire ils étaient condamnés à vivre avec ce passé pesant et impossible à éliminer de l'identité nationale.Qu'en résulte-t-il pour la mémoire historique dans son rapport à l'histoire réelle ? Faut-il, dans une perspective de réunification intérieure des Allemands, recommencer tout le débat sur le Troisième Reich ? Ou peut-on faire abstraction du travail de mémoire, de la Erinnerungsarbeit, réalisé par deux générations d'Allemands et d'Européens après la Seconde Guerre mondiale ?Il est clair qu'on ne peut faire l'impasse sur cinquante ans de discussions. Il n'empêche que la mémoire historique n'est pas seulement le résultat de recherches scientifiques, elle est aussi et surtout le produit d'un débat continu à l'intérieur d'une société qui cherche son identité et sa place dans la communauté des hommes. La mémoire historique se façonne avec les expériences vécues des générations et avec l'idée que celles-ci se font de la marche de l'histoire.Les Allemands ont donc toutes les raisons de rester sensibles à la présence toujours vivante de deux mémoires différentes dans leur pays. S'ils n'en tiennent pas compte, ils risquent de mettre en danger le processus de réunification intérieure de l'Allemagne et, ce qui est tout aussi important, leurs acquis en matière de travail de mémoire sur l'histoire complexe du Troisième Reich. Seul l'effort conjugué des deux mémoires allemandes permet de faire face à l'histoire du Troisième Reich dans sa totalité et de préserver les Allemands des récidives.Mais la leçon que nous pouvons en tirer dépasse l'exemple allemand. Nous vivons tous avec des mémoires historiques formées par des expériences vécues de l'histoire et nous devons tous accepter des divergences de mémoire et des perceptions différentes de ce qu'on appelle la réalité historique. Il faut respecter les mémoires plurielles et renoncer à vouloir les réduire de force à une seule mémoire qui efface toutes les autres. Même s'il n'y a qu'une seule histoire, elle se traduit toujours par des perceptions et des mémoires différentes. Cela vaut pour les nations tout autant que pour les confessions religieuses, et cela vaut surtout pour la construction d'une Europe démocratique.
Les ruses de l'histoire et de la mémoirepar Zvi YAVETZ
Les historiens n'aiment pas les généralisations et s'ils ne peuvent y échapper complètement, ils s'appliquent à signaler autant d'exceptions qu'ils le peuvent. Ils s'intéressent à l'unique, et peu leur importe qu'Aristote n'ait pas tenu l'histoire en haute considération et ait placé la poésie bien au-dessus d'elle. Les historiens sont réticents à utiliser le jargon qui s'est répandu dans les sciences sociales et préfèrent enseigner à partir d'exemples, à la manière des Romains qui apprenaient à partir d'exempla au lieu d'imiter les Grecs qui préféraient se servir de praecepta.Mon premier exemple est celui d'un jeune professeur qui cherchait à comprendre ce qui avait poussé le gouvernement britannique, en 1946, à renoncer à l'Inde et à soumettre son mandat sur la Palestine à l'arbitrage des Nations unies. Ce professeur avait de hautes relations en Angleterre et put interroger cinq ou six des ministres du gouvernement Attlee qui avaient été impliqués dans ces décisions. Il enregistra très soigneusement leurs déclarations en 1950 mais il mit beaucoup de temps à publier son livre. En 1962, il avait besoin de tirer plusieurs points au clair et il retourna en Angleterre pour rencontrer les mêmes personnalités. Il fut profondément choqué de s'apercevoir que ses interlocuteurs se remémoraient les mêmes détails de façon très différente par rapport à leur premier entretien. Que s'était-il passé ? Avaient-ils oublié ? Ou bien étaient-ils sujets à des préjugés différents à douze ans d'intervalle ? Ou bien encore était-ce le changement d'atmosphère politique qui influençait leur réponse ? Les Allemands appellent cette atmosphère Zeitgeist ou esprit du temps. L'historien du passé ne peut s'empêcher de rester un citoyen du présent. Mais revenons-en à notre professeur. Très déçu, il prit la décision d'attendre l'ouverture des archives britanniques. «Ce qui n'est pas dans les archives ne s'est jamais produit», se dit-il. Il attend encore.Les archives peuvent se révéler très utiles : par exemple, c'est grâce à elles qu'a été révélé le massacre de 15 000 officiers polonais à Katyn ou encore le comportement du dictateur roumain Ion Antonescu pendant la Seconde Guerre mondiale. L'ouverture des archives réserve toujours de grosses surprises.Mais les historiens savent aussi qu'ils ne peuvent pas trouver la vérité tout entière dans les archives. Palmerston aimait à dire qu'il était l'une des trois personnes à avoir compris les véritables causes de l'invasion du Schleswig-Holstein par la Prusse en 1864. Et il ajoutait : «Mais l'une d'entre elles est morte, l'autre est devenue folle et moi-même, j'ai tout oublié.» Lorsqu'on demandait à Bismarck la raison de cette invasion, il répondait : «Parce que c'était mon devoir. Et c'est celui des professeurs d'Heidelberg d'expliquer pourquoi c'était mon devoir.»Jusqu'à présent je n'ai fait que souligner l'importance du rôle du Zeitgeist sur le travail de mémoire. Cela n'explique certainement pas tout, et psychologues et neurologues semblent en savoir plus long sur les vicissitudes qui gouvernent les variations de notre mémoire. Aujourd'hui les hommes politiques sont conscients d'un autre problème. Ils savent qu'un jour ou l'autre un étudiant en doctorat d'histoire se mettra à disséquer et à analyser les moindres preuves contenues dans les archives. C'est pourquoi des décisions importantes sont souvent prises oralement, autour d'un dîner ou à l'occasion d'une promenade dans les bois, alors qu'on remplit les archives d'un fatras souvent sans importance. Il y a souvent davantage de vérité dans les fuites organisées à l'intention de la presse que dans les documents déposés aux archives. Il ne faut donc jamais sous-estimer la mémoire, à condition que les témoignages puissent être comparés à d'autres sources. Mais ce n'est pas toujours possible.Aussi vais-je me tourner cette fois vers l'Ancien et le Nouveau Testament, car le judaïsme comme le christianisme ont une lourde dette envers la mémoire. Aucun autre peuple n'a été aussi obsédé par l'histoire que le peuple juif. L'exode d'Egypte est devenu le thème central de l'histoire juive et la religion juive s'est trouvée profondément entremêlée à l'histoire. L'auteur (ou les auteurs) ingénieux de la Bible a bien compris la nécessité de créer une continuité entre les patriarches venus de Mésopotamie et les tribus sorties d'Egypte. Le souvenir imposé de l'Exode a apporté cette continuité. Nous lisons dans le livre du Deutéronome (chapitre XXVI, versets 5 à 10) : «Mon père était un nomade errant et il [Jacob] descendit en Egypte et y séjourna et son peuple était peu nombreux et c'est là qu'il devint une nation grande, puissante et nombreuse. Et les Egyptiens nous traitèrent rudement, nous affligèrent et nous réduisirent à un dur esclavage. Alors nous nous tournâmes vers le Seigneur, le Dieu de nos Pères, et le Seigneur entendit notre voix et vit nos malheurs. Et le Seigneur nous fit sortir d'Egypte grâce à sa main puissante et il étendit son bras en semant des signes de terreur et en faisant de grandes merveilles.» Il n'y a pas de place pour le culte de la personnalité dans la religion juive. Ce n'est pas Moïse qui a fait sortir les juifs d'Egypte, mais le Seigneur lui-même, et afin d'éviter que naisse un culte de Moïse, nul n'a jamais su où se trouvait sa tombe. Le Seigneur dont personne ne connaît le nom - un nom qu'il est interdit de prononcer en hébreu, que les Grecs connaissaient sous le nom de Tetragrammaton et que les autres gentils appellent Yahvé - est devenu le Dieu unique, non seulement pour les tribus qui sortirent d'Egypte mais aussi pour toutes les autres tribus qui envahirent la Palestine par le nord ou l'infiltrèrent par l'est. C'est Josué qui a fait jurer au peuple (chapitre XXIV) de rester fidèle au Dieu unique qui l'avait fait sortir d'Egypte et qui leur avait donné la terre promise.Les Grecs, eux, n'ont jamais établi de liens entre Solon et Agamemnon. Alors que la mémoire populaire juive de l'exode, qui n'a laissé aucune trace dans les archives, a fait ce lien. Le mot qui en hébreu signifie «souviens-toi» est devenu un thème central de la vie juive.Il existe un phénomène similaire dans le christianisme. Jésus n'a laissé aucun texte écrit, la connaissance de l'histoire de sa vie repose sur les souvenirs de ses apôtres. Or même les meilleurs d'entre nous recomposent les éléments du passé alors qu'ils ont l'impression de faire seulement appel à leur mémoire. Ils ne se rendent pas compte à quel point la forme de leurs souvenirs a pu être altérée par les choses qui se sont déroulées entre les événements eux-mêmes et le moment du souvenir. Dans le cas qui nous occupe, c'est la destruction du temple de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ qui a donné un tour particulier aux Evangiles de Matthieu, Marc et Luc. La source chrétienne la plus ancienne, les épîtres de Paul, qui furent écrites avant les Evangiles, pose un autre problème puisque Paul n'a jamais rencontré Jésus, d'où sa colère dans la première épître aux Corinthiens (chapitre IX, verset 1) contre ceux qui refusent de lui reconnaître le titre d'apôtre : «Ne suis-je point un apôtre, ne suis-je pas libre, n'ai-je donc pas vu Notre Seigneur Jésus-Christ ?» Il fallait à Paul un miracle pour expliquer comment le pharisien fanatique qu'il était était devenu un apôtre du Christ. Et ce fameux miracle s'est produit sur la route de Damas, ainsi que nous l'enseignent le chapitre IX des Actes des apôtres et le premier chapitre de l'épître aux Galates. Paul explique : «Paul, apôtre, non de par les hommes ni de par un homme, mais de par Jésus-Christ et Dieu le Père qui l'a relevé d'entre les morts.»Ainsi Paul expose qu'il n'a pas subi une simple conversion mais qu'il a reçu une mission directement du ciel. Cependant, cela ne semblait pas encore suffire, il lui fallait acquérir une meilleure connaissance de la personnalité de Jésus. Il monta donc trois ans plus tard à Jérusalem pour y rencontrer Pierre et s'enfermer pendant deux semaines avec lui sans voir d'autre apôtre que Jacques, «le frère du Seigneur» (épître aux Galates, chapitre I, versets 18 et 19).Au cours de ces deux semaines Pierre raconta à Paul tout ce qu'il savait de Jésus. Mais tout ce que Pierre était en mesure de lui confier se trouvait dans son propre souvenir de Jésus, car il n'avait aucun document écrit à sa disposition et quand bien même en aurait-il eu, il ne savait pas lire. Comme l'histoire de l'exode, la vie de Jésus ne repose pas sur des documents d'archives, mais que serait le christianisme si on n'acceptait pas l'histoire de Jésus, le fils de Dieu, de sa crucifixion et de sa résurrection ? Comme on le sait, c'est précisément l'acceptation de cette histoire, et le blâme jeté sur les juifs pour avoir tué le Seigneur, qui a causé les événements les plus tragiques de «la relation tourmentée entre juifs et chrétiens», pour reprendre les termes prudents employés par le cardinal Cassidy le 16 mars 1998 - qui vont des massacres perpétrés au temps des croisades dans les cités rhénanes aux accusations sanglantes dont ont été victimes les juifs dans bien des pays. Il n'est pas étonnant qu'après Auschwitz des ecclésiastiques catholiques bien intentionnés et des rabbins tolérants se soient rapprochés dans le cadre de prétendues célébrations œcuméniques afin de tenter d'élaborer un compromis acceptable entre les deux religions en atténuant les termes de quelques passages empoisonnés de la Bible dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament. Personne cependant n'était en mesure de changer un iota dans un texte considéré comme sacré depuis des siècles. Un célèbre théologien catholique du nom de Lloyd Gaston a fait part de son dilemme et a déclaré qu'une Eglise chrétienne et un Nouveau Testament antisémite étaient une contradiction abominable. Mais, sans Nouveau Testament, l'Eglise chrétienne est inconcevable. Comme l'a dit simplement un intellectuel anglais : «Si Jésus est Dieu, alors le judaïsme est dans l'erreur, mais si Jésus n'est pas Dieu, alors le christianisme n'existe pas.»De tels compromis sont à la fois impossibles et inutiles. Je crois en la sagesse du conseil donné par l'historien païen Tite-Live au Ier siècle avant Jésus-Christ : «Datur haec venia antiquitati.»Il ne faut jamais se croire obligé de détruire des souvenirs sacrés - à condition que ces souvenirs servent seulement à enrichir notre passé et non pas à fournir des moyens de propagande pour détruire les autres. Ce monde serait sans doute meilleur si l'on respectait les souvenirs d'autrui plutôt que de créer des vides douloureux.Concluons avec un bel exemplum contemporain : un grand-père américain aimait évoquer le souvenir de son propre grand-père qui avait été un combattant de la guerre d'Indépendance. A chaque Noël, il racontait à la famille rassemblée quel grand héros avait été leur aïeul. Mais un jour l'un de ses petits-enfants, habitué à entendre chaque année cette histoire, eut la curiosité de se rendre aux archives de Boston pour en apprendre davantage. Là, il reçut le choc de sa vie en découvrant que, loin de s'être comporté en héros, l'aïeul avait déserté sur le champ de bataille et avait été tué d'une balle dans le dos. Au Noël suivant, lorsque le grand-père se disposa à raconter de nouveau l'épopée familiale, l'écolier curieux l'interrompit : «Grand-père, dit-il, arrête de nous raconter des histoires ! Moi j'ai été consulter les archives et j'ai appris que notre aïeul était un lâche.» Le grand-père devint muet. Ne sachant plus quoi dire ou quoi faire, il resta assis tout triste. Puis il se leva et alla décrocher du mur le portrait de l'aïeul. A partir de ce jour-là, on ne raconta plus jamais cette histoire le soir de Noël. Le jeune garçon est devenu professeur d'histoire, et père de famille puis grand-père à son tour. Tous ses fils et ses filles et ses petits-enfants se réunissent chez lui à Noël. Mais un jour ils lui demandèrent : «Ne restons pas seulement à boire et à manger. Raconte-nous une histoire sur nos grands-parents !» Il n'a rien répondu, mais il a regardé l'espace vide sur le mur où autrefois avait été suspendu le portrait. Et la tristesse s'est emparée de tous.Notre devoir n'est pas de détruire toutes les légendes qu'il peut y avoir dans notre vie. On vit parfois mieux avec des histoires - même fausses.
L'histoire entre mémoire individuelle et mémoire collectivepar Jacqueline de ROMILLY
Le rapport entre la mémoire et l'histoire peut se comprendre à deux niveaux différents : la mémoire individuelle est la première source, bien imparfaite, de la connaissance historique ; et la mémoire collective est le résultat, infiniment précieux, de la somme des faits plus ou moins exactement connus.Le premier aspect se trouve chez Thucydide. Il est le premier historien de notre monde occidental à avoir voulu écrire une histoire critique et objective - par le moyen d'une enquête rigoureuse. Mais l'enquête n'était pas facile. Désireux d'élucider les événements, il écrit : «J'avais d'ailleurs de la peine à les établir, car les témoins de chaque fait en donnaient des versions qui variaient, selon leur sympathie à l'égard des uns ou des autres, et selon leur mémoire» (I, 22). Voici donc, dès le début, la subjectivité du témoignage fermement opposée à l'unité d'une vérité historique difficile à cerner. Ce point de départ est essentiel. Pourtant, il ne faut pas trop s'attarder sur ces déficiences de la mémoire individuelle, car l'histoire connaît bien d'autres difficultés. Les documents, la multiplicité des témoignages, les archives, tout cela semble permettre un immense progrès ; et pourtant, dès l'Antiquité grecque, en cette période où l'écrit était rare, il existait déjà quantité de faux si bien que, même pour les événements importants, les savants discutent encore sur l'authenticité de tel ou tel document. Mais, surtout, les questions que pose l'historien à ces témoignages et à ces documents sont elles aussi subjectives. Certains passages de la Bible nous donnent une histoire faite seulement de noms propres. Certains récits historiques ne retiennent que des hauts faits chevaleresques et des actions militaires ; de nos jours, on ne s'intéresse qu'à l'économie. Certaines histoires se sont interrogées sur les protagonistes ; aujourd'hui on s'interroge sur les masses anonymes. Tout cela offre des visions particulières et, quelquefois, plus ou moins heureuses. On décrit beaucoup aujourd'hui comment les gens mangeaient ou s'habillaient ou construisaient leur toit. J'aimerais quelquefois entendre demander en vue de quoi ils vivaient et ce qu'ils attendaient de l'existence. Quoi qu'il en soit, la mémoire n'est pas seule en cause, on le voit. Et même à certains moments de l'histoire, quand, sous le règne de l'oppression, des actions secrètes se forment et règnent les faux-semblants, toute histoire objective semble impossible à atteindre. Quand on a vécu des périodes comme la dernière guerre où chacun mentait et falsifiait des papiers - mentait dans un sens ou dans l'autre d'ailleurs -, on a parfois le sentiment que la mémoire individuelle avec ses souvenirs brûlants et indiscutés en dit plus long que ces moyennes et ces statistiques établies à partir de données mensongères.Les menaces d'erreur sont donc considérables. Mais attention ! Je n'aurais pas consacré ma vie à de telles recherches si je n'avais pas eu le sentiment que, par-delà ces difficultés, il y avait une tâche essentielle, utile et possible à réaliser. Car il est temps de le dire : l'histoire existe. On peut différer sur tel ou tel point, mais, pour l'ensemble, les faits sont connus. Non seulement ils existent pour les historiens, mais ils existent pour chacun de nous consciemment ou inconsciemment, et c'est là que nous rencontrons cette mémoire collective faite de leur présence latente en nous.Aucun homme ne vit sans souvenir et aucun homme ne peut vraiment vivre sans les souvenirs de l'histoire. Nous avons appris de l'histoire, nous l'avons oubliée ; mais elle reste là ; elle oriente nos jugements à chaque instant ; elle forme notre identité ; elle préside à la naissance et à la prise de conscience de nos valeurs. Les Grecs avaient conscience de ce que certaines institutions et certaines histoires instruisent les peuples. Il n'est pas de petit Français pour qui le fait d'avoir vu en réalité ou en image le château de Versailles ou la cour du Louvre n'ait laissé quelque vague impression de ce que fut un certain Grand Siècle. Il n'est pas un protestant au monde qui n'aille et qui vienne sans avoir en lui-même la vague conscience de ce que fut le temps des persécutions, de ce que représente l'Edit de Nantes et sa révocation. Ceux qui ont traversé une guerre ou plusieurs guerres sentent, plus ou moins consciemment, à chaque minute, le poids des souvenirs qui rappellent, tout ensemble, des souffrances, des espérances, des deuils et une délivrance. Récemment encore, cette masse de souvenirs transmise par les historiens, et présente dans les faits, dans les noms propres, dans les monuments, était surtout nationale. Beaucoup de noms de villes sonnent d'un pays à l'autre comme des défaites ou des victoires ; aujourd'hui, les rapports sont devenus plus larges et les souvenirs de l'histoire dépassent le cadre national. On peut s'en féliciter, car ils prendront une valeur plus largement humaine. Tous les lieux en réalité sont des lieux de mémoire. Il appartient seulement à la recherche historique d'éviter les contresens et les souvenirs injustes.Mais quelle sorte de mémoire devons-nous garder ? A la fin d'une guerre civile particulièrement cruelle, les démocrates athéniens sont rentrés dans la ville, ont rétabli le régime qui leur était cher et, pour préserver l'avenir d'Athènes, ont imposé un serment par lequel chacun s'engageait à ne pas «rappeler» les maux passés. Cette mémoire rancunière devait être punie de mort. Et il est vrai qu'il n'est pas bon d'entretenir les rancunes. Mais il est évident qu'ils n'entendaient pas par là qu'il faille vivre avec la légèreté inconsciente qui ne connaît ni racine ni point de repère. Ils écartaient les procès d'ordre privé, ils n'écartaient pas la mémoire de ces événements du passé ; car les textes de l'époque sont pleins de la fierté et de l'allant que leur inspiraient la liberté reconquise et la concorde instaurée. Il nous appartient, de même, de faire que la mémoire collective retienne moins l'amertume que l'esprit vivace qui a permis à certains d'en triompher. Ainsi peut-on espérer que l'on arrivera peut-être, un jour, à éviter la répétition des mêmes horreurs et à ne point tomber aussi bas.Il ne s'agit pas des leçons de l'histoire : il s'agit d'une formation par l'histoire et d'une formation ouverte vers un mieux.J'ai dit combien il fallait se battre contre les mensonges qui menacent la mémoire individuelle et le genre historique en général. Pourtant, quand j'en viens aux leçons de cette mémoire collective, je veux faire appel à une aide qui n'est pas exempte de mensonges et qui, au contraire, s'en réclame ouvertement, mais qui est précieuse : la littérature. Pour la conscience collective, s'il ne s'agit pas d'événements tout récents et directement éprouvés, notre connaissance se communique plus aisément par les textes ou les œuvres d'art : leur présence y prend plus de relief. Certains connaissent probablement plus vivement les guerres de Napoléon à travers les romans de Stendhal qu'à travers les manuels d'histoire. Même les mensonges de Saint-Simon vous donnent plus accès à la cour de Louis XIV que les exposés scolaires ; et les souvenirs de la Shoah ont été rendus plus présents par les livres de Primo Levi ou par des films, reconstitués plusieurs années après, que par les documents, même les plus convaincants. Naturellement, quand les deux se rencontrent c'est l'idéal ; Thucydide, comme de nombreux auteurs anciens, a été aussi un écrivain : aujourd'hui où la science doit donner ses références et étaler ses preuves, elle a davantage besoin de cette collaboratrice un peu suspecte, mais brillante et efficace. Je voudrais voir l'histoire étroitement alliée à la littérature, afin que soit préservée et rendue vivante et active cette mémoire collective, sans laquelle nos désirs demeurent inconsistants et nos vies cruellement plates.
Copyright © Éditions Grasset & Fasquelle 61, rue des Saints-Pères 75006 ParisTel: 01 44 39 22 00 - Fax: 01 42 22 64 18
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HEMINGWAY Ernest
Américain - 20° siècle
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Biographie
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1898-1961Les guerres, la boxe, la corrida, la chasse, la pêche au gros et ...l'alcool: la vie d'E. Hemingway fut une cohabitation risquée avec la mort qu'il a finalement décidé de se donner en juillet 61. Cette fascination pour le danger est au coeur de ses oeuvres.Né à Oak Park dans un milieu bourgeois, artistique et protestant, il refuse la carrière médicale que son père a choisie. Il devient alors reporter au Kansas City Star et il y apprend les bases du style journalistique qu'il n'oubliera pas. Chauffeur volontaire d'une ambulance de la Croix-Rouge, il traverse Paris en mai 1918 et est blessé à Milan. C'est dans un hôpital de cette ville qu'il tombe amoureux d'une infirmière mais l'aventure se termine dans l'amertume: L'Adieu aux Armes et Une très courte histoire évoquent cette partie de sa vie.En 1921, il s'installe à Paris et reste correspondant pour le Torronto Star. Il fait son apprentissage littéraire en Europe, auprès d' E. Pound, Joyce, Fitzgerald et Picasso. Cinq ans plus tard, il rentre aux Etats-Unis et connaît son premier succès avec Le soleil se lève aussi.A partir des années 30, de nouveaux thèmes apparaissent dans son oeuvre: l'échec moral, le talent trahi, la hantise de la corruption... Il s'engage pendant la guerre civile espagnole comme défenseur de la cause républicaine. Il y puise aussi le matériau de Pour qui sonne le glas.Installé à Cuba, il devient "Papa Hemingway" et s'introduit dans le monde de l'espionnage chez les Espagnols néo-nazis. Reporter de juin à décembre 1944, il accompagne les armées alliées en Europe et parachève son image de héros au destin tragique. Usé par les accidents et l'alcool, il préfère la mort à la déchéance physique et littéraire.Hemingway a apporté à la littérature du 20e siècle une écriture elliptique, la technique du non-dit, la recherche du trait révélateur, le culte du "mot juste", la notation précise des comportements et des sensations. Ce style nouveau sert des thèmes originaux, comme la victoire dans la défaite, l'initiation cruelle de l'adolescence, l'expérience affective et intellectuelle, transcendée par l'écriture, "sans trucage ni tricherie". Et la lutte contre le destin dont il ressort que l'homme n'est jamais vainqueur:"Je m'étais souvent senti seul avec bien des femmes, et c'est ainsi qu'on se sent le plus seul; mais, nous deux, nous ne nous sentions jamais seuls, et nous n'avions jamais peur quand nous étions ensemble. Je sais que la nuit n'est pas semblable au jour, que les choses y sont différentes, que les choses de la nuit ne peuvent s'expliquer à la lumière du jour parce qu'elles n'existent plus alors; et la nuit peut être effroyable pour les gens seuls, dès qu'ils ont pris conscience de leur solitude; mais, avec Catherine, il n'y avait pour ainsi dire aucune différence entre le jour et la nuit, sinon que les nuits étaient encore meilleures que les jours. Quand les individus affrontent le monde avec tant de courage, le monde ne peut les briser qu'en les tuant. Et naturellement il les tue. Le monde brise les individus, et chez beaucoup, il se forme un cal à l'endroit de la fracture; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. Si vous n'êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y mettra le temps." L'Adieu aux armes, Hemingway
Oeuvres
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Liste des oeuvres Le soleil se lève aussi (1926) Les neiges du Kilimandjaro (1927) L'Adieu aux armes (1929) Les vertes collines d'Afrique (1932-35) Mort dans l'après-midi (1932-35) Pour qui sonne le glas (1940) Au-delà du fleuve et sous les arbres (1949) Le vieil homme et la mer (1952) Iles à la dérive (posth. 1971) Paris est une fête (posth. 1964) Le Jardin d'Eden (posth. 1989)
Suggestions
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Le site Un siècle d'Ecrivains offre une documentation complète sur Hemingway avec des articles de son époque. The Hemingway Resource Center répertorie les meilleurs sites en anglais. Quelques extraits du Vieil homme et la Mer (Académie de Strasbourg) et des articles, parus à l'occasion de son centenaire, pour une approche de l'homme, derrière la légende. On peut suggérer d'intégrer des extraits de l'oeuvre à un groupement de textes sur l'héroisme (voir le site Philagora et la partie consacrée à ce thème dans la littérature du 19e siècle).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 9/2/00
FLAUBERT Gustave
français - 19° siècle
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Biographie
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1821-1880Flaubert naît à Rouen où son père est chirurgien en chef à l'Hôpital-Dieu. Son existence est presque sans histoire. Ses récits de jeunesse révèlent une vocation précoce et un tempérament passionné. Atteint d'une maladie épileptiforme en 1843, il doit abandonner ses études de Droit. Il décide alors de se consacrer à la littérature et s'installe dans sa propriété du Croisset. Sa liaison avec "la Muse", Louise Colet, et quelques voyages en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Italie viendront seuls interrompre son prodigieux travail dont il règle l'exécution avec méthode.Dès le début de son adolescence, l'absurdité de la Création apparaît à Flaubert comme une vérité. Il n'y a pas de Dieu, pas de principe sur lequel on puisse établir quelque chose de solide: les ambitions de l'homme sont vaines et dérisoires. Pour supporter cette vie, il a trouvé un travail qu'il aime et auquel il s'applique avec obstination. Il assemble et polit les pièces de ses romans, comme un ébéniste minutieux. C'est dans l'antiquité païenne et dans l'Orient musulman qu'il découvre les civilisations les plus lucides, les moins hypocrites. Il accuse le christianisme d'avoir mutilé l'homme, en condamnant la joie et le plaisir, en prônant la chasteté et le sentimentalisme humanitaire. Ses romans contiennent tous une condamnation de son temps: ils décrivent des êtres médiocres et des vies manquées. Mais il est aussi le contestataire de notre ordre moral et de notre siècle. Car plus que tout, c'est la bêtise intemporelle qu'il a traquée et fustigée.« Dans quelle fange morale ! dans quel abîme de bêtise l'époque patauge ! Il me semble que l'idiotisme de l'humanité arrive à son paroxysme. Le genre humain, comme un tériaki saoûl d'opium, hoche la tête en ricanant, et se frappe le ventre, les yeux fixés par terre. Ah ! je hurlerai à quelque jour une vérité si vieille qu'elle scandalisera comme une monstruosité. Il y a des jours où la main me démange d'écrire cette préface des Idées reçues. » A Louise Colet. 20 avril 1853.
Oeuvres
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Liste des oeuvres Smarh (1839) Souvenirs, Notes... (1841) (Première) Education Sentimentale (1845) Madame Bovary (1857) Salammbo (1863) L'Education Sentimentale (1869) La Tentation de Saint-Antoine (1874) Trois Contes (1877) Correspondance (1880) Bouvard et Pécuchet (1880)
Oeuvres sur le Web
http://home.worldnet.fr/~zowie/flaubert/Gustave%20Flaubert/bibliographie.htm
Suggestions
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Le site de Guinot permet d'aborder l'écrivain, sa vie, son oeuvre de façon classique mais complète; il met en ligne des textes d'écrivains qui s'expriment sur Flaubert: une documentation très riche. Un autre site personnel (Dorothée) présente les adaptations à l'écran et au théâtre de l'oeuvre. On trouvera la plupart des romans numérisés (ABU) et de bons commentaires (Feuillets littéraires).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 7/4/00
FLAUBERT Gustave
français - 19° siècle
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Biographie
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1821-1880Flaubert naît à Rouen où son père est chirurgien en chef à l'Hôpital-Dieu. Son existence est presque sans histoire. Ses récits de jeunesse révèlent une vocation précoce et un tempérament passionné. Atteint d'une maladie épileptiforme en 1843, il doit abandonner ses études de Droit. Il décide alors de se consacrer à la littérature et s'installe dans sa propriété du Croisset. Sa liaison avec "la Muse", Louise Colet, et quelques voyages en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Italie viendront seuls interrompre son prodigieux travail dont il règle l'exécution avec méthode.Dès le début de son adolescence, l'absurdité de la Création apparaît à Flaubert comme une vérité. Il n'y a pas de Dieu, pas de principe sur lequel on puisse établir quelque chose de solide: les ambitions de l'homme sont vaines et dérisoires. Pour supporter cette vie, il a trouvé un travail qu'il aime et auquel il s'applique avec obstination. Il assemble et polit les pièces de ses romans, comme un ébéniste minutieux. C'est dans l'antiquité païenne et dans l'Orient musulman qu'il découvre les civilisations les plus lucides, les moins hypocrites. Il accuse le christianisme d'avoir mutilé l'homme, en condamnant la joie et le plaisir, en prônant la chasteté et le sentimentalisme humanitaire. Ses romans contiennent tous une condamnation de son temps: ils décrivent des êtres médiocres et des vies manquées. Mais il est aussi le contestataire de notre ordre moral et de notre siècle. Car plus que tout, c'est la bêtise intemporelle qu'il a traquée et fustigée.« Dans quelle fange morale ! dans quel abîme de bêtise l'époque patauge ! Il me semble que l'idiotisme de l'humanité arrive à son paroxysme. Le genre humain, comme un tériaki saoûl d'opium, hoche la tête en ricanant, et se frappe le ventre, les yeux fixés par terre. Ah ! je hurlerai à quelque jour une vérité si vieille qu'elle scandalisera comme une monstruosité. Il y a des jours où la main me démange d'écrire cette préface des Idées reçues. » A Louise Colet. 20 avril 1853.
Oeuvres
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Liste des oeuvres Smarh (1839) Souvenirs, Notes... (1841) (Première) Education Sentimentale (1845) Madame Bovary (1857) Salammbo (1863) L'Education Sentimentale (1869) La Tentation de Saint-Antoine (1874) Trois Contes (1877) Correspondance (1880) Bouvard et Pécuchet (1880)
Oeuvres sur le Web
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Le site de Guinot permet d'aborder l'écrivain, sa vie, son oeuvre de façon classique mais complète; il met en ligne des textes d'écrivains qui s'expriment sur Flaubert: une documentation très riche. Un autre site personnel (Dorothée) présente les adaptations à l'écran et au théâtre de l'oeuvre. On trouvera la plupart des romans numérisés (ABU) et de bons commentaires (Feuillets littéraires).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 7/4/00
FLAUBERT Gustave , LETTRESab
À GUY DE MAUPASSANT.
Croisset, 2 janvier 1880. Que 1880 vous soit léger, mon très aimé disciple. Avant tout, plus de battements de coeur, santé à la chère maman ; un bon sujet de drame qui soit bien écrit et vous rapporte cent mille francs. Les souhaits relatifs aux organes génitaux ne viennent qu'en dernier lieu, la nature y pourvoyant d'elle-même. Ah ! çà, vous allez donc publier un volume ! Un volume de vers, bien entendu ? Mais d'après votre lettre le conte rouennais en fait partie. Et puis vous dites nos épreuves. Qui cela, nous ? J'ai grande envie de voir l'élucubration antipatriotique. Il faudrait qu'elle fût bien forte pour me révolter. Dans une quinzaine j'espère avoir fini mon chapitre (l'avant-dernier) !!! Tâchez de venir dans trois semaines. Je vous embrasse.
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À EDMOND DE GONCOURT.
2 janvier [1880.] Mon cher Ami, Dites à M. Laffitte que je me mets à ses genoux pour le supplier de me laisser maintenant tranquille avec mon roman. Si on veut que je ne le finisse pas, c'est de m'en parler. Chacun a ses faiblesses, et celle-là chez moi est excessive. Une réclame dans le Voltaire, inventée par je ne sais qui, m'a gêné durant trois jours. (Est-ce Charpentier qui en est l'auteur ?) En tout cas, j'en veux au c... inconnu qui livre au public les initiales de mes deux bonshommes et qui soutient que j'ai prôné Rochefort ! par devant LL. MM. Impériales, ce qui eût été d'un joli goût ! Oh ! le reportage ! quelle m... ! Pour en revenir à Laffitte, dites-lui que mon bouquin ne peut être livrable avant un an. Il me faut encore cinq mois pour avoir fini le premier volume, le second m'en demandera bien six. Cela nous remet à l'automne prochain. Alors on s'abouchera. Et puis, le susdit roman est en quelque sorte (et jusqu'à nouvel ordre) promis à Mme Adam. Cependant il n'y a rien de conclu. Telle est la vérité. Quand paraît votre livre ? Ce que j'en connais m'allèche. Il me semble que c'est bien dans votre tempérament. Allons, mon bon vieux, que 1880 vous soit léger ! Santé, lauriers et monacos, voilà ce que je vous souhaite ; et je vous embrasse.
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À SA NIÈCE CAROLINE.
[Croisset], dimanche soir [11 janvier 1880]. Je vais donc te voir, bientôt, ma pauvre fille, jeudi ou vendredi, n'est-ce pas ? J'espère que, pendant les "courts moments que tu me consacreras", tu n'auras pas d'occasions t'empêchant d'être longuement avec Vieux. Je t'aurais écrit avant-hier soir, sans la venue de ton époux. Mon chapitre est fini. Je l'ai recopié hier et j'ai écrit pendant dix heures ! Aujourd'hui je le re-recorrige, et je le re-recopie. À chaque nouvelle lecture, j'y découvre des fautes ! Il faut que ce soit parfait. C'est la seule manière de faire passer le fond. Ta dernière lettre est bien gentille, pauvre chat, et je t'en remercie. Ton voyage tombe on ne peut mieux, avant de commencer mon dernier chapitre. Mais si tu veux te faire mieux voir, apporte-moi : 1° Deux paquets de tabac, 2° De la poudre de gingembre et du Kermen, pour le cari à l'indienne, objets qui se trouvent (bien que dise M. Commanville) sur la place de la Madeleine, à côté d'un marchand d'oiseaux, quand on a le dos tourné au marché. Cuvellier doit aussi les vendre, ou Guyot ?... Adieu, à bientôt. Le Préhistorique te donnera de bons baisers de Nounou. Je ne suis pas sûr du nom, mais c'est quelque chose d'approchant.
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À MADAME TENNANT.
Mardi soir, 13 janvier 1880. Ne soyez pas triste, ma chère Gertrude. Songez que vous en avez encore d'autres qui ont besoin de vous ! et qui en auront toujours besoin. Votre lettre m'a été au coeur, ma vieille amie. Comme je voudrais vous voir souvent et très longtemps, seul à seul ! Nous avons tant de choses à nous dire, n'est-ce pas ? Je souhaite à Éveline tout le bonheur que méritent son gentil caractère et son extraordinaire beauté. Un poète pour mari ? Diable ! une bourgeoise n'aurait pas fait cela et je ne vous en aime que davantage, si c'est possible. être poète, jeune, riche et épouser celle qu'on aime ! Il n'y a rien au-dessus de ça ! et j'envie votre gendre, en faisant un retour sur mon existence si aride et si solitaire. Le voyage de Rome est remis ; très bien. Mais celui de Paris ? Non, n'est-ce pas ? J'espère vous voir au printemps. Je suis content que Daudet vous ait plu. L'homme, comme le talent, est plein de séduction, un pur tempérament méridional. De son côté il m'a écrit une lettre enthousiaste à votre endroit. J'ai peur que vous ne soyez retournées en Angleterre, aussi je vous y adresse ma lettre. Un petit mot de temps à autre, n'est-ce pas ? Mille vraies tendresses.
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À MADAME GEORGES CHARPENTIER.
Mardi, 13 [janvier 1880]. Chère madame Marguerite, Votre aimable billet de jour de l'an s'est beaucoup promené avant de me parvenir, la poste n'ayant pu lire l'adresse, qui me semble lisible cependant. C'est moi qui aurais dû vous écrire le premier ! L'excuse à ma goujaterie est que je suis éreinté, écrasé jusque dans les moelles. Il y a des moments où j'ai peine à lever une plume – et tout cela pour qui ? pour la "Maison Charpentier" ! Aujourd'hui seulement j'ai fini mon avant-dernier chapitre ! et lundi prochain je me mets au dernier, qui me demandera encore trois ou quatre mois. Maintenant autre guitare : je demande à votre mari comme un service personnel de publier maintenant, c'est-à-dire avant le mois d'avril, le volume de vers de Guy de Maupassant, parce que cela peut servir au susdit jeune homme pour faire recevoir aux Français une petite pièce de lui. J'insiste. Ledit Maupassant a beaucoup, mais beaucoup de talent ! C'est moi qui vous l'affirme et je crois m'y connaître. Ses vers ne sont pas ennuyeux, premier point pour le public ; et il est poète, sans étoiles, ni petits oiseaux. Bref, c'est mon disciple et je l'aime comme un fils. Si votre légitime ne cède pas à toutes ces raisons-là, je lui en garderai rancune, cela est certain. De plus, le même Charpentier me doit des excuses pour ne m'avoir point transmis le splendide article de Zola sur l'Éducation sentimentale. Sans un ami (de Rouen) qui me l'a envoyé, j'eusse été privé de cet encens. Embrassez vos mioches pour moi, me permettant de commencer par leur mère, licence qu'autorise le grand âge de votre tout dévoué et affectionné. Quand aurons-nous un petit éditeur ?
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À GUY DE MAUPASSANT.
[Croisset, 13 janvier 1880]. Mon cher Guy, Je viens d'écrire non à Charpentier, mais à son épouse pour qu'elle lui demande de ma part et comme un service personnel de publier tout de suite votre volume. J'insiste sur les raisons, fais votre éloge et lui dis que, s'il n'exécute mes désirs, je me fâche. Ma lettre vous servira-t-elle ? Problème. La Revue Moderne m'a envoyé votre "Mur". Pourquoi l'ont-ils à moitié démoli ? La note de la rédaction qui vous fait mon parent est bien jolie. Du reste, cette revue me paraît gigantesque ! Sarah Bernhardt comparée à Frédérick Lemaître et à George Sand ! Et dans l'article sur l'Odéon : après la Ligue, la Renaissance !!! Si ce sont là les "jeunes", je redemande Baour-Lormian. Quant à votre "Mur", plein de vers splendides, il y a des disparates de ton. Ainsi le mot bagatelle vous verse une douche glacée. L'effet comique arrive trop tôt. Mais admettons que je n'aie rien dit ; il faut voir l'ensemble. Que vous avez raison quant aux visites !!! Quelle scie ! Mais les gens du monde sont sans pitié, mon bon. Ah ! N... de D... ! J'oubliais une chose grave. À qui s'adresser dans votre établissement pour carotter le marbre devant servir à Guillaume, qui va faire le buste de Bouilhet ? La chose presse, car les travaux de maçonnerie vont être mis en adjudication et Sauvageot, l'architecte de la ville, me prie de me hâter.
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À FRANCOIS COPPÉE.
Entièrement inédite en 1930. Croisset, par Déville (Seine-Inférieure). Mercredi, 14 janvier 1880. Merci de votre cadeau, mon cher Coppée. (On ne me l'a envoyé de Paris qu'il y a trois jours.) J'imagine que vous êtes fatigué des mots faits sur le Trésor. C'en est un : "Ceux-là (les vers) ne sont pas de faux diamants", mais l'appréciation est juste, bien que le langage soit banal. Comme vous maniez avec dignité les choses familières ! – Quel prix vous donnez aux moindres objets ! Les poètes ont toujours raison... et il n'y a que le style – quoi qu'on dise. Quand donc MM. les comédiens joueront-ils de vous une oeuvre de longue haleine ! Mais vous devez être content du succès matériel. Ça a réussi n'est-ce pas ? Vous me verrez au printemps quand j'aurai fini mon affreux bouquin, et alors on taillera une soignée bavette. Il me semble que nous avons besoin de nous voir. En attendant ce plaisir-là remerci et je vous embrasse. Votre. Vous me confondez avec vos dédicaces olympiques Chatouillant de mon coeur l'orgueilleuse faiblesse.
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À GUSTAVE TOUDOUZE.
Croisset, 21 janvier 1880. Mercredi soir. J'ai passé toute l'après-midi à vous lire, mon cher ami, et je vous crie bien haut bravo ! sans restriction aucune. Jules de Goncourt m'appelait "un gros sensible". Ce qu'il y a de sûr, c'est que j'ai eu souvent les yeux mouillés. Une fois même, il a fallu prendre son mouchoir ! Votre roman déborde de sensibilité ou plutôt de sentiment, ce qui vaut mieux ; et pas de mièvrerie, pas de grimace. Cela est sain et bon, et habile, car l'intérêt ne se ralentit pas une minute. J'ai dévoré vos 370 pages ! L'émotion m'a empoigné au dîner du médecin, quand il rentre chez lui, et elle n'a cessé. Mais vous avez du TALENT, mon camarade ! Aucun mot ne m'a choqué ; rien de vulgaire. Ce livre-là doit vous faire adorer des femmes, et apprécier, applaudir par les artistes. On voit que vous aimez votre mère, c'est senti. Gardez-la le plus longtemps que vous pourrez. Je vous envie ! Je n'aime pas beaucoup la mort de Fourgerin, qui ne meurt qu'après avoir fait sa recommandation à Gaston. Cela est un peu voulu. C'est la seule tache que j'aperçoive. L'épilogue est fort beau, le retour de tendresse de Mme Lambelle pour sa bru. Dans la vieille Claudine, il y a des naïvetés adorables. Enfin le problème est résolu : moral et pas c... ! Encore une fois, mon cher ami, toutes mes félicitations bien sincères, et à vous ex imo.
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À GUY DE MAUPASSANT.
[Croisset, 22 ou 23 janvier 1880]. Mon chéri, Le titre est bon ! "Des vers, par G. de M***". Gardez-le... Je doute que ma lettre à Mme Charpentier vous serve à quelque chose. Elle a dû lui parvenir le jour même de son accouchement, et son époux était alité, détail que j'ai su par Mme Régnier. Mais c'est samedi que paraît le commencement du Château des Coeurs. Après quoi j'écrirai audit Charpentier lui-même et lui reparlerai de vous. Mais allez souvent dans sa boutique ! Assommez-le ! Importunez-le ! fatiguez-le ! C'est là la seule méthode. À force d'embêter les gens, ils cèdent. Je compte sur vous pendant les jours gras, c'est-à-dire dans une quinzaine. Arrangez-vous pour passer ici au moins un jour plein et prévenez-moi un peu d'avance. Maintenant, je prépare mon dernier chapitre : l'Éducation. Si je pouvais fouiller dans la bibliothèque de votre Ministère, j'y trouverais, j'en suis sûr, des trésors. Mais par où commencer les recherches ? Il me faudrait des choses caractéristiques comme programmes d'études et comme MÉTHODES. Je veux montrer que l'éducation, quelle qu'elle soit, ne signifie pas grand'chose, et que la nature fait tout ou presque tout. Avez-vous un catalogue de votre bibliothèque ? Parcourez-le et voyez ce qui peut me servir. Si je vous lisais mon plan, vous verriez ce qui me conviendrait. Il sera fait dans une quinzaine. Tenez-moi au courant de ce qui vous concerne chez Charpentier et pensez à moi. Je vous embrasse tendrement.
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À SA NIÈCE CAROLINE.
Croisset, nuit de vendredi 2 heures [23-24 janvier 1880]. Ma pauvre fille, Par une lettre que ton mari a reçue tantôt, je sais que tu vas bien, et que ton retour s'est effectué solitairement. Ne manque pas de fortement plaisanter Lapierre, qui a préféré à ta compagnie celle des notables de Rouen, comme si tout Rouen t'allait à la cheville ! ce qui est cependant te placer très bas. De mon côté, je t'assure que je lui ferai une scie qui l'embêtera. Explication : c'est qu'il avait quelque intérêt pécuniaire à être avec ces messieurs. Ernest et moi, nous faisons très bon ménage. Voilà deux soirs que nous jacassons jusqu'à près de 11 heures du soir ! Hier, il m'a beaucoup parlé de son affaire. Sa persistance est vraiment touchante. Il finira par réussir à force d'entêtement ! Ne prends aucune mesure avant quelque temps, il a besoin maintenant de toutes ses facultés ! Je pioche le plan de mon chapitre X et dernier, lequel se développe dans des proportions effrayantes. L'"éducation" n'est pas un petit sujet ! ! ! Et il se pourrait bien, par conséquent, que je ne sois pas prêt à quitter Croisset avant la fin d'avril ou le milieu de mai. Mais je ne veux pas me demander quand j'aurai fini. J'avais gardé de l’Éducation des filles de Fénelon un bon souvenir, mais je change d'avis : c'est d'un bourgeois à faire vomir ! Je relis tout l’Émile de Rousseau. Il y a bien des bêtises ; mais comme c'était fort pour le temps, et original ! ça me sert beaucoup. Tu recevras le Château des Coeurs demain. Nous verrons l'effet que ça fera... Les lettres adressées à ton mari ne sont pas pour moi. Donc, ma chérie, pense un peu au Préhistorique qui t'embrasse. Comme ç'a été gentil les trois jours passés ensemble, n'est-ce pas, pauvre loulou ? N. B. – Et mes livres sur l'"Éducation" ?
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À MADAME ROGER DES GENETTES.
Croisset [25 janvier 1880]. Je crois que vous errez, ma chère amie, et que je vous avais écrit vers le jour de l'an. Ce qu'il y a de sûr, c'est que j'attendais de vos nouvelles, un peu anxieusement. Du reste il ne faut pas m'en vouloir si je suis en faute. Songez que j'ai en moyenne trois ou quatre lettres à écrire par jour, et deux à trois volumes à lire par semaine. Sans compter ce qu'il faut que je lise pour mon travail. Si bien que, maintenant, je suis débordé ; mes yeux ne suffisent plus à ma besogne, ni le temps non plus. Je suis obligé de répondre aux jeunes gens qui m'envoient leurs oeuvres que maintenant je ne puis plus m'occuper d'eux, et je me fais (bien entendu) autant d'ennemis. Savez-vous à combien se montent les volumes qu'il m'a fallu absorber pour mes deux bonshommes ? à plus de 1500 ! Mon dossier de notes a huit pouces de hauteur. Et tout cela ou rien, c'est la même chose. Mais cette surabondance de documents m'a permis de n'être pas pédant ; de cela, j'en suis sûr. Enfin je commence mon dernier chapitre ! Quand il sera fini (à la fin d'avril ou de mai), j'irai à Paris pour le second volume qui ne me demandera pas plus de six mois. Il est fait aux trois quarts et ne sera presque composé que de citations. Après quoi, je reposerai ma pauvre cervelle qui n'en peut plus. Lisez donc la Paix et la Guerre de Tolstoï, trois énormes volumes, chez Hachette. C'est un roman de premier ordre, bien que le dernier volume soit raté. Je n'ai pas souffert du froid, mais j'ai brûlé dix-huit cordes de bois, sans compter un sac de coke par jour. J'ai passé deux mois et demi absolument seul, pareil à l'ours des cavernes, et en somme parfaitement bien, bien que ne voyant personne ; je n'entendais pas dire de bêtises ! L'insupportabilité de la sottise humaine est devenue chez moi une maladie, et le mot est faible. Presque tous les humains ont le don de m'exaspérer et je ne respire librement que dans le désert. Les querelles de bonapartistes sont pourtant divertissantes. Les collèges de filles de Camille Sée ne me semblent pas plus drôles que les couvents, après tout, et la question du divorce me tanne prodigieusement. J'aime la solution de Robin : "Oui, les gens mariés doivent vivre éternellement ensemble pour être punis de la bêtise qu'ils ont faite en s'épousant." Cela est inique, mais folichon. Le Château des Coeurs a commencé à paraître dans le numéro d'hier.
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À GEORGES CHARPENTIER.
Dimanche 24 [sic, pour 25] janvier 1880. Mon cher Ami, La Renommée aux cent bouches m'a appris que Mme Charpentier était accouchée et que, le jour même où le ciel vous octroyait un héritier, vous étiez alité. Donc, comment se portent la mère, l'enfant et le papa ? 2° Pour vous fléchir, j'avais bassement écrit à Mme Charpentier. Mon épître a dû lui arriver le jour précisément où elle enfantait. Donc, ma lettre est probablement perdue. Elle avait pour but de vous recommander la publication, aussi prompte que possible, des Vers de Maupassant. Faites cela, et vous m'obligerez infiniment. C'est un SERVICE que je vous demande, et la publication ne vous déshonorera pas. 3° La Féerie a bonne mine et, ainsi publiée, elle me plaît. Nous causerons de la question pécuniaire quand tout sera paru. Mais (il y a toujours un mais), d'ici là, mon bon, vous seriez bien aimable de m'envoyer ce qui me revient de l’Éducation sentimentale (votre dernier paiement était pour un tirage de Salammbô). Franchement, et sans blague aucune, un peu de monnaie me serait agréable pour le quart d'heure. Je commence le plan de mon dernier chapitre. Quand sera-t-il fini ? Dieu le sait ! Peut-être pas avant la fin d'avril, ou le milieu de mai. Dès qu'il fera moins hideux, au commencement de mars, je suppose, je m'attends à votre visite, en compagnie de Zola, Goncourt et Alph. Daudet. Vous apparaîtrez avec les violettes et nous nous livrerons à un petit balthazar rustique. D'ici là, je vous embrasse. Vôtre.
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À GUY DE MAUPASSANT.
Dimanche [25 janvier 1880]. J'attends le modèle d'une pétition à M. Turquet. Je viens d'écrire à Charpentier pour votre volume de vers. Il aura ma re-lettre en même temps que vous aurez ce billet. Avez-vous trouvé quelque monument pour moi dans votre boutique ? Puis-je, aux jours gras, compter sur votre Excellence ? Adieu, mon chéri, je vous embrasse.
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À SA NIÈCE CAROLINE.
Croisset, mardi, 2 heures [27 janvier 1880]. Mon loulou, Mon indignation n'a pas de bornes ! et j'ai envie de t'accabler d'injures ! Si la première du Nabab est pour jeudi prochain, comment veux-tu maintenant avoir des places ? La répétition générale commencera demain, à 1 heure. Le service sera déjà fait s'il ne l'est. J'aime à croire que la première n'aura lieu que samedi. Alors tu auras la chance d'avoir des places. Tu as vu par toi-même, quand je montais les premières de Bouilhet, que l'auteur d'une pièce manque toujours de places, bien qu'il en achète de sa poche ! et que, la veille d'une première, tout le monde perd la boule ; on ne lit même plus les lettres. Crois-tu que Daudet va avoir le temps de te répondre et de s'occuper de toi ? Sans compter que les billets de spectacle mis sous enveloppe et envoyés par la poste sont presque toujours volés. N B. – Ne jamais, en ces cas-là, se servir de la poste. Bref, si tu veux assister à la première du Nabab, il faut aller toi-même ou envoyer un commissionnaire intelligent chez Daudet, et qu'il attende la réponse. Si Daudet ne t'en donne pas, re-envoie le commissionnaire chez Deslandes, et qu'il attende indéfiniment. Mais en y allant toi-même, tu as plus de chances de réussir. Tu vas trouver que c'est trop compliqué. Tu mettras à la poste des lettres qui ne seront même pas décachetées, et tu n'auras pas de places et tu te plaindras du sort ! Mon loulou n'est guère pratique ! Que n'as-tu écrit quelques jours d'avance à Mme Daudet : c'était là le bon moyen. Si j'étais de toi, je m'informerais de l'heure où finira la répétition générale et, munie des deux épîtres ci-incluses, j'irais moi-même au Vaudeville, en altière Vasti, pour parler à ces messieurs. Quant à la Vie Moderne, réclame-la, impudemment. Bergerat n'a pas compris. Au lieu d'envoyer les numéros à Paris, comme il faisait auparavant, il les envoie à Croisset. À la fin de sa préface, il y a un mot très aimable pour Mme Commanville. Bonne chance pour la première. Quant à moi, je suis content de n'y pas assister. Ces solennités-là sont hideuses ! On y voit trop crûment le plus vilain des sept péchés capitaux : l'Envie. L'Ours des Cavernes, Et pour toi Nounou.
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À SA NIÈCE CAROLINE.
[Croisset], dimanche, 4 heures [1er février 1880]. Primo : les choses du métier, ou plutôt : l'Art avant tout ! 1° L'éducation homicide de Laprade m'allèche (mon gamin, fils de forçat, veut tuer un autre enfant et torture les animaux). L'éducation libérale, moins. Cependant je serais bien aise de les avoir l'une et l'autre. Le livre de Robin sur la même matière m'a paru peu fort, et à celui de Spencer j'ai éprouvé la même désillusion. Néanmoins, je voudrais bien les relire. Arrange-toi pour que le P. Didon m'expédie ce qu'il a, le plus promptement possible, et remercie-le d'avance ! Oh ! si quelqu'un pouvait m'envoyer le livre de Spurzheim, sur l’éducation, ce quelqu'un serait un sauveur ! Rien de tout cela n'est à Rouen et ce gredin de Pouchet ne me répond pas. Je viens de lui re-écrire. Ce qui me fait enrager, maintenant que je voudrais ne pas perdre une minute, c'est le temps perdu à lire les romans des jeunes ! Trop d'hommages ! J'ai prié Charpentier de ne plus m'en envoyer ! J'en ai là quatre sur ma table, qui attendent leur tour. Je n'ai pas même eu le temps de remercier Popelin pour son Polyphile. Mais je vais tous les bâcler ; puis je n'en ouvre plus un seul. Sans compter qu'il faut répondre à ces messieurs. Voilà aujourd'hui quatre heures employées à cette besogne ! Je suis trop bonasse. Boule de Suif, le conte de mon disciple, dont j'ai lu ce matin les épreuves, est un chef-d'oeuvre ; je maintiens le mot, un chef-d'oeuvre de composition, de comique et d'observation, et je me demande pourquoi il a choqué Mme Brainne. J'en ai le vertige. Serait-elle bête ? Jolie conduite ! tu te trimbales dans "les coulisses". La mère Heuzey devait jubiler ! se figurer qu'elle était actrice ! ! ! Cette anecdote confirme ma théorie : les femmes sont plus braves que les hommes. Moi, je n'oserais jamais faire ce que vous avez fait, de peur d'être mis à la porte ! et on m'y mettrait ! Mais les dames ! Ah ! bien, oui ! Quel toupet ! et pas de migraine le lendemain ; c'est beau ! En résumé, mon pauvre chat, tu as eu raison. Et à l'impudence tu ajoutes le vol ! (vol de mon papier). Enfin tu prends le genre de Paris. Je t'approuve. Dans les âges préhistoriques, on n'était pas sévère pour la morale et, en fait de divorce, je crois que "la plus dégoûtante promiscuité, etc."... J'ai envie d'écrire les Mémoires du Vieillard de Cro-Magnon. Je suis content que tu ailles souvent chez le père Cloquet, que j'aime et respecte beaucoup pour lui-même, et à cause du passé. Gertrude m'a écrit pour me faire ses adieux et dans sa lettre il y avait un billet de Dolly. Admirable ! Elle me dit qu'elle m'a connu bien avant sa mère et dans une existence antérieure. Quelle drôle de young Lady ! c'est fou et plein de charme. Tâche que ton mari se repose. Il doit être éreinté. Maintenant je vais écrire encore une lettre à "un jeune", puis reprendre les Offices de Cicéron et rebûcher mon plan. Deux bécots de la Nounou. P.-S. – À quelque jour, je tuerai un pauvre ! Ernest t'expliquera pourquoi. Mais, immédiatement après son départ, j'ai trouvé un truc pour la sonnette. L'Ours des Cavernes.
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À GUY DE MAUPASSANT.
Croisset [1er février 1880]. Parlons d'abord de la Répétition, puis nous causerons de Boule de Suif. Eh bien, c'est très, très gentil ! Le rôle de René ferait la réputation d'un acteur, et c'est plein de bons vers, tels que le dernier de la page 53. Je ne vous signale pas les autres, étant trop pressé. La volte-face de l'amant et l'arrivée du mari sont dramatiques. C'est amusant, fin, de bonne compagnie, charmant. Envoyez donc un exemplaire de ce volume à la princesse Mathilde, avec votre carte fichée à la page de votre titre. Je voudrais bien voir jouer cela dans son salon ! Mais il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un chef-d'oeuvre. Oui !Jeune homme ! Ni plus, ni moins, cela est d'un maître. C'est bien original de conception, entièrement bien compris et d'un excellent style. Le paysage et les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref, je suis ravi ; deux ou trois fois j'ai ri tout haut (sic). Le scandale de Mme Brainne me donne le vertige ! Je rêve !... Je vous ai mis sur un petit morceau de papier mes remarques de pion. Tenez-en compte, je les crois bonnes. Ce petit conte restera, soyez-en sûr ! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois ! Pas un n'est raté. Cornudet est immense et vrai ! La religieuse couturée de petite vérole, parfaite, et le comte "ma chère enfant", et la fin ! La pauvre fille qui pleure pendant que l'autre chante la Marseillaise, sublime. J'ai envie de te bécoter pendant un quart d'heure ! Non ! vraiment, je suis content ! Je me suis amusé et j'admire. Eh bien, précisément parce que c'est raide de fond et embêtant pour les bourgeois, j'enlèverais deux choses, qui ne sont pas mauvaises du tout, mais qui peuvent faire crier les imbéciles, parce qu'elles ont l'air de dire : "Moi je m'en f..." : 1° dans quelles frises, etc. ce jeune homme jette de la fange à nos armes ; et 2° le mot tetons. Après quoi le goût le plus bégueule n'aurait rien à vous reprocher. Elle est charmante, votre fille ! Si vous pouviez atténuer son ventre au commencement, vous me feriez plaisir. Excusez-moi près d'Hennique ! Vraiment je suis accablé par mes lectures, et mes pauvres yeux n'en peuvent plus. J'ai encore une douzaine d'ouvrages à lire avant de commencer mon dernier chapitre. Je suis maintenant dans la phrénologie et le droit administratif, sans compter le De Officiis de Cicéron, et le coït des paons. Vous qui êtes (ou qui, mieux, avez été) un rustique, avez-vous vu ces bêtes se livrer à l'amour ? Je crois que certaines parties de mon chapitre manqueront de chasteté. J'ai un moutard de moeurs inconvenantes, et un de mes bonshommes pétitionne pour qu'on établisse un b... dans son village. Je vous embrasse plus fort que jamais. J'ai des idées sur la manière de faire connaître Boule de Suif, mais j'espère vous voir bientôt. J'en demande deux exemplaires. Rebravo ! n... de D... !
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À PAUL ALEXIS.
Dimanche, 1er février 1880. Merci de votre volume, mon brave Alexis, il m'a fait grand plaisir. J'avais déjà lu Lucie Pellegrin, et il m'en était resté le souvenir d'une chose raide. Elle m'a semblé plus raide encore : ça a de la poigne. C'est fort et amer ! et on sent que c'est vrai. La chienne enceinte est une trouvaille d'artiste. Il y a des mots et des traits bien heureux, tels que l'Adèle "qui aurait couché avec le roi des Belges", et, page 25, le sang qui coule sur la cuvette ; page 41 : "ça a des envies comme une femme, une chienne enceinte..." ; page 42 "envie de me pocharder avec vous" ; page 44 "parce que je ne fais plus la noce". – Et la mort ! magnifique ! Dans Monsieur Fraque, j'ai remarqué surtout la psychologie, page 72. "Elle poussait l'injustice..." "Elle se sentit toute disposée à lui rendre la vie dure." La villa Poorcels (78) très juste ! et l'évêque qui vient ! – 82 : je blâme absolument le mot "Si jeune, monsieur..." parce qu'il est connu ! (et dans Balzac et dans Soulié). – 84 : Je ne crois pas qu'on puisse être magistrat et garde national (?) S'en informer ! ces deux fonctions me paraissent incompatibles. – L'amour de Mme Fraque pour le petit prêtre vient très bien. Le pasteur protestant et sa famille sont excellents. – 44 : parfaite, la distribution des prix : je m'y suis retrouvé. – Lamôle est très bien, pendant la déclaration de cette femme qui couvre son lit de baisers (137-138) ; et l'idée de le tutoyer, exquise (139). – La lutte du curé et du pasteur, très bien – et ce que pense Fraque à la fin (147), très bien. Les Femmes du père Lefèvre m'ont fait rire tout haut deux ou trois fois (sic). C'est d'un comique excellent. Le café, les Coqs, la binette du père Lefèvre m'ont charmé. Tout cela est vu et senti. Bravissimo. Pages 176, 177, l'ahurissement de la population, charmant. Peut-être y a-t-il un peu de longueur et abus de procédé, dans l'attente des dames ? Mais leur arrivée dans le café, la stupéfaction de leur laideur est tout bonnement sublime. Les ombres sur le mur d'en face pendant le bal, ingénieuses. En somme, quelque chose de bien cocasse et de bien amusant. Monsieur Mure est le moins original des trois contes, malgré des choses excellentes. Le lecteur se demande d'abord s'il est naturel qu'un monsieur écrive ainsi sa vie, minute par minute. Il fallait, peut-être, développer davantage la psychologie d'Hélène. On la pressent, on la soupçonne plutôt qu'on ne la connaît. À force d'être fin, l'auteur manque de franchise ! Pages : 265. "Le temps est un grand maître", encore un mot trop connu. – 270. Phrase de haut vol ! "n'escortant d'autre bière..." – Le père Derval excusant sa fille après l'avoir maudite, très nature ! – 285. "Je lui disais des choses que je ne pense pas ordinairement", profond. – 288. Paysage du quartier de l'Europe, neuf et bien fait. – 291, très bon, 291, leurs adieux, idem. – 292 et 295, une étourderie : Lucienne ou Julienne ? (J'ai commis la même erreur dans l’Éducation sentimentale.) – 388, les réflexions à la Morgue en regardant les nippes des femmes, bien. L'hôtel meublé, du reste, est bien fait. Ici commence le mystère. Se livre-t-elle à la prostitution ? Et le saltimbanque ? est-ce la première fois qu'elle... avec lui ! (337, page excellente). On serait curieux de savoir comment elle s'est réconciliée avec son mari. Maintenant, mon cher ami, je vais vous faire des remarques de pion : Page 4. Avait rompu le silence, locution toute faite. Page 5. Menaça, pour dire que son geste était menaçant, n'est point d'une langue pure. Page 63. Un cigare... on ne fumait pas tant que ça, alors. La Madeleine n'était pas inaugurée, ni même achevée. Page 229. "En ce temps-là" sous la Restauration, il n'y avait pas de Pouvoirs à côtelettes. Page 241. Prendre un bain de pieds. Indélicat ! – à quoi bon ? Page 278. Un mazagran n'est pas de la langue de M. Mure, lequel est un magistrat. Pourquoi ainsi parler argot ? Dernière remarque : pourquoi initiez-vous le public aux dessous de votre oeuvre ? Qu'a-t-il besoin de savoir ce que vous en pensez. Vous êtes trop modeste et trop naïf. En lui disant par exemple que M. Mure n'a pas existé, vous glacez d'avance le bon lecteur. Et puis, que signifie "le triomphe certain de notre combat", dans la dédicace ? Quel combat ? Le Réalisme ! Laissez donc ces puérilités-là de côté. Pourquoi gâter des oeuvres par des préfaces et se calomnier soi-même par son enseigne ! Tout ce que je viens de vous écrire doit vous prouver, cher ami, avec quelle attention j'ai lu votre livre. Il m'eût été facile de vous écrire : "Admirable partout !" Mais je vous aime trop pour user avec vous de procédés banaux. Là-dessus, une forte poignée de main, mon bon.
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À M. LÉON HENNIQUE.
Nuit de lundi, 3 [2-3 février 1880]. Mon cher Ami, Deux hypothèses : ou je suis un idiot, ou vous êtes un farceur. Je préfère la seconde, naturellement. Sous prétexte de blaguer le romantisme, vous avez fait un très beau livre romantique. Mais oui ! Il y a là dedans un drame à la Shakespeare ! soyez-en persuadé. "L'âme telle qu'elle est !" prétendez-vous la connaître ? "Personnages exagérés", nullement. "Langage conventionnel ?" pas du tout ! Et puis, de quoi parlez-vous ? Quelle école ! Où y a-t-il une école ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Et où sont les hommes de 1830 ? Je vous défie de m'en citer un, à commencer par le père Hugo, qui soit encore dans la tradition. Notez que je vous parle de choses que je connais personnellement. Vous croyez avoir blagué leur style ? Détrompez-vous ! Lisez donc Pétrus Borel, les premiers drames d'Alexandre Dumas et d'Anicet Bourgeois, les romans de Lascailly et d'Eugène Sue : Trialph et la Salamandre. Comme parodie, de ce genre-là, voir les Jeune-France de Théo, un roman de Charles de Bernard, Gerfaut, et, dans les Mémoires du Diable de Soulié, l'artiste. Chaudes-Aigues et Gustave Planche ont fait au romantisme absolument les mêmes reproches que l'on fait au réalisme. Ponsard n'a dû son succès qu'à cette réaction qui date de quarante ans, trente-neuf ans pour être exact, ni plus, ni moins. Édifiez-vous avec la critique d'Armand Carrel sur Hernani, qui pourrait s'appliquer à l’Assommoir. Mlle Mars ne voulait pas prononcer le mot "amant", comme trop obscène, etc... Cette manie de croire qu'on vient de découvrir la nature et qu'on est plus vrai que les devanciers m'exaspère. La Tempête de Racine est tout aussi vraie que celle de Michelet. Il n'y a pas de Vrai ! Il n'y a que des manières de voir. Est-ce que la photographie est ressemblante ? pas plus que la peinture à l'huile, ou tout autant. À bas les écoles quelles qu'elles soient ! À bas les mots vides de sens ! À bas les Académies, les Poétiques, les Principes ! Et je m'étonne qu'un homme de votre valeur donne encore dans des niaiseries pareilles ! Maintenant, je commence. J'ai entamé votre volume hier à dix heures du soir et je l'ai fini à trois heures du matin, ce qui vous prouve qu'il m'a amusé. Et je n'ai pas ri une minute (vous avez manqué votre but). Au contraire, j'ai admiré. Quand ça n'est pas beau, c'est charmant. Je crois que vous ne comprenez pas ce que vous avez fait. Page 9. – Des vers très galants, et le dernier couplet exquis. Vos bandits sont classiques, ce sont ceux de tous les romans picaresques. Mais ça n'est peut-être pas vraisemblable de parler du crime si légèrement. Ils font des plaisanteries, enfin ils sont grotesques ! La nature (! ! !) ne parle pas comme ça. Exemple : dans le romantique Molière, les lazzi de Sbrigani et de Nérine. Ponthau, mon bon, est une création tout à fait hors ligne ! J'y reviendrai. Page 23. – "Porte le cachet des élégants de la cour" ; ça, ce n'est pas du style des romantiques. Ils avaient bien morbidezza et "pittoresque" (déjà vieux en 1815), mais pas de "cachet". Page 38. – "Mazaroz" ? Eh bien, il parle très simplement, ce fanatique ! Page 53. – Le miracle raté, et le commencement du doute dans l'âme de Ponthau, est tout bonnement sublime. Oui, n... de D... ! Suzanne amoureuse du maître au lieu du valet, très nature, très organique. Elle va au plus beau mâle ! Qu'il bouscule les processions, très bien ! ça se faisait tous les jours (voyez Histoire du Parlement de Normandie, par Floquet). Cela n'est nullement exagéré. La scène entre Henriette et Ponthau, admirable, admirable ! et un homme comme Ponthau n'a pu ni dire ni agir autrement. Et puis il y a là des choses du plus grand style : "Aucune plante, etc..." – "Pauvre femme ! tu pleures..." et toute la page 160, superbe ! Voyez-vous un Frédérick Lemaître, jeune, disant cela ? Mais le théâtre en croulerait d'enthousiasme ! Et le revirement : "Retournez à votre lit, ma tête bat sous le fardeau de vos derniers baisers..." Vous ne trouvez pas ça beau, mon bonhomme ? Tant pis pour vous ! "Je me suis vautré sur votre corps comme les vers du cimetière, etc..." biblique ! et c'est bien l'occasion d'être biblique. Le baptême, très juste de ton et très probable, historiquement. Page 171. – "Il faut être orgueilleux pour se dévouer..." Ayez beaucoup de mots comme ça ! Page 185. – Le maître et le valet se labourant la peau à coups de poignards ! Vous croyiez peut-être que ça ferait rire ? Mais imaginez du sang qui coulerait, et on ne rirait plus. Seulement l'action, ici, est amenée trop vite, et puis il y a eu des gens comme ça et il y en a encore. Pendant l'Exposition de 1867, des Japonais, à Paris et à Marseille, se sont livrés à des duels de ce genre. Comme pénitence, les bouddhistes en font autant, et en France, à l'heure qu'il est, certains catholiques !... tels que M. Dupont, de Tours (voyez la Foire aux reliques et l'Arsenal de la dévotion, de Paul Parfait). C'est donc... naturel, bien que ce soit... exagéré ! Mais tout ce qui est beau est exagéré. Sarcey n'est pas exagéré ! Je continue : Henri IV me paraît très ressemblant, à l'idée qu'on se fait, ou du moins que je me fais d'Henri IV. Page 268. Superbe, Barabbas dans la chapelle ! Il y a là un souffle à ranimer Rabelais dans son tombeau. Les commencements du doute amenés dans l'âme de Ponthau par l'amour, et son espèce de folie, sa proposition d'enlever Hélène, et surtout la page 275, très fort, très fort ! L'épisode de l'Oiseleur, idem. Pages 274-275. La défense de Ponthau fait songer à D'Aubigné et à Corneille. Allons ! Vous vous foutez du monde ? C'est bien ! Mais de moi, ce n'est pas gentil ! Page 303. "J'en ai bu une pleine coupe..." Eh ! oui, c'est vrai ! exemple : Léger, Papavoine et l'homme des environs de Gênes qu'on appelait "la Hyène". Il y a dans Shakespeare des choses de cette force, voir Titus Andronicus, et dans le Clitandre du classique P Corneille. Page 315. Ponthau s'apercevant de son impuissance thaumaturgique ; je n'ai pas d'expression pour vous exprimer combien je trouve cela fort ! Maintenant, l'époque et le caractère du dit Ponthau étant donnés, en est-il arrivé à ce point de philosophie ? J'en doute. Mais qu'importe ! Puisque c'est une conséquence logique de tout ce qui précède. C'est d'ailleurs un homme de nos jours qui parle ainsi. Et, à cause de cet anachronisme (s'il y en a un) votre oeuvre n'en est que plus vivante. Tant il est vrai que le sujet importe peu, et le temps où se passe une action, idem. On peut faire du moderne en peignant la cour de Sésostris, et même, en la peignant, je vous défie de n'en pas faire. Le Moderne, l'Antique, le Moyen âge, subtilités de rhéteur, voilà mon opinion ! Je suis né sous la Restauration : est-ce du moderne ? Non, car je vous jure que les moeurs de ce temps-là ne ressemblent pas plus à celles d'à présent qu'elles ne ressemblaient à celles du temps d'Henri IV. De par la théorie qui a cours, il me sera défendu d'en parler ? Dieu sait jusqu'à quel point je pousse le scrupule en fait de documents, livres, informations, voyages, etc... Eh bien, je regarde tout cela comme très secondaire et inférieur. La vérité matérielle (ou ce qu'on appelle ainsi) ne doit être qu'un tremplin pour s'élever plus haut. Me croyez-vous assez godiche pour être convaincu que j'aie fait dans Salammbô une vraie reproduction de Carthage, et dans Saint Antoine une peinture exacte de l'Alexandrinisme ? Ah ! non ! mais je suis sûr d'avoir exprimé l’idéal qu'on en a aujourd'hui. Aussi M. de Sacy (pas un romantique, celui-là !) n'a jamais pu comprendre ce truisme que je lui disais un jour : "L'histoire romaine est à refaire tous les vingt-cinq ans." Bref, pour en finir avec cette question de la réalité, je fais une proposition : la trouvaille de documents authentiques nous prouvant que Tacite a menti d'un bout à l'autre. Qu'est-ce que ça ferait à la gloire et au style de Tacite ? Rien du tout. Au lieu d'une vérité, nous en aurions deux : celle de l'Histoire et celle de Tacite. En voilà long, hein ! Mais je termine par une citation de Goethe, un naturaliste qui était romantique, ou un romantique qui était naturaliste, – autant l'un que l'autre – comme vous voudrez. Dans Wilhelm Meister, je ne sais plus quel personnage dit à Wilhelm "Tu me fais l'effet de Saül, fils de Cis ; il sortit pour aller chercher les ânesses de son père et il trouva un royaume !" vous avez voulu faire une farce et vous avez fait un beau livre ! Sur ce, mon bon, je vous serre la main fortement et suis vôtre. P-S. – Alias : La dernière ganache romantique, qui a porté un bonnet rouge et qui couchait au dortoir, un poignard sous son traversin ; qui, à propos de Ruy Blas, a engueulé tous les notables de Rouen en plein théâtre ; qui s'est fait f... à la porte de la préfecture d'Ajaccio pour avoir soutenu, devant le Conseil général attablé avec lui, que Béranger n'était pas le plus grand poète du monde, Et qui a insulté personnellement Casimir Delavigne (action d'éclat !)
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1876
6 Février au 17 juin - Fin juin et juilletAoût à novembre - Décembre
6 février au 17 juin : lettres 1565 à 1583
Après avoir achevé La Légende de saint Julien l’Hospitalier, en février, Flaubert écrit Un cœur simple. George Sand meurt le 8 juin. Rédaction d’Hérodias.
À George Sand.
Dimanche soir [6 février 1876]. Vous devez, chère maître, me traiter intérieurement de "sacré cochon", car je n’ai pas répondu à votre dernière lettre, et je ne vous ai rien dit de vos deux volumes, sans compter que, ce matin, j’en reçois de vous un troisième. Mais j’ai été depuis quinze jours entièrement pris par mon petit conte qui sera fini bientôt. J’ai eu plusieurs courses à faire, différentes lectures à expédier et, chose plus sérieuse que tout cela, la santé de ma pauvre nièce m’inquiète extrêmement, et par moments me trouble tellement la cervelle que je ne sais plus ce que je fais. Vous voyez que j’en avale de rudes ! Cette jeune femme est anémique au dernier point. Elle dépérit. Elle a été obligée de quitter la peinture qui est sa seule distraction. Tous les fortifiants ordinaires n’y font rien. Depuis trois jours, par les ordres d’un autre médecin qui me semble plus docte que les autres, elle s’est mise à l’hydrothérapie. Réussira-t-il à la faire digérer et dormir ? à fortifier tout son être ? Votre pauvre Cruchard s’amuse de moins en moins dans l’existence et en a même trop, infiniment trop. Parlons de vos livres, ça vaut mieux. Ils m’ont amusé, et la preuve c’est que j’ai avalé d’un trait et l’un après l’autre Flamarande et les Deux Frères. Quelle charmante femme que Mme de Flamarande et quel homme que M. de Salcède ! Le récit du rapt de l’enfant, la course en voiture et l’histoire de Zamora sont des endroits parfaits. Partout l’intérêt est soutenu et en même temps progressant. Enfin, ce qui me frappe dans ces deux romans (comme dans tout ce qui est de vous, d’ailleurs), c’est l’ordre naturel des idées, le talent ou plutôt le génie narratif. Mais quel abominable coco que votre sieur Flamarande ! Quant au domestique qui conte l’histoire et qui évidemment est amoureux de madame, je me demande pourquoi vous n’avez pas montré plus abondamment sa jalousie personnelle. À part M. le comte, tous sont des gens vertueux dans cette histoire, et même d’une vertu extraordinaire. Mais les croyez-vous bien vrais ? Y en a-t-il beaucoup de leur sorte ? Sans doute, pendant qu’on vous lit, on les accepte à cause de l’habileté de l’exécution ; mais ensuite ? Enfin, chère maître, et ceci va répondre à votre dernière lettre, voici, je crois, ce qui nous sépare essentiellement. Vous, du premier bond en toutes choses, vous montez au ciel et de là vous descendez sur la terre. Vous partez de l’a priori, de la théorie, de l’idéal. De là votre mansuétude pour la vie, votre sérénité et, pour dire le vrai mot, votre grandeur. – moi, pauvre bougre, je suis collé sur la terre comme par des semelles de plomb ; tout m’émeut, me déchire, me ravage et je fais des efforts pour monter. Si je voulais prendre votre manière de voir l’ensemble du monde, je deviendrais risible, voilà tout. Car vous avez beau me prêcher, je ne puis pas avoir un autre tempérament que le mien, ni une autre esthétique que celle qui en est la conséquence. Vous m’accusez de ne pas me laisser aller "à la nature". Eh bien, et cette discipline ? Cette vertu ? Qu’en ferons-nous ?J’admire M. de Buffon mettant des manchettes pour écrire. Ce luxe est un symbole. Enfin, je tâche naïvement d’être le plus compréhensif possible. Que peut-on exiger de plus ? Quant à laisser voir mon opinion personnelle sur les gens que je mets en scène, non, non, mille fois non ! Je ne m’en reconnais pas le droit. Si le lecteur ne tire pas d’un livre la moralité qui doit s’y trouver, c’est que le lecteur est un imbécile ou que le livre est faux au point de vue de l’exactitude. Car, du moment qu’une chose est vraie, elle est bonne. Les livres obscènes ne sont même immoraux que parce qu’ils manquent de vérité. Ça ne se passe pas "comme ça" dans la vie. Et notez que j’exècre ce qu’on est convenu d’appeler le réalisme, bien qu’on m’en fasse un des pontifes. Arrangez tout cela ! Quant au public, son goût m’épate de plus en plus. Hier, par exemple, j’ai assisté à la première du prix Martin, une bouffonnerie que je trouve, moi, pleine d’esprit. Pas un des mots de la pièce n’a fait rire et le dénouement, qui semble hors ligne, a passé inaperçu. Donc, chercher ce qui peut plaire me paraît la plus chimérique des entreprises. Car je défie qui que ce soit de me dire par quels moyens on plaît. Le succès est une conséquence et ne doit pas être un but. Je ne l’ai jamais cherché (bien que je le désire) et je le cherche de moins en moins. Après mon petit conte, j’en ferai un autre, car je suis trop profondément ébranlé pour me mettre à une grande oeuvre. J’avais d’abord pensé à publier Saint Julien dans un journal, mais j’y ai renoncé.
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À Alphonse Daudet.
Jeudi, 3 heures [10 février 1876]. Je viens de finir Jack, et la tête m’en tourne. Il m’a extrêmement amusé. Le caractère de Charlotte, la pension des pays chauds d’Argenton, Clarisse et Jack... superbe ! Superbe ! Et que de détails exquis ! Nous causerons de votre livre très longuement, quand je l’aurai relu. Je tiens seulement à vous remercier de votre trop belle dédicace, qui m’a fait bien plaisir. Nous devons nous voir demain chez Adolphe, où le grand Tourgueneff nous fera manger des choses moscovites. ça se trouve bien ! On arrosera Jack, à qui je promets une longue vie. Tout à vous, cher ami. Qui vous embrasse et qui vous aime. Testiculos habes, et magnos !
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À George Sand.
Vendredi soir [18 février 1876]. Ah ! Merci du fond du coeur, chère maître ! Vous m’avez fait passer une journée exquise, car j’ai lu votre dernier volume, la Tour de Percemont. – Marianne aujourd’hui seulement. Comme j’avais plusieurs choses à terminer, entre autres mon conte de Saint Julien, j’avais enfermé ledit volume dans un tiroir pour ne pas succomber à la tentation. Ma petite nouvelle étant terminée cette nuit, dès le matin, je me suis rué sur l’oeuvre et l’ai dévorée. Je trouve cela parfait, deux bijoux ! Marianne m’a profondément ému et deux ou trois fois j’ai pleuré. Je me suis reconnu dans le personnage de Pierre. Certaines pages me semblaient des fragments de mes mémoires, si j’avais le talent de les écrire de cette manière ! Comme tout cela est charmant, poétique et vrai ! La Tour de Percemont m’avait plu extrêmement. Mais Marianne m’a littéralement enchanté. Les anglais sont de mon avis, car dans le dernier numéro de l’Athenoeum on vous a fait un très bel article. Saviez-vous cela ? Ainsi donc pour cette fois je vous admire pleinement et sans la moindre réserve. Voilà, et je suis bien content. Vous ne m’avez jamais fait que du bien, vous ; je vous aime tendrement !
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À George Sand.
[Paris], mercredi [8 mars 1876]. Succès complet, chère maître. On a rappelé les acteurs après tous les actes et chaleureusement applaudi. On était content et de temps à autre des exclamations s’élevaient. Tous vos amis, venus à l’appel, étaient contristés que vous ne fussiez pas là. Les rôles d’Antoine et de Victorine ont été supérieurement joués. La petite Baretta est un vrai bijou. Comment avez-vous pu faire Victorine d’après le Philosophe sans le savoir ? Voilà ce qui me passe. Votre pièce m’a charmé et fait pleurer comme une bête, tandis que l’autre m’a assommé, absolument assommé : il me tardait de voir la fin. Quel langage ! Le bon Tourgueneff et Mme Viardot en écarquillaient des yeux comiques à contempler. Dans votre oeuvre, ce qui a produit le plus d’effet, c’est la scène du dernier acte entre Antoine et sa fille. Maubant est trop majestueux et l’acteur qui fait Fulgence insuffisant. Mais tout a très bien marché et cette reprise aura la vie longue. Le gigantesque Harrisse m’a dit qu’il allait vous écrire immédiatement. Donc sa lettre vous arrivera avant la mienne. Je devais partir ce matin pour Pont-L’évêque et Honfleur, afin de voir un bout de paysage que j’ai oublié, mais les inondations m’arrêtent. Lisez donc, je vous prie, le nouveau roman de Zola, Son Excellence Rougon : je suis bien curieux de savoir ce que vous en pensez.
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À Jules Troubat.
[Paris] vendredi, 2 heures [10 mars 1876]. Mon cher ami, Je viens d’apprendre par hasard la mort de la pauvre Mme Colet. Cette nouvelle m’émeut de toutes façons. Vous devez me comprendre. J’aurais besoin de vous voir. je ne risque pas le long voyage du Montparnasse, ignorant vos habitudes. Tout à vous.
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À George Sand.
[Paris, après le 10 et avant le 14 mars 1876]. [Flammarion : 10 mars 1876] Non ! Je ne méprise pas Sedaine, parce que je ne méprise pas ce que je ne comprends point. Il en est de lui, pour moi, comme de Pindare et de Milton, lesquels me sont absolument fermés. Pourtant je sens bien que le citoyen Sedaine n’est pas absolument de leur taille. Le public de mardi dernier partageait mon erreur, et Victorine, indépendamment de sa valeur réelle, y a gagné par le contraste. Mme Viardot, qui a le goût naturellement grand, me disait hier en parlant de vous : "Comment a-t-elle pu faire l’un avec l’autre ?" C’est également mon avis. Vous m’attristez un peu, chère maître, en m’attribuant des opinions esthétiques qui ne sont pas les miennes. Je crois que l’arrondissement de la phrase n’est rien, mais que bien écrire est tout, parce que "bien écrire c’est à la fois bien sentir, bien penser et bien dire" (Buffon). Le dernier terme est donc dépendant des deux autres, puisqu’il faut sentir fortement afin de penser, et penser pour exprimer. Tous les bourgeois peuvent avoir beaucoup de coeur et de délicatesse, être pleins des meilleurs sentiments et des plus grandes vertus, sans devenir pour cela des artistes. Enfin, je crois la forme et le fond deux subtilités, deux entités qui n’existent jamais l’une sans l’autre. Ce souci de la beauté extérieure que vous me reprochez est pour moi une méthode. Quand je découvre une mauvaise assonance ou une répétition dans une de mes phrases, je suis sûr que je patauge dans le faux. À force de chercher, je trouve l’expression juste, qui était la seule et qui est, en même temps, l’harmonieuse. Le mot ne manque jamais quand on possède l’idée. Notez (pour en revenir au bon Sedaine) que je partage toutes ses opinions et j’approuve ses tendances. Au point de vue archéologique c’est curieux, et au point de vue humanitaire très louable, je vous l’accorde. Mais aujourd’hui qu’est-ce que ça nous fait ? Est-ce de l’Art éternel ? Je vous le demande. Des écrivains de son temps ont également formulé des principes utiles, mais d’un style impérissable, d’une manière à la fois plus concrète et plus générale. Bref, la persistance de la Comédie-Française à nous exhiber ça comme "un chef-d’œuvre" m’avait tellement exaspéré que, rentré chez moi (pour me faire passer le goût de ce laitage), j’ai lu avant de me coucher la Médée d’Euripide, n’ayant pas d’autre classique sous la main ; et l’aurore surprit Cruchard dans cette occupation. J’ai écrit à Zola pour qu’il vous envoie son bouquin. Je dirai aussi à Daudet de vous envoyer son Jack, étant bien curieux d’avoir votre opinion sur ces deux livres, qui sont très différents de facture et de tempérament, mais bien remarquables l’un et l’autre. La venette que les élections ont causée aux bourgeois a été divertissante.
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À Madame Roger des Genettes.
[Croisset, du 13 au 18 mars 1876.] Vous avez très bien deviné l’effet complet que m’a produit la mort de ma pauvre muse. Son souvenir ainsi ravivé m’a fait remonter le cours de ma vie. Mais votre ami est devenu plus stoïque depuis un an. J’ai piétiné sur tant de choses, afin de pouvoir vivre ! Bref, après tout un après-midi passé dans les jours disparus, j’ai voulu n’y plus songer et je me suis remis à la besogne. Encore une fin ! La famille, qui est catholique, l’a emportée à Verneuil pour éviter l’enterrement civil et il n’y a eu aucun scandale. Les journaux en ont très peu parlé. Vous rappelez-vous le petit appartement de la rue de Sèvres ? Et tout le reste ? Ah ! Misère de nous ! J’aurais dû vous répondre immédiatement, mais depuis trois jours je ne décolère pas : je ne peux mettre en train mon Histoire d’un Coeur simple. J’ai travaillé hier pendant seize heures, aujourd’hui toute la journée et, ce soir enfin, j’ai terminé la première page. Les inondations m’ont empêché d’aller à Pont-L’évêque. La nature, "quoi qu’on die", n’est pas faite précisément pour l’homme. Ce qu’il y a de beau, c’est qu’il puisse y durer. La semaine dernière j’ai été voir aux Français le Philosophe sans le savoir. Quelle littérature !Quel poncif ! Quelle amusette ! Enfin j’étais si indigné que, revenu chez moi, j’ai passé toute la nuit à relire la Médée d’Euripide pour me décrasser de ce laitage. Comme on est indulgent pour les oeuvres de troisième ordre ! Ah ! ça ne blesse personne ! Allons du courage ! Pensez quelquefois à votre vieil ami.
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À M. Félix Frank.
[Avril 1876.] Si je savais où vous trouver, mon cher ami, j’irais vous remercier de votre volume. Je voudrais vous parler de vos vers, dont je connaissais quelques pièces. Maintenant que je les retrouve, je les réadmire, et les autres aussi. La peur de paraître banal retient ma plume ; quand je vous verrai, je vous dirai tout ce que je pense. Un mot cependant : il me semble que vous avez plus d’âme (de sensibilité dans le vieux sens du mot) que tous les parnassiens modernes. Vous ne méprisez pas la passion, vous ! Une bonne poignée de main, et tout à vous.
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À George Sand.
Lundi soir [3 avril 1876.] J’ai reçu ce matin votre volume, chère maître. J’en ai deux ou trois autres que l’on m’a prêtés depuis longtemps ; je vais les expédier et je lirai le vôtre à la fin de la semaine, pendant un petit voyage de deux jours que je suis obligé de faire à Pont-L’Évêque et à Honfleur pour mon Histoire d’un Coeur simple, bagatelle présentement "sur le chantier", comme dirait M. Prud’homme. Je suis bien aise que Jack vous ait plu. C’est un charmant livre, n’est-ce pas ? Si vous connaissiez l’auteur, vous l’aimeriez encore plus que son oeuvre. Je lui ai dit de vous envoyer Risler et Tartarin. Vous me remercierez d’avoir fait ces deux lectures, j’en suis certain d’avance. Je ne partage pas la sévérité de Tourgueneff à l’encontre de Jack, ni l’immensité de son admiration pour Rougon. L’un a le charme et l’autre la force. Mais aucun des deux n’est préoccupé avant tout de ce qui fait pour moi le but de l’Art, à savoir : la Beauté. Je me souviens d’avoir eu des battements de coeur, d’avoir ressenti un plaisir violent en contemplant un mur de l’Acropole, un mur tout nu (celui qui est à gauche quand on monte aux Propylées). Eh bien ! Je me demande si un livre, indépendamment de ce qu’il dit, ne peut pas produire le même effet. Dans la précision des assemblages, la rareté des éléments, le poli de la surface, l’harmonie de l’ensemble, n’y a-t-il pas une vertu intrinsèque, une espèce de force divine, quelque chose d’éternel comme un principe ? (je parle en platonicien). Ainsi pourquoi y a-t-il un rapport nécessaire entre le mot juste et le mot musical ? Pourquoi arrive-t-on toujours à faire un vers quand on resserre trop sa pensée ? La loi des nombres gouverne donc les sentiments et les images, et ce qui paraît être l’extérieur est tout bonnement le dedans. Si je continuais longtemps de ce train-là, je me fourrerais complètement le doigt dans l’oeil, car d’un autre côté l’Art doit être bonhomme. Ou plutôt l’Art est tel qu’on peut le faire : nous ne sommes pas libres. Chacun suit sa voie, en dépit de sa propre volonté. Bref, votre Cruchard n’a plus une idée d’aplomb dans la caboche. Mais comme il est difficile de s’entendre ! Voilà deux hommes que j’aime beaucoup et que je considère comme de vrais artistes, Tourgueneff et Zola. Ce qui n’empêche pas qu’ils n’admirent nullement la prose de Chateaubriand et encore moins celle de Gautier. Des phrases qui me ravissent leur semblent creuses. Qui a tort ? Et comment plaire au public, quand vos plus proches sont si loin ? Tout cela m’attriste beaucoup. Ne riez pas.
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À Georges Charpentier.
[Paris], samedi [fin avril 1876]. Mon cher ami, Toute la journée de jeudi j’ai attendu de vos nouvelles. Hier, je comptais sur la visite de Zola qui ordinairement va vous voir le vendredi. Je suis trop souffrant de mon zona pour pouvoir m’habiller. Autrement j’irais chez vous. Dites-moi ce qui en est, mon pauvre ami, et croyez bien que je vous aime et vous plains tous les deux. Votre.
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À Madame Roger des Genettes.
[Paris, fin avril 1876]. Il m’ennuie de vous extrêmement et je voudrais avoir une lettre, une très longue lettre. Mon Histoire d’un Coeur simple avance très lentement. J’en ai écrit dix pages, pas plus ! Et pour avoir des documents j’ai fait un petit voyage à Pont-L’évêque et à Honfleur ! Cette excursion m’a abreuvé de tristesse, car forcément j’y ai pris un bain de souvenirs. Suis-je vieux, mon dieu ! Suis-je vieux ! Savez-vous ce que j’ai envie d’écrire après cela ? L’histoire de saint Jean-Baptiste. La vacherie d’Hérode pour Hérodias m’excite. Ce n’est encore qu’à l’état de rêve, mais j’ai bien envie de creuser cette idée-là. Si je m’y mets, cela me ferait trois contes, de quoi publier à l’automne un volume assez drôle. Mais quand reprendrai-je mes deux bonshommes ? Depuis quinze jours je jouis d’un zona bien conditionné, autrement dit "mal des ardents, feu de Saint-Antoine", ce personnage m’occupant toujours. Calme plat dans les régions littéraires, si tant est qu’il en existe encore !
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À sa nièce Caroline.
Chenonceaux, vendredi matin, 11 heures [12 mai 1876]. Mon loulou, Je viens d’écrire à Chevalier, pour qu’il révèle à Clémence le "secret des Bottes", car la clef de mon pauvre cabinet est dans une de mes bottes en cuir de Russie. La trouvera-t-elle ? Monsieur vieux a une si malheureuse imagination que la vue de ton billet m’a fort troublé. J’avais peur. De quoi ? Je n’en sais rien ! Mais j’avais peur ! L’hospitalité d’ici est charmante. Je couche dans le lit de François Ier, un lit à estrade et à baldaquin ! Quelles cheminées ! Etc. M. Wilson n’est pas à Chenonceaux. J’ai pour compagnon un peintre charmant. Il sait par coeur toutes mes oeuvres, ainsi que Mme Pelouze. J’arriverai demain soir à Paris, vers 9 heures, je crois, et à la maison pas avant 10 heures. Qu’on me garde à dîner. Bécots de Ta vieille nounou.
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À Ernest Renan.
[Paris, du 19 au 26 mai 1876]. Mon cher ami, La nuit de vendredi dernier (19 mai 1876) sera une date dans ma vie. J’ai reçu votre volume à 9 heures du soir et je ne l’ai plus quitté. Avant-hier et hier je n’ai pas eu un moment à moi, sans quoi je vous aurais écrit tout de suite, pour vous remercier du plaisir infini que vous m’avez fait. Je ne me souviens d’aucune lecture pareille ! à l’inverse de cette dame qui trouvait que vos pages lui faisaient froid au coeur, je me suis délecté dans votre oeuvre comme dans un bain d’air chaud et parfumé. Comme c’est bien ! Comme c’est beau ! Et comme c’est bon ! Il est possible que vous blessiez les catholiques et que les positivistes froncent le sourcil. Moi, vous m’avez édifié ! Et quelle langue vous avez ! Comme c’est à la fois noble et régalant ! Malgré l’entraînement des idées, il y a telle page que j’ai relue plusieurs fois de suite (comme les pages 133-134, entre autres). L’impossibilité du miracle, la nécessité du sacrifice (du héros, du grand homme), le machiavélisme de la nature et l’avenir de la science, voilà des points qui n’ont été traités par personne comme par vous et qui me semblent désormais incontestables. Je vous remercie de vous être élevé contre "l’égalité démocratique", qui me paraît un élément de mort dans le monde. Je connaissais votre lettre à Berthelot, mais je ne connaissais pas sa réponse qui me paraît, elle aussi, être un morceau de haut goût. Je n’avais pas lu "la Métaphysique et son avenir" (parue sans doute dans la Revue des Deux Mondes ?). Voilà de la critique ! Comme c’est bien ça, l’école normale et la philosophie officielle de notre temps ! Que vous dirai-je de plus, mon cher Renan ? Je vous aime pour votre grand esprit, pour votre grand style, pour votre grand coeur. Vous m’avez honoré en citant mon nom au seuil de votre livre et plus que jamais je me sens fier d’être votre ami. Je vais maintenant relire (et à la loupe) ce charmant et fort bouquin. Puis, un de ces jours, j’irai en causer chez vous.
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À Madame Maurice Sand.
[Paris], jeudi soir [25 mai 1876]. Chère madame, J’ai envoyé ce matin un télégramme à Maurice pour avoir des nouvelles de Madame Sand. On m’a dit hier qu’elle était très malade. Pourquoi Maurice ne m’a-t-il pas répondu ? J’ai été ce matin chez Plauchut, afin d’avoir des détails. Il est à la campagne, au Mans, de sorte que je reste dans une incertitude cruelle. Soyez assez bonne pour me répondre immédiatement et me croire, chère madame, votre très affectionné. 4, rue Murillo, Parc Monceau.
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À Madame Maurice Sand.
[Paris], samedi matin, 3 juin [1876]. Chère madame, Votre billet de ce matin me rassure un peu. Mais celui d’hier m’avait bouleversé. Je vous prie de me donner des nouvelles très fréquentes de votre chère belle-mère. Embrassez-la pour moi, et croyez bien que je suis Votre tout dévoué. À partir du milieu de la semaine prochaine, vers mercredi ou jeudi, je serai à Croisset.
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À la princesse Mathilde.
Samedi soir [3 juin 1876]. Princesse, Je me propose d’aller vous faire mes adieux lundi prochain. Renan doit venir avec moi. Voulez-vous nous envoyer chercher à Sannois à 6 h 28 ? Mme Sand est très malade, et j’ai peur d’être appelé près d’elle, d’un moment à l’autre. Cependant un télégramme de cette nuit me rassure un peu. Donc, j’espère pouvoir aller chez vous lundi prochain. Je vous baise les deux mains. Votre vieux fidèle et dévoué.
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À sa nièce Caroline.
Croisset, mardi, 3 heures [13 juin 1876]. Ma chère Caro, me voilà revenu dans mon pauvre vieux Croisset, que j’ai trouvé en très bon état, et prêt à y piocher de toutes mes forces. Mon voyage s’est passé dans la compagnie d’anglais stupides qui ont joué aux cartes tout le temps. Je lisais des journaux qui relataient les funérailles de ma vieille amie, et le trajet ne m’a pas semblé long. Arrivé à Rouen, afin d’éviter la vue des boulevards et celle de l’Hôtel-Dieu, j’ai fait prendre à mon fiacre la rue Jeanne-d’Arc. Émile m’attendait. Avant de défaire mes cantines, il a été me tirer une cruche de cidre que j’ai entièrement vuidée, à sa grande terreur, car il me répétait : "mais monsieur va se faire mal." Elle ne m’a point fait de mal. Au dîner j’ai revu avec plaisir la soupière d’argent et le vieux saucier. Le silence qui m’entourait me semblait doux et bienfaisant. Tout en mangeant, je regardais tes bergeries au-dessus des portes, ta petite chaise d’enfant, et je songeais à notre pauvre vieille, mais sans peine ou plutôt avec douceur. Je n’ai jamais eu de rentrée moins pénible. Puis j’ai rangé ma table. Je me suis couché à minuit ; j’ai dormi jusqu’à 9 heures. Ce matin j’ai fait un tour dans le jardin, et j’ai causé avec Chevalier qui m’a fait des récits pittoresques des inondations, et je vais me remettre tout à l’heure à mon Histoire d’un Cœur simple. J’ai fait mettre un des bancs de Pissy dans le mercure dont la haie est refaite à neuf. Enfin, pauvre chat, il me semble que tout est comme autrefois, et je ne pense nullement à l’exécrable on… La première fois que j’irai à Rouen, j’irai voir Mlle Julie. Mais elle m’embarrasse, ou plutôt j’ai peur qu’elle ne m’embarrasse, car elle est encore malade, et Émile témoigne une grande répugnance à la soigner. Il paraît qu’Achille a été la voir très souvent cet hiver. Quelle conduite dois-je tenir ? Adieu, pauvre chère fille, bonne santé, bon moral, bonne peinture. Ton Vieux affectueux.
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À sa nièce Caroline.
[Croisset], samedi soir, 6 heures [17 juin 1876]. Chère Caro, Encore une mort ! Ce matin j’ai reçu le billet de faire part de celle d’Ernest Lemarié. Bien que je ne visse jamais cet ancien camarade, sa mort me fait de la peine. Nous avions été ensemble au collège et à l’École de droit ; enfin, pendant toute notre jeunesse, nous ne nous étions guère quittés. Ce n’est plus maintenant qu’un souvenir. Il faudrait se cuirasser dans un égoïsme impénétrable et ne songer qu’à la satisfaction immédiate de sa propre personne. Ce serait plus sage, mais ce n’est pas possible, pour moi du moins. Avant-hier, j’ai eu la visite de M. et Mme Lapierre et hier j’ai dîné chez eux. Ils ont poussé la générosité jusqu’à me faire cadeau de quatre bondons de Neufchâtel primés au grand concours régional ! J’ai reçu un autre cadeau : un livre du FAUNE et ce livre est charmant, car il n’est pas de lui. C’est un conte oriental intitulé Vathek, écrit en français à la fin du siècle dernier par un mylord anglais. Mallarmé l’a réimprimé avec une préface dans laquelle ton oncle est loué. C’est demain la "Fête du Pays", et il y a contre le mur de la cour une belle affiche jaune promettant "tous les plaisirs que l’on peut désirer". De leur côté messieurs les restaurateurs s’engagent à fournir "tout le confortable désirable". Mais s’il fait demain le temps d’aujourd’hui, la foule ne sera pas nombreuse. Le vent souffle violemment, un air glacial règne sur nos bords, et le ciel donne une lumière blanche et triste. Malgré tout, je ne suis pas triste, bien que je regrette mes deux compagnons. Parlez-vous de moi souvent ? J’ai écrit une page, et ce soir, j’en aurai préparé trois autres. Voilà tout, pauvre chérie. Je n’ai plus rien à te dire si ce n’est que je t’aime bien fort et songe à toi dans ma solitude. Vieux t’embrasse. […] J’ai reçu ce matin une lettre de Mlle de Chantepie que je croyais morte ; c’est pour me parler de Mme Sand. Et puis une autre lettre de l’éditeur Conquet qui me demande l’autorisation de publier mon portrait. Je m’empresse de lui refuser cette faveur. Allons, encore un bécot, pauvre chat. Bonne santé, bon courage et surtout un incommensurable mépris pour On.
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À Mademoiselle Leroyer de Chantepie.
Croisset, 17 juin 1876. Ma chère correspondante, Non ! Je ne vous avais pas oubliée, parce que je n’oublie pas ceux que j’aime. Mais je m’étonnais de votre long silence, ne sachant à quelle cause l’attribuer. Vous désirez savoir la vérité sur les derniers moments de Mme Sand ; la voilà : elle n’a reçu aucun prêtre. Mais dès qu’elle a été morte, sa fille, Mme Clésinger, a fait demander à l’évêque de Bourges l’autorisation de lui faire un enterrement catholique, et personne dans la maison (sauf peut-être sa belle-fille, Mme Maurice) n’a défendu les idées de notre pauvre amie. Maurice était tellement anéanti qu’il ne lui restait aucune énergie, et puis il y a eu les influences étrangères, des considérations misérables inspirées par des bourgeois. Je n’en sais pas plus long. La cérémonie, du reste, a été des plus touchantes : tout le monde pleurait et moi plus que les autres. Cette perte-là s’ajoute à l’amas de toutes celles que j’ai faites depuis 1869. C’est mon pauvre Bouilhet qui a commencé la série ; après lui sont partis Sainte-Beuve, Jules de Goncourt, Théophile Gautier, Feydeau, un intime moins illustre, mais non moins cher, qui s’appelait Jules Duplan – et je ne parle pas de ma mère, que j’aimais tendrement ! Ce matin même, j’ai appris la mort de mon plus vieux camarade d’enfance. J’avais commencé un grand roman, mais je l’ai quitté pour le moment et j’écris des choses courtes, ce qui est plus facile. L’hiver prochain, j’aurai trois nouvelles prêtes à publier. Je vis maintenant entièrement seul (pendant l’été du moins) et, quand je ne travaille pas, je n’ai pour compagnie que mes souvenirs qui succèdent à mes rêves, et ainsi de suite. La pauvre Mme Sand m’avait souvent parlé de vous, ou plutôt nous avions souvent causé de vous ensemble ; vous l’intéressiez beaucoup. Il fallait la connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie. Elle restera une des illustrations de la France et une gloire unique. Comment va votre esprit ? Lisez-vous toujours de la philosophie ? Je vous recommande le dernier volume de Renan. Il vous plaira. Et ne soyez pas si longtemps sans m’écrire, car je suis tout à vous.
LETTRESaus
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AIDE TEXTES AUTEURS SOMMAIRE
Gustave Flaubert
Madame Bovary
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MADAME BOVARY GUSTAVE FLAUBERT Madame Bovary. A MARIE-ANTOINE-JULES SENARD MEMBRE DU BARREAU DE PARIS EX-PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE ET ANCIEN MINISTRE DE L'INTERIEUR _ Cher et illustre ami, Permettez-moi dMadame Bovary 'inscrire votre nom en tête de ce livre et au-dessus même de sa dédicace ; car c'est à vous, surtout, que j'en dois la publication. En passant par votre magnifique plaidoirie, mon oeuvre a acquis pour moi-même comme une autorité imprévue. Acceptez donc ici l'hommage de ma gratitude, qui, si grande qu'elle puisse être, ne sera jamais à la hauteur de votre éloquence et de votre dévouement. _
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GUSTAVE FLAUBERT Paris, le 12 avril 1857 A LOUIS BOUILHET PREMIERE PARTIE I. Nous étions à l'Etude, quand le Proviseur entra suivi d'un _ nouveau _ habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail. Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d'études : -- Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les _ grands _ , où l'appelle son âge. Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le _ nouveau _ était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.
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Madame Bovary
►04MA2005
FRANÇAIS→►Interview de Traian Basescu, président de la Roumanie
Depuis son élection en décembre dernier à la tête de la Roumanie, Traian Basescu n'a qu'une seule obsession : l'adhésion de son pays à l'Europe le 1er janvier 2007. Un rêve sur le point de devenir réalité, mais Traian Basescu sait que son pays doit rester très prudent à cause de la
HEMINGWAY Ernest
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Biographie
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1898-1961Les guerres, la boxe, la corrida, la chasse, la pêche au gros et ...l'alcool: la vie d'E. Hemingway fut une cohabitation risquée avec la mort qu'il a finalement décidé de se donner en juillet 61. Cette fascination pour le danger est au coeur de ses oeuvres.Né à Oak Park dans un milieu bourgeois, artistique et protestant, il refuse la carrière médicale que son père a choisie. Il devient alors reporter au Kansas City Star et il y apprend les bases du style journalistique qu'il n'oubliera pas. Chauffeur volontaire d'une ambulance de la Croix-Rouge, il traverse Paris en mai 1918 et est blessé à Milan. C'est dans un hôpital de cette ville qu'il tombe amoureux d'une infirmière mais l'aventure se termine dans l'amertume: L'Adieu aux Armes et Une très courte histoire évoquent cette partie de sa vie.En 1921, il s'installe à Paris et reste correspondant pour le Torronto Star. Il fait son apprentissage littéraire en Europe, auprès d' E. Pound, Joyce, Fitzgerald et Picasso. Cinq ans plus tard, il rentre aux Etats-Unis et connaît son premier succès avec Le soleil se lève aussi.A partir des années 30, de nouveaux thèmes apparaissent dans son oeuvre: l'échec moral, le talent trahi, la hantise de la corruption... Il s'engage pendant la guerre civile espagnole comme défenseur de la cause républicaine. Il y puise aussi le matériau de Pour qui sonne le glas.Installé à Cuba, il devient "Papa Hemingway" et s'introduit dans le monde de l'espionnage chez les Espagnols néo-nazis. Reporter de juin à décembre 1944, il accompagne les armées alliées en Europe et parachève son image de héros au destin tragique. Usé par les accidents et l'alcool, il préfère la mort à la déchéance physique et littéraire.Hemingway a apporté à la littérature du 20e siècle une écriture elliptique, la technique du non-dit, la recherche du trait révélateur, le culte du "mot juste", la notation précise des comportements et des sensations. Ce style nouveau sert des thèmes originaux, comme la victoire dans la défaite, l'initiation cruelle de l'adolescence, l'expérience affective et intellectuelle, transcendée par l'écriture, "sans trucage ni tricherie". Et la lutte contre le destin dont il ressort que l'homme n'est jamais vainqueur:"Je m'étais souvent senti seul avec bien des femmes, et c'est ainsi qu'on se sent le plus seul; mais, nous deux, nous ne nous sentions jamais seuls, et nous n'avions jamais peur quand nous étions ensemble. Je sais que la nuit n'est pas semblable au jour, que les choses y sont différentes, que les choses de la nuit ne peuvent s'expliquer à la lumière du jour parce qu'elles n'existent plus alors; et la nuit peut être effroyable pour les gens seuls, dès qu'ils ont pris conscience de leur solitude; mais, avec Catherine, il n'y avait pour ainsi dire aucune différence entre le jour et la nuit, sinon que les nuits étaient encore meilleures que les jours. Quand les individus affrontent le monde avec tant de courage, le monde ne peut les briser qu'en les tuant. Et naturellement il les tue. Le monde brise les individus, et chez beaucoup, il se forme un cal à l'endroit de la fracture; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. Si vous n'êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y mettra le temps." L'Adieu aux armes, Hemingway
Oeuvres
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Liste des oeuvres Le soleil se lève aussi (1926) Les neiges du Kilimandjaro (1927) L'Adieu aux armes (1929) Les vertes collines d'Afrique (1932-35) Mort dans l'après-midi (1932-35) Pour qui sonne le glas (1940) Au-delà du fleuve et sous les arbres (1949) Le vieil homme et la mer (1952) Iles à la dérive (posth. 1971) Paris est une fête (posth. 1964) Le Jardin d'Eden (posth. 1989)
Suggestions
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Le site Un siècle d'Ecrivains offre une documentation complète sur Hemingway avec des articles de son époque. The Hemingway Resource Center répertorie les meilleurs sites en anglais. Quelques extraits du Vieil homme et la Mer (Académie de Strasbourg) et des articles, parus à l'occasion de son centenaire, pour une approche de l'homme, derrière la légende. On peut suggérer d'intégrer des extraits de l'oeuvre à un groupement de textes sur l'héroisme (voir le site Philagora et la partie consacrée à ce thème dans la littérature du 19e siècle).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 9/2/00
clause de sauvegarde introduite par l'Union Européenne dans les conditions d'adhésion. Une équipe d'EuroNews a rencontré Traian Basescu à Bucarest. Il parle de la future adhésion et de ses réformes politiques en cours.EuroNews : Que pensez vous de la clause de sauvegarde introduite par l'Union Européenne. Est-ce un manque de confiance envers la Roumanie ?Traian Basescu : Et bien... soyons honnête. Les uropéens ont eu raison d'introduire cette clause car historiquement parlant la Roumanie a l'habitude de s'engager mais de ne pas tenir ses promesses. Alors je comprends très bien que les Etats-membres ont besoin d'être rassurés pour l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Si nous respectons toutes les conditions de la clause, alors la Roumanie deviendra un pays plus performant.EuroNews : La Roumanie a promulgué une importante loi contre la corruption. Pensez-vous que cette loi fonctionne ?Traian Basescu : Le point clef n'est pas la loi que nous avons approuvée et que nous commençons à mettre en application. Le plus important pour la justice roumaine est son indépendance. Une justice qui ne doit pas être contrôlée par les politiciens. Je peux vous garantir que sur mes quatre premiers mois de mandats, hebdomadairement et parfois quotidiennement j'ai publiquement demandé aux institutions d'Etat d'agir suivant la loi et non suivant le bon vouloir des politiques. En tant que président roumain je ne suis pas intéressé par les petits poissons. Ces petits poissons peuvent être attrapés par n'importe quel procureur, policier, n'importe qu'elle personne chargée de combattre la corruption. Mon objectif en tant que président est de nettoyer la classe politique des requins, les gros requins.EuroNews : A qui pensez-vous lorsque vous parlez de gros requins ?Traian Basescu : Parmi les 300 plus riches personnes de Roumanie existent de nombreux gros requins de l'économie. Nous devons nous attaquer à eux. Si vous lisez les journaux ces jours-ci, vous verrez qu'une partie d'entre eux est déjà en prison. Et nous allons continuer. Nous allons tout d'abord repérer les politiciens qui les soutiennent et qui leur permettent de réaliser de telles fraudes. Et je n'interromprai pas le processus. Je l'encouragerai toujours.EuroNews : Pensez-vous que les personnes en charge des poursuites contre la corruption font du bon travail ?Traian Basescu : Ils me présentent quelques petits cas de fonctionnaires qui ont reçu 500 euros, ou des docteurs qui perçoivent des bonus... je ne sais pas... des d'officier du ministère de la défense qui ont je ne sais quel petits arrangements... Des petits cas. Je discute avec eux et je les conseille. Lors de la dernière réunion il y a quelques jours je leur ai dit qu'ils devaient s'attaquer aux grosses affaires.EuroNews : De votre point de vue, quel rôle peuvent jouer les Etats-Unis en Europe ?Traian Basescu : Il est clair que les Etats-Unis semblent plus interessés que les Européens par l'instabilité en mer Noire. J'ai discuté avec des politiciens européens. Je les ai invités à regarder la situation de la mer Noire. On a parlé de trafic de drogue, de personnes de ces régions qui partent dans des pays d'Europe de l'ouest. On a parlé de trafic d'armes qui part vers les Balkans, le Proche-Orient, l'Afghanistan, l'Irak. Nous devons continuer à conseiller nos amis de l'Union européenne car tôt ou tard nous aurons tous un problème avec la mer Noire. Bien sûr les Américains sont plus réactifs. Ils ont déjà compris l'importance de la Mer Noire pour la sécurité de l'Europe et je suis convaincu que tôt ou tard, tout le monde portera son attention sur la mer Noire et selon moi la solution est d'internationaliser ces eaux comme le sont actuellement les eaux de la mer Méditerranée.
FRANÇAIS→►Presidente da Roménia alerta para perigo de segurança no Mar Negro
Desde a sua eleição como Presidente da Roménia, em Dezembro, que Traian Basescu possui um grande objectivo: a adesão do seu país à União Europeia em Janeiro de 2007. Um sonho que ainda não se tornou real, mas Basescu sabe que a Roménia tem de ter muito cuidado devido à cláusula de salvaguarda que Bruxelas estabeleceu. Uma Equipa da EuroNews entrevistou-o em Bucareste e o processo de adesão e a sua política de reformas foram alguns dos temas.EuroNews: O que é que acha da cláusula de salvaguarda adoptada pela União Europeia. Pensa que existe uma certa falta de confiança em relação à Roménia?Traian Basescu: Bom, vamos ser honestos. Os europeus tiveram razão em introduzirem esta cláusula, porque a Roménia tem um historial de assumir compromissos e não os cumprir. Ao mesmo tempo compreendi muito bem que as populações dos países europeus precisam de ser protegidas da adesão da Roménia e da Bulgária. Se alcançarmos todas as metas definidas nesta cláusula, a Roménia será um país realizado.EuroNews: A Roménia criou importante legislação contra a corrupção. Pensa que ela vai funcionar?Traian Basescu: O centro da questão não é apenas a acção no terreno que aprovámos e começámos a implementar. O ponto fulcral tem a ver com a justiça, ou seja, a independência de uma justiça que não pode estar controlada pelos políticos. Posso garantir que, semanalmente e por vezes diariamente, nos meus primeiros 4 meses de mandato, peço publicamente às instituições estatais para actuarem em sintonia com a lei e não de acordo com influências políticas. Como Presidente da Roménia não estou interessado nos peixes miúdos. Os peixes miúdos têm que ser capturados por procuradores, policias ou outra pessoa que desempenhe as funções de lutar contra a corrupção. O meu objectivo como Presidente é limpar a classe política dos tubarões, os grandes tubarões.EuroNews: Quando fala em grandes tubarões, a quem é que se refere?Traian Basescu: Alguns dos 300 homens mais ricos da Roménia são de facto os maiores tubarões da nossa economia e por isso temos que atacá-los. Se reparar nos jornais, hoje em dia, irá perceber que alguns deles já estão presos. Nós vamos prosseguir. Em primeiro lugar, vamos continuar a detectar políticos que os apoiam em grandes fraudes. Não vou parar... irei sempre encorajar o processo.EuroNews: Pensa que todos os procuradores encarregados de combater a corrupção estão a trabalhar bem?Traian Basescu: Eles apresentam pequenos casos onde estão envolvidos funcionários públicos que recebem 500 euros ou doutores que obtém presentes de pessoas... com funcionários do Ministério da Defesa... não sei como funcionam, pequenos casos. Eu discuto com eles, como na reunião de há dois dias e aconselho-os a darem atenção aos grandes casos.EuroNews: Na sua perspectiva qual é o papel mais importante que os Estados Unidos podem desempenhar na Europa?Traian Basescu: É notório que os Estados Unidos preocupam-se mais com a instabilidade no Mar Negro do que a União Europeia. Discuto com os políticos europeus, convido-os a olharem a situação no Mar Negro, seja do ponto de vista do narcotráfico, do tráfico humano para países da Europa ocidental ou mesmo do comércio legal de armamento, cujo destino são países dos Balcãs e do Médio Oriente, como Afeganistão ou Iraque. Temos que continuar a alertar os nossos amigos da União Europeia que, mais cedo ou mais tarde, todos vamos ter problemas no Mar Negro. Claro que os americanos reagem mais. Eles já perceberam a importância do Mar Negro para a segurança na Europa e estou convencido que em breve todos vão dar a devida atenção. Na minha opinião é preciso internacionalizar o Mar Negro como já acontece com o Mar Mediterrâneo.
TEXTEN
ÍNDICE
HOTÉIS - AVISOS :
5.1 AFFAIR : INSTRUÇÕES DE SEGURANÇA:
CONTRA INCÊNDIO
EM CASO DE INCÊNDIO NO SEU QUARTO:
q Conservar o sangue frio
q Abandonar o quarto fechando a porta sem a trancar.
q Avisar imediatamente a pessoa de serviço que estiver no seu andar.
q Prevenir a recepção. Avisar os bombeiros
EN CAS D’INCENDIE DANS VOTRE CHAMBRE
q Conservez le sang froid.
q Gardez votre sang froid.
q Quittez votre chambre en refermant la porte sans la verrouiller.
q Prévenez immédiatement la personne de service, si elle est à votre étage.
q Gagnez sans affolement le rez-de-chaussée par les escaliers.
q Prévenez la réception. Veuillez à l’appel des sapeurs pompiers.
EM CASO DE INCÊNDIO NOUTRO SÍTIO QUE NÃO O SEU QUARTO:
Se ouvir o sinal de alarme dado pelo sinal do andar durante um minuto intermitente, ou pelo próprio pessoal do hotel:
q Feche a porta sem a trancar.
q Desça ao rés-do-chão pelas escadas.
q Siga as instruções da direcção.
q Se os corredores e as escadas estiverem invadidos pelo fumo, não saia do quarto. Uma porta bem fechada, molhada e calafetada, protege por muito tempo. Vá à janela e manifeste a sua presença.
EN CAS D’INCENDIE AILLEURS QUE DANS VOTRE CHAMBRE :
À l’audition du signal d’évacuation donné par les sonneries d’étage pendant une minute intermittente ou sur appel du personnel.
q Quittez votre chambre dans le calme après avoir fermé les fenêtres.
q Refermez derrière vous la porte de votre chambre sans la verrouiller.
q Gagnez la sortie de l’établissement par les escaliers.
q Suivez les consignes de la Direction.
q Si les couloirs et escaliers sont envahis complètement par la fumée, restez chez-vous.
q Une porte fermée, mouillée et bien calfeutrée protège longtemps. Allez aux fenêtres et manifestez votre présence.
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La cantatrice chauve de Eugène Ionesco
Cette « anti-pièce » en un acte et onze scènes a été créée en mai 1950 par Nicolas Bataille au théâtre des Noctambules à Paris. Elle fut ensuite publiée dans trois numéros des Cahiers du Collège de Pataphysique en 1952.
Résumé de La cantatrice chauve
Il est neuf heures du soir‚ dans un intérieur bourgeois de Londres, le salon de M. et Mme Smith. La pendule sonne les « dix-sept coups anglais ».
M. et Mme Smith ont fini de dîner. Ils bavardent au coin du feu. M. Smith parcourt son journal. Le couple se répand en propos futiles, souvent saugrenus, voire incohérents. Leurs raisonnements sont surprenants et ils passent sans transition d’un sujet à un autre.
Ils évoquent notamment une famille dont tous les membres s’appelent Bobby Watson. M Smith, lui, s’étonne, de ce qu’on mentionne « toujours l’âge des personnes décédées et jamais celui des nouveaux nés». Un désaccord semble les opposer, mais ils se réconcilient rapidement. La pendule continue de sonner « sept fois », puis « trois fois », « cinq fois » , « deux fois »...
Mary, la bonne, entre alors en scène et tient, elle aussi, des propos assez incohérents. Puis elle annonce la visite d’un couple ami, les Martin. M et Mme Smith quittent la pièce pour aller s’habiller.
Mary fait alors entrer les invités, non sans leur reprocher leur retard.
Les Martin attendent dans le salon des Smith. Ils s’assoient l’un en face de l’autre. Ils ne se connaissent apparemment pas. Le dialogue qui s’engage leur permet pourtant de constater une série de coïncidences curieuses. Ils sont tous deux originaires de Manchester. Il y a « cinq semaines environ » , ils ont pris le même train, ont occupé le même wagon et le même compartiment. Ils constatent également qu’ils habitent à Londres, la même rue, le même numéro, le même appartement et qu’ils dorment dans la même chambre. Ils finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre en découvrant qu’ils sont mari et femme. Les deux époux s’embrassent et s’endorment.
Mais, Mary, la bonne, de retour sur scène , remet en cause ces retrouvailles et révèle au public qu’en réalité les époux Martin ne sont pas les époux Martin. Elle même confesse d’ailleurs sa véritable identité : « Mon vrai nom est Sherlock Holmes.».
Les Martin préfèrent ignorer l’affreuse vérité. Ils sont trop heureux de s’être retrouvés et se promettent de ne plus se perdre.
Les Smith viennent accueillir leurs invités. La pendule continue de sonner en toute incohérence. Les Smith et les Martin parlent maintenant pour ne rien dire. Puis par trois fois on sonne à la porte d’entrée. Mme Smith va ouvrir, mais il n’y a personne. Elle en arrive à cette conclusion paradoxale : « L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne». Cette affirmation déclenche une vive polémique. Un quatrième coup de sonnette retentit. M. Smith va ouvrir. Paraît cette fois le capitaine des pompiers.
Les deux couples questionnent le capitaine des pompiers pour tenter de percer le mystère des coups de sonnette. Mais cette énigme paraît insoluble. Le capitaine des pompiers se plaint alors des incendies qui se font de plus en plus rares. Puis il se met à raconter des anecdotes incohérentes que les deux couples accueillent avec des commentaires étranges.
Réapparaît alors Mary, la bonne, qui souhaite, elle aussi raconter une anecdote. Les Smith se montrent indignés de l’attitude de leur servante. On apprend alors que la bonne et le pompier sont d’anciens amants. Mary souhaite à tout prix réciter un poème en l’honneur du capitaine. Sur l’insistance des Martin on lui laisse la parole, puis on la pousse hors de la pièce. Le pompier prend alors congé en invoquant un incendie qui est prévu « dans trois quart d’heure et seize minutes exactement». Avant de sortir il demande des nouvelles de la cantatrice chauve. Les invités ont un silence gêné puis Mme Smith répond : « Elle se coiffe toujours de la même façon ».
Les Smith et les Martin reprennent leur place et échangent une série de phrases dépourvues de toute logique. Puis les phrases se font de plus en plus brèves au point de devenir une suite de mots puis d’onomatopées . La situation devient électrique. Ils finissent par tous répéter la même phrase : « C’est pas par là, c’est par ici ! »
Ils quittent alors la scène, en hurlant dans l’obscurité.
La lumière revient. M. et Mme Martin sont assis à la place des Smith. Ils reprennent les répliques de la première scène. La pièce semble recommencer, comme si les personnages, et plus généralement les individus étaient interchangeables. Puis le rideau se ferme lentement.
Source bibliographique
La Cantatrice chauve de Claude Puzin ( Balises, Edition Nathan)
La Cantatrice chauve de Robert Horville ( Profil d'une oeuvre, Edition Hatier)
Grandes oeuvres de la Littérature française de Jean-Pierre de Beaumarchais et Daniel Couty ( Editions Larousse)
La Littérature du XXème Siècle (Nathan, Collection Henri Mitterand)
Dictionnaire de la Littérature française du XXème siècle (Albin Michel, Encyclopaedia Universalis)
Le Robert des Grands Ecrivains de langue française
En savoir plus :
Le site passionnant et très complet de Soren Olsen sur Eugene Ionesco
Une analyse de la cantatrice chauve sur le site de Su-Lin Carbonelli
La cantatrice chauve sur le site Théâtre contemporain
La cantatrice chauve sur le site Wikipedia
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Albert Camus (1913-1960)
"Je pense à Camus : j'ai à peine connu Camus. Je lui ai parlé une fois, deux fois. Pourtant, sa mort laisse en moi un vide énorme. Nous avions tellement besoin de ce juste. Il était, tout naturellement, dans la vérité. Il ne se laissait pas prendre par le courant; il n'était pas une girouette; il pouvait être un point de repère."
Eugène Ionesco Notes et Contre-Notes Gallimard, 1962
Albert Camus est né en 1913, à Mondovi, en Algérie. Son père, simple ouvrier agricole, meurt en 1914, lors de la Bataille de la Marne. C’est à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt, qu’Albert Camus passe son enfance et son adolescence, sous le double signe, qu’il n’oubliera jamais, de la pauvreté et de l’éclat du soleil méditerranéen. Boursier au lycée Bugeaud, Camus va découvrir la philosophie grâce à son professeur Jean Grenier, qui deviendra son maître et son ami. Après le bac, il commence des études de philosophie qui le mèneront, malgré la maladie, jusqu'à la licence. Il fonde le théâtre du travail et écrit avec trois amis, sa première pièce la Révolte dans les Asturies qui sera interdite ( mais éditée à Alger, en 1936).
Journaliste au quotidien du Parti Communiste et à Alger-Républicain (1938) , il se marie en 1940 et milite pendant la seconde guerre mondiale dans un mouvement de résistance.
En 1942, Gallimard accepte de publier L'Etranger et le Mythe de Sisyphe. En lisant le manuscrit de L'Etranger, Jean Paulhan et les membres du comité de lecture de Gallimard ont pressenti la naissance d'un grand écrivain. Avec l'Etranger, Albert Camus accède à la célébrité. La critique salue en Meusault , personnage central de l'Etranger, un "héros de notre temps".
En 1943, Camus rencontre Sartre. Puis il travaille comme journaliste à Combat qui est diffusé clandestinement et devient lecteur chez Gallimard. Il refuse l'étiquette d'existentialiste qu'on lui prête. En 1951, il défend dans un nouvel essai, L'Homme révolté, une conception très personnelle de la lutte sociale et politique. Lorsque surviennent les événements d'Algérie , Albert Camus hésite entre l'attachement à sa terre natale et la légitimité des revendications algériennes : il s'enferme dans le silence.
En 1956, il publie la Chute , œuvre pessimiste et déroutante. Le ton y est amer et révèle un scepticisme ironique
Prix Nobel l'année suivante, à 44 ans , il devient un modèle pour toute une génération qui admire cet humaniste conciliant la pensée sans complaisance et l'action généreuse.
Albert Camus est mort en 1960, sur une route de l'Yonne, dans un accident de voiture, aux côtés de son ami Michel Gallimard, neveu de Gaston Gallimard. Ce 4 janvier 1960, à 13H55, la voiture dans laquelle il se trouvait, s'est écrasée contre un arbre. On retrouva dans le véhicule le manuscrit inachevé du Premier Homme, un récit autobiographique sur lequel il travaillait.
Virginie Delisle
Résumé de La PesteRésumé de l'Etranger
Résumé de la Chute
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La Chute d'Albert Camus
Résumé de la Chute
Maurice Blanchot, Jean-Claude Brisville, Jean Grenier évoquent Albert Camus
Résumé de l'Etranger sur alalettre
Résumé de la Peste sur alalettre
Résumé de la Chute
Ce récit d’Albert Camus a été publié à Paris chez Gallimard en 1956. Il est découpé en 6 parties non numérotées.
C’est la dernière œuvre achevée par Camus. Un an plus tard, il recevra le prix nobel de littérature. Albert Camus est mort en 1960.
Résumé
Première journée
Jean-Baptiste Clamence aborde un compatriote dans un bar douteux d'Amsterdam, le Mexico-City. Il lui propose de lui servir d’interprète auprès du barman. Il se présente et indique qu’il est "juge-pénitent". Nous apprendrons plus tard que cette étrange profession consiste à s’accuser soi-même afin de pouvoir ensuite être juge. Clamence raccompagne son interlocuteur. En traversant le quartier juif, il évoque les horreurs de la guerre et les crimes des nazis. Il lui parle aussi de la Hollande, terre de songe et d‘histoire, " pays de marchands et de rêveurs ". Clamence quitte son interlocuteur devant un pont : il s’est juré de ne plus jamais franchir un pont la nuit. Il donne rendez-vous à son interlocuteur pour le lendemain.
Deuxième journée
Clamence évoque son passé. Il raconte à son interlocuteur comment, jadis avocat à Paris, il mena une brillante carrière. Il était respecté de tous et épris des nobles causes. Il était heureux. Il avait également une haute opinion de lui-même . Il se sentait au dessus des autres et du jugement du commun des mortels. En parfait accord avec lui-même et avec les autres , " sa vie était une fête, et il était heureux "
Un soir d’automne, Clamence entendit, sur un pont de Paris, un rire mystérieux. Il rentre chez lui, contrarié. Lorsqu’il se regarde dans le miroir, son sourire lui semble double.
Troisième journée
Clamence continue sa confession. Ce rire sur le pont lui a ouvert les yeux sur sa vanité. Cette prise de conscience de son orgueil a été confirmé une autre fois, lorsqu’il s’en est pris violemment à un automobiliste. Il s’est rendu compte par la même occasion que ses relations avec les femmes étaient elles aussi régies par cette vanité. Puis cette remise en cause lui a permis de se rappeler que deux ou trois ans auparavant, il avait vu, un soir, une jeune femme se jeter dans la Seine. Comme paralysé par le froid, il n’a rien fait pour la sauver et a poursuivi son chemin.
Quatrième journée
La confession se poursuit dans une île du Zuyderzee. Ayant découvert sa propre duplicité, Clamence a essayé de rechercher l’amour de ses contemporains, mais il ne s’est heurté qu’à leur jugement péremptoire. Se rendant compte que tout n’était que comédie, il n‘eut alors comme objectif que de dévoiler la duplicité humaine et se mit à tout tourner en dérision . Il s’est alors ingénié à se rendre odieux pour casser l’image d’honnête homme qu’on avait de lui. Après cette période stérile, il éprouva encore plus durement la souffrance qui le hantait.
Le même jour ( quelque temps après )
Sur le bateau qui le ramène à Amsterdam, Clamence évoque avec nostalgie la beauté et la pureté de la Grèce, puis revient à son récit. Il a essayé de trouver l’amour, mais en vain. Ecœuré , il se livra alors à la débauche, puis sombra dans le " mal confort " , avant d'admettre sa culpabilité et de se convaincre que tous les hommes sont coupables. Le Christ lui-même a donné l’exemple en mourrant sur la croix pour une faute , le massacre des enfants de Judée, dont il se sentait obscurément coupable.
Cinquième journée
Clamence, malade, reçoit son compagnon dans sa chambre. Il a la fièvre et est au lit. Il raconte à son interlocuteur comment, pendant la guerre, alors qu’il était prisonnier, il avait volé de l'eau à un compagnon agonisant. A présent, dans le placard de sa chambre, il a caché un tableau , les juges intègres de Van Eyck , que recherchent toutes les polices du monde. Il a l’espoir que ce recel lui vaudra un jour d'être arrêté. Il explique enfin en quoi consiste son métier de juge-pénitent : il se confesse aux autres des fautes que chacun peut avoir commises , puis il implique peu à peu son interlocuteur et pour finir, retourne le miroir afin que chacun puisse s’accuser à son tour. Il est donc d’abord pénitent, puis devient juge et se libère. Malgré sa fièvre, il souhaite se lever pour aller voir tomber la neige ; ce qu’il fait , puis se recouche. Chaque fois qu'il aborde un "client", il espère que ce sera un policier venu l’arrêter pour le recel du tableau. cette fois encore, il avait l'espoir. Mais l'inconnu abordé dans ce bar d'Amsterdam se trouve être, un avocat parisien, comme lui...
Source bibliographique
La Chute d'Albert Camus Kléber Haedens Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970Dictionnaire des Grandes Oeuvres de la Littérature française, Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty (Editions larousse)
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Mardi 28 Novembre
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Un Cocktail, des Cocteau
Jean Cocteau est mort, il y a quarante ans.
Prix 2003
Le Femina à Dai Sijie pour "Le Complexe de Di" (Gallimard) et Le Médicis à Hubert Mingarelli pour "Quatre soldats" (Seuil)------Le prix Renaudot à Philippe Claudel pour «Les âmes grises»------
Jacques-Pierre Amette, Goncourt du centenaire------
Le grand prix du roman de l'Académie française à Jean-Noël Pancrazi pour Tout est passé si vite
Jean Giono
Les âmes fortes, Le film de Raoul Ruiz, d'après Giono
Saint-Exupery
"Saint-Exupéry volait au-dessus des nuages et donnait du péril des images radieuses et tendres..."Kleber Haedens
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Ils sont écrivains, philosophes, historiens et journalistes. Ils étaient présents lors du Forum International sur « Mémoire et Histoire », en 1998. Parmi eux, Elie Wiesel, Paul Ricœur, Jacqueline de Romilly, Umberto Eco, Wole Soyinka, Jorge Semprun...
Le moment Ferry : l'école de la Républiqueentre mythologie et réalitépar Jean-Michel GAILLARD
orsque l'on s'attache à regarder ce que fut l'école de Jules Ferry, cette école du début des années 1880, nous sommes confrontés à des lectures différentes, celle de l'histoire et celle de la mémoire.Que dit depuis très longtemps la mémoire ? Que l'école laïque, gratuite et obligatoire était pour la République l'illustration et la mise en œuvre de sa devise «Liberté, égalité, fraternité». Qu'il s'agissait d'une rupture radicale avec le passé, d'un pas décisif dans la modernité. La mémoire, de génération en génération, l'a répété à tel point que c'est devenu vérité d'évidence. Pourtant, les historiens, lorsqu'ils travaillent et examinent documents et témoignages, ne disent pas cela.L'obligation scolaire, une rupture ? Non, rétorque l'historien. La loi du 28 mars 1882 sur l'obligation scolaire de six à treize ans n'est que le couronnement d'un mouvement séculaire de scolarisation qui caractérise, comme ailleurs en Europe, tout le XIXe siècle. Ce mouvement a paradoxalement été stimulé en France par la querelle entre les deux écoles - publique et privée - et entre les républicains et les monarchistes, rivalisant dans la volonté d'attirer la jeunesse, avec l'espoir d'influencer ainsi leur trajectoire spirituelle et politique. Ce n'est donc pas une rupture. C'est l'aboutissement d'un long processus. Les enfants sont allés à l'école avant qu'elle ne devînt obligatoire. Et en masse, puisque plus de 80 &percnt des jeunes Français étaient scolarisés de façon régulière avant 1882. Il faut noter par ailleurs qu'ils n'y sont pas forcément allés davantage juste après l'adoption de la loi. Et cela pour diverses raisons. Parce que, par exemple, la loi qui interdit le travail des enfants de moins de treize ans dans les manufactures est postérieure de dix ans à la loi de 1882 sur l'obligation scolaire, et que l'obligation scolaire de six à treize ans s'accompagne d'une disposition selon laquelle on peut quitter l'école dès l'obtention du certificat d'études, même si on a seulement onze ou douze ans. Mona Ozouf et François Furet, dans leurs travaux sur l'alphabétisation des Français, ont bien montré que l'absentéisme, d'ailleurs faiblement sanctionné, a perduré après l'obligation scolaire, tant en milieu urbain qu'en milieu rural. Il y a donc eu au mieux l'accompagnement d'un mouvement séculaire.La gratuité, instaurée par la loi du 16 juin 1881, reste-t-elle au moins un élément fondateur de cette école de la République ? Non, disent les historiens : la perte de revenus qu'occasionne la scolarisation durable de l'enfant par rapport au travail qu'il peut accomplir aux champs et en usine suscite l'absentéisme chez les plus démunis. De ce point de vue, la gratuité ne représente pas grand-chose, d'autant moins qu'en 1880 déjà, les deux tiers des enfants ne payaient pas de contribution scolaire, celle-ci étant réservée aux riches et aux gens aisés. Pire encore : la gratuité ne serait-elle pas un cadeau fait aux riches et une façon de faire payer l'école des riches par les pauvres, comme le soutenaient alors les conservateurs hostiles au projet ?La laïcité enfin. La laïcité, cœur de l'école de la République. C'est ce que nous dit la mémoire. L'école est un lieu dans lequel on laisse au vestiaire ses convictions religieuses, culturelles, idéologiques, philosophiques pour entrer dans un espace de neutralité, de tolérance, de liberté. L'historien, lui, nous dit qu'au temps de Jules Ferry, la laïcité fut un combat. Ce n'était pas un concept neutre. Puisque la nation française était composite sur le plan ethnique, religieux, culturel et philosophique, son but était de faire coexister des familles différentes dans un seul corps social et de leur apprendre à vivre ensemble, mais il n'existait pas de neutralité politique et culturelle à l'école, en tout cas pas dans l'école de Jules Ferry. La laïcité scolaire était, avant tout, un combat de la République contre la monarchie et le cléricalisme, mais aussi contre les menaces socialistes et révolutionnaires. Il suffit d'aller voir dans les manuels scolaires - Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno, Le Petit Lavisse -, ces bibles des écoliers de la République, dont nous savons qu'ils présentent une vision du monde qui n'est pas neutre. Le catéchisme n'a plus cours dans les salles de classe, mais on y enseigne un corpus idéologique qui contribue à asseoir le régime, la démocratie, l'économie libérale, à inculquer l'amour de la patrie, de l'ordre et de l'autorité.Alors l'école de Jules Ferry serait-elle une mythologie ? Le devoir d'histoire aurait-il effacé définitivement les échos de la mémoire ?Ce n'est pas sûr. Si, après tout ce travail des historiens, nous faisons l'effort d'être attentifs à la mémoire, que dit-elle ? Que pendant des générations et des générations, des millions de familles, en particulier dans les milieux populaires urbains comme ruraux, ont été motivées par l'instruction, que des instituteurs ont été portés par leur mission, que des réussites ont permis la promotion de fils et de filles de paysans et d'ouvriers. C'est là que la mémoire éclaire l'histoire. Nous avons vu les faits. Mais que s'est-il vraiment passé dans l'école de la République ? Les lois Ferry, qui ne changeaient pas fondamentalement grand-chose, ont provoqué, jusque dans les familles les plus modestes, une mystique, un acte de foi en l'instruction. On s'est dit que jusqu'alors la naissance conjuguée à la richesse prédisposait à la réussite, mais que, désormais, avec le talent qui peut sommeiller dans chaque enfant du peuple et un travail acharné, on pouvait, grâce à l'instruction, s'élever dans l'échelle sociale. Le peuple y a vu la possibilité de la réussite par le mérite, un outil de promotion, un levier pour sortir de sa condition. Les lois Ferry ont donc d'abord été une mystique de l'instruction, à laquelle le peuple a adhéré. Il a cru et il a sacrifié aux rites qu'imposait cette foi. Ce qui a fondé le succès de l'école de la République, c'est que celles et ceux auxquels elle s'adressait ont vu en elle un moyen de transformer l'égalité de droit en égalité de fait, un des vecteurs fondamentaux de ce qu'ils cherchaient depuis 1789, c'est-à-dire la promotion sociale par le seul talent. Là-dessus, la mémoire ne nous trompe pas. Le «moment Ferry», ce fut d'abord cette révolution dans les têtes, cette prise de conscience collective du peuple.Et que dire des instituteurs, des «hussards noirs de la République» (Péguy), des «prophètes éblouis du monde nouveau» (Clemenceau) ? On les a beaucoup interrogés, on les a beaucoup écoutés. Souvenons-nous de Nous, les maîtres d'école, ce livre d'appel à la mémoire, de Jacques et Mona Ozouf. Le rôle de ces maîtres, dans la République des bons élèves, car elle se veut une République des bons élèves, est justement d'aller chercher les talents jusqu'au plus profond du pays, jusqu'au plus perdu de nos villages et, là, parmi ces enfants en blouse grise et en sabots, d'essayer de repérer celui qui a une chance de réussir. Il faudra convaincre aussi les parents, il faudra porter ces «élus» pour que, malgré les handicaps sociaux ou culturels, ils réussissent les examens et les concours. Les missionnaires que sont les instituteurs d'alors, habités par leur foi en l'instruction comme moyen de promotion du peuple, ont, par ce travail-là, accentué encore la mystique scolaire mais aussi permis à des générations d'enfants de changer de condition, d'emprunter avec succès l'ascenseur social de masse que fut alors l'école.Malgré les structures qui font que l'école de Jules Ferry n'était pas une école égalitaire (il y avait une école du peuple, une école de la bourgeoisie, il y avait l'école primaire, il y avait les lycées), en une, deux, parfois trois générations, l'école a bel et bien joué ce rôle d'ascenseur social que véhicule la mythologie, la mémoire de l'école de la République. Et là, la mémoire vaut l'histoire. La figure emblématique en est le certificat d'études, qui a permis à tant et tant de jeunes enfants de s'extraire de leur condition sociale. Bien sûr, cela s'est fait à coups de règles sur les doigts, à coups de retenues, avec une morale et des préceptes moraux qui, aujourd'hui, peuvent nous paraître désuets. Bien sûr, cela s'est fait à coups de bons points et d'images..., mais l'école a inséré les élèves dans le jeu social et leur a donné des moyens de gagner qu'ils n'avaient pas et n'auraient pas eus si elle n'était pas devenue, d'une certaine manière, la deuxième religion du peuple. Quand un Georges Pompidou, petit-fils de paysans, fils d'instituteurs, normalien, agrégé, devient président de la République, c'est l'école publique qui accède ainsi à la plus haute marche du podium.Dans les faits, rien n'avait fondamentalement changé, c'est dans les esprits et dans les têtes que l'école est subitement devenue une mystique politique et sociale à laquelle le peuple a cru et qui lui a permis de dépasser son horizon. Et pour que cette croyance s'enracine, on a agi sur tous les fronts. On a construit partout des écoles, monuments laïques qui, au cœur des villages, incarnaient les temps nouveaux. On a formé des professionnels de l'éducation avec les écoles normales primaires et supérieures. On a livré du matériel flambant neuf : tableaux, cartes murales, livres, pupitres, poêles... On a rénové les méthodes pédagogiques et placé au centre de tout cela le «maître d'école», suzerain moderne destiné à être le pédagogue, l'éducateur, le tuteur des enfants qu'on lui confie. Cela encore, l'histoire l'a souvent négligé, mais la mémoire ne l'a pas oublié.Ainsi, la mémoire nous aide à faire l'histoire. Elle nous dit que la représentation que des générations et des générations de familles, d'élèves, d'instituteurs ont eue de l'école a pesé beaucoup plus lourd dans la balance que les lois qui ont fondé l'école de la République ou que les analyses quantitatives des historiens. La rupture est moins dans les faits ou dans les textes que dans les têtes, dans les mentalités. Elle est dans cette mystique de l'instruction à tout prix, que tous les témoignages recueillis confirment et que les historiens, dans leurs enquêtes, sont bien obligés, à un moment donné, de valider. Notre mémoire collective en est imprégnée à tel point que l'école de Jules Ferry est aujourd'hui évoquée avec nostalgie. Pourquoi l'appelle-t-on à la rescousse ? Parce qu'elle a été un moyen de promotion sociale, parce que, pour beaucoup d'entre nous, la méritocratie républicaine a fonctionné. Nous lui en gardons une secrète reconnaissance et nous voulons accorder foi au pouvoir de l'école. La mémoire seule ne peut remplacer l'histoire. Mais l'histoire ne peut ignorer la mémoire et ne peut approcher la réalité qu'en acceptant la mémoire comme une source parmi d'autres, une source que le travail d'historien amène à critiquer et à confronter aux autres, sans perdre de vue qu'elle est souvent l'un des meilleurs éclairages de l'histoire.
Une histoire, deux mémoirespar Rudolf von THADDEN
La première fois que je me suis rendu compte de la relation problématique entre l'histoire en elle-même et l'histoire intégrée dans la mémoire, c'était dans mon enfance. Ma mère m'avait lu le récit de la résurrection du Christ selon l'Evangile de saint Marc qui ne parle que de la présence des femmes auprès du tombeau et de l'apparition de l'ange. Or, par hasard, j'avais lu peu de temps auparavant l'Evangile selon saint Matthieu qui, lui, relate en outre un tremblement de terre et mentionne la frayeur des gardiens. Qui avait raison, saint Marc ou saint Matthieu ? Pour moi, à l'âge de huit ans, il ne pouvait y avoir qu'une seule histoire, une histoire sans contradictions.Il faut avoir davantage de maturité pour comprendre que deux présentations différentes d'un événement peuvent coexister sans que l'histoire y perde son fond de vérité. Les faits historiques ne se conçoivent pas sans être perçus et la perception qu'on en a est tout aussi importante que leur facticité. Il est illusoire de chercher des faits en dehors de leur perception.Mais comment garantir que la perception d'un événement ne soit pas arbitraire et ne s'éloigne pas trop de ce qu'on appelle la réalité ? Ici entre en jeu tout ce qui est du domaine de la formation du Wahrnehmungsvermögen de l'homme, c'est-à-dire la capacité de l'homme à percevoir un fait : avant tout la tradition et la culture, mais aussi la mémoire, la mémoire individuelle tout autant que la mémoire collective.Deux exemples historiques illustrent mon propos.Ainsi la commémoration de l'Edit de Nantes de 1598, qui a été largement célébrée en France, n'a presque pas été évoquée en Allemagne, bien que ses implications concernent les deux nations et influent sur l'histoire de ces deux voisins.Si l'histoire factuelle de l'Edit de Nantes paraît relativement simple, sa place dans la mémoire historique ne l'est guère. Il s'agit d'un traité de paix dans une guerre de religion, d'un modus vivendi élaboré à la fin d'un siècle marqué par des conflits sanglants entre catholiques et protestants. Mais ce traité a laissé des traces différentes dans la mémoire historique des catholiques et des protestants et dans celle des Français et des Allemands.Pour ce qui est de la divergence de mémoire entre catholiques et protestants, ceux-ci, parce qu'ils étaient en minorité, attachent plus d'importance à l'Edit de Nantes que les catholiques. Les protestants se raccrochèrent aux articles de tolérance et plus les effets salutaires de l'Edit s'estompaient, plus ils le glorifiaient. En revanche, les catholiques minimisèrent l'importance de l'Edit de Nantes car ils misaient sur le poids du plus grand nombre et sur le dynamisme d'une politique de réunion favorable à la religion privilégiée de l'Etat. A leurs yeux, l'Edit de Nantes n'était qu'une trêve sur le chemin de la recatholisation totale du pays.La divergence de mémoire n'est pas moindre entre Allemands et Français, car les deux peuples ont vécu les effets de l'Edit de Nantes de manière différente. Alors qu'il s'agissait pour les Français d'un instrument de pacification intérieure et de stabilisation du pouvoir royal, l'Edit avait pour les Allemands la valeur d'un modèle comparable à l'armistice conclu entre catholiques et protestants sous le nom de Religionsfriede (paix de religion) en 1555 à Augsbourg. Ils le jugèrent par rapport à ses résultats concrets concernant l'équilibre des forces confessionnelles et politiques dans l'Europe de la Contre-Réforme sans le trouver finalement plus avantageux que les modèles de coexistence religieuse qui existaient en Allemagne.La date de l'Edit de Nantes se serait effacée de la mémoire des Allemands s'il n'y avait pas eu une autre date importante pour leur histoire : celle de la révocation de cet Edit en 1685. Ils se souviennent donc exactement du contraire de ce que les Français ont gardé en mémoire : non pas de l'histoire d'une réussite qui fait honneur à ses auteurs, mais bien plutôt de l'histoire d'un échec qui prouve le manque de solidité initiale de l'Edit. La révocation est, à leurs yeux, la preuve de la fragilité d'un accord qui amène fatalement au désarmement puis à l'oppression de la partie minoritaire, c'est-à-dire des protestants.Les Allemands connaîtront l'Edit de Nantes par les victimes de sa révocation, par ces hommes déçus qui cherchèrent refuge chez eux. A présent dans le «refuge», on commence à commémorer l'Edit. Mais plus on s'éloigne, dans le temps et dans l'espace, plus on s'enfonce dans des rêves tantôt nostalgiques, tantôt amers. La mémoire de l'Edit de Nantes finit par ne plus correspondre à son histoire réelle.Un second exemple historique a pour cadre l'histoire de l'Allemagne actuelle, il concerne la place du Troisième Reich dans la mémoire des Allemands de l'Est et de l'Ouest. Là encore il s'agit d'une histoire bien définie et, quant à ses implications politiques et sociales, d'une histoire identique pour les deux populations allemandes. La crise du libéralisme et le nationalisme à outrance ont tout autant préparé la voie à Hitler à Cologne et à Hambourg qu'à Leipzig et à Dresde.Mais comme le débat allemand sur le passé s'inscrit, après la guerre, dans des cadres politiques différents selon les zones d'occupation, le travail de mémoire, la Erinnerungsarbeit, des Allemands de l'Est ne s'effectue pas de la même manière que celui de leurs compatriotes à l'Ouest. Pour les premiers, très vite, la négation de l'histoire de l'Allemagne hitlérienne a acquis la valeur d'un acte fondateur de la nouvelle République démocratique allemande, la RDA, et ceci au point de changer l'identité nationale. Un citoyen de la RDA n'a plus rien à voir avec l'Allemand des années trente, il ne souffre pas du poids du passé, il n'en est pas responsable. Le communisme le place aux côtés de ses «frères» d'Union soviétique qui ont vaincu le fascisme, une fois pour toutes.L'Allemand de l'Ouest, par contre, supporte le fardeau du passé nazi. Puisque la République fédérale s'est déclarée l'Etat successeur du Reich, tant sur le plan national que sur le plan international, elle a été obligée d'assumer l'héritage laissé par la politique hitlérienne. Par conséquent, ses citoyens ont vite appris qu'ils ne pouvaient pas se tirer d'affaire d'une manière simpliste, qu'au contraire ils étaient condamnés à vivre avec ce passé pesant et impossible à éliminer de l'identité nationale.Qu'en résulte-t-il pour la mémoire historique dans son rapport à l'histoire réelle ? Faut-il, dans une perspective de réunification intérieure des Allemands, recommencer tout le débat sur le Troisième Reich ? Ou peut-on faire abstraction du travail de mémoire, de la Erinnerungsarbeit, réalisé par deux générations d'Allemands et d'Européens après la Seconde Guerre mondiale ?Il est clair qu'on ne peut faire l'impasse sur cinquante ans de discussions. Il n'empêche que la mémoire historique n'est pas seulement le résultat de recherches scientifiques, elle est aussi et surtout le produit d'un débat continu à l'intérieur d'une société qui cherche son identité et sa place dans la communauté des hommes. La mémoire historique se façonne avec les expériences vécues des générations et avec l'idée que celles-ci se font de la marche de l'histoire.Les Allemands ont donc toutes les raisons de rester sensibles à la présence toujours vivante de deux mémoires différentes dans leur pays. S'ils n'en tiennent pas compte, ils risquent de mettre en danger le processus de réunification intérieure de l'Allemagne et, ce qui est tout aussi important, leurs acquis en matière de travail de mémoire sur l'histoire complexe du Troisième Reich. Seul l'effort conjugué des deux mémoires allemandes permet de faire face à l'histoire du Troisième Reich dans sa totalité et de préserver les Allemands des récidives.Mais la leçon que nous pouvons en tirer dépasse l'exemple allemand. Nous vivons tous avec des mémoires historiques formées par des expériences vécues de l'histoire et nous devons tous accepter des divergences de mémoire et des perceptions différentes de ce qu'on appelle la réalité historique. Il faut respecter les mémoires plurielles et renoncer à vouloir les réduire de force à une seule mémoire qui efface toutes les autres. Même s'il n'y a qu'une seule histoire, elle se traduit toujours par des perceptions et des mémoires différentes. Cela vaut pour les nations tout autant que pour les confessions religieuses, et cela vaut surtout pour la construction d'une Europe démocratique.
Les ruses de l'histoire et de la mémoirepar Zvi YAVETZ
Les historiens n'aiment pas les généralisations et s'ils ne peuvent y échapper complètement, ils s'appliquent à signaler autant d'exceptions qu'ils le peuvent. Ils s'intéressent à l'unique, et peu leur importe qu'Aristote n'ait pas tenu l'histoire en haute considération et ait placé la poésie bien au-dessus d'elle. Les historiens sont réticents à utiliser le jargon qui s'est répandu dans les sciences sociales et préfèrent enseigner à partir d'exemples, à la manière des Romains qui apprenaient à partir d'exempla au lieu d'imiter les Grecs qui préféraient se servir de praecepta.Mon premier exemple est celui d'un jeune professeur qui cherchait à comprendre ce qui avait poussé le gouvernement britannique, en 1946, à renoncer à l'Inde et à soumettre son mandat sur la Palestine à l'arbitrage des Nations unies. Ce professeur avait de hautes relations en Angleterre et put interroger cinq ou six des ministres du gouvernement Attlee qui avaient été impliqués dans ces décisions. Il enregistra très soigneusement leurs déclarations en 1950 mais il mit beaucoup de temps à publier son livre. En 1962, il avait besoin de tirer plusieurs points au clair et il retourna en Angleterre pour rencontrer les mêmes personnalités. Il fut profondément choqué de s'apercevoir que ses interlocuteurs se remémoraient les mêmes détails de façon très différente par rapport à leur premier entretien. Que s'était-il passé ? Avaient-ils oublié ? Ou bien étaient-ils sujets à des préjugés différents à douze ans d'intervalle ? Ou bien encore était-ce le changement d'atmosphère politique qui influençait leur réponse ? Les Allemands appellent cette atmosphère Zeitgeist ou esprit du temps. L'historien du passé ne peut s'empêcher de rester un citoyen du présent. Mais revenons-en à notre professeur. Très déçu, il prit la décision d'attendre l'ouverture des archives britanniques. «Ce qui n'est pas dans les archives ne s'est jamais produit», se dit-il. Il attend encore.Les archives peuvent se révéler très utiles : par exemple, c'est grâce à elles qu'a été révélé le massacre de 15 000 officiers polonais à Katyn ou encore le comportement du dictateur roumain Ion Antonescu pendant la Seconde Guerre mondiale. L'ouverture des archives réserve toujours de grosses surprises.Mais les historiens savent aussi qu'ils ne peuvent pas trouver la vérité tout entière dans les archives. Palmerston aimait à dire qu'il était l'une des trois personnes à avoir compris les véritables causes de l'invasion du Schleswig-Holstein par la Prusse en 1864. Et il ajoutait : «Mais l'une d'entre elles est morte, l'autre est devenue folle et moi-même, j'ai tout oublié.» Lorsqu'on demandait à Bismarck la raison de cette invasion, il répondait : «Parce que c'était mon devoir. Et c'est celui des professeurs d'Heidelberg d'expliquer pourquoi c'était mon devoir.»Jusqu'à présent je n'ai fait que souligner l'importance du rôle du Zeitgeist sur le travail de mémoire. Cela n'explique certainement pas tout, et psychologues et neurologues semblent en savoir plus long sur les vicissitudes qui gouvernent les variations de notre mémoire. Aujourd'hui les hommes politiques sont conscients d'un autre problème. Ils savent qu'un jour ou l'autre un étudiant en doctorat d'histoire se mettra à disséquer et à analyser les moindres preuves contenues dans les archives. C'est pourquoi des décisions importantes sont souvent prises oralement, autour d'un dîner ou à l'occasion d'une promenade dans les bois, alors qu'on remplit les archives d'un fatras souvent sans importance. Il y a souvent davantage de vérité dans les fuites organisées à l'intention de la presse que dans les documents déposés aux archives. Il ne faut donc jamais sous-estimer la mémoire, à condition que les témoignages puissent être comparés à d'autres sources. Mais ce n'est pas toujours possible.Aussi vais-je me tourner cette fois vers l'Ancien et le Nouveau Testament, car le judaïsme comme le christianisme ont une lourde dette envers la mémoire. Aucun autre peuple n'a été aussi obsédé par l'histoire que le peuple juif. L'exode d'Egypte est devenu le thème central de l'histoire juive et la religion juive s'est trouvée profondément entremêlée à l'histoire. L'auteur (ou les auteurs) ingénieux de la Bible a bien compris la nécessité de créer une continuité entre les patriarches venus de Mésopotamie et les tribus sorties d'Egypte. Le souvenir imposé de l'Exode a apporté cette continuité. Nous lisons dans le livre du Deutéronome (chapitre XXVI, versets 5 à 10) : «Mon père était un nomade errant et il [Jacob] descendit en Egypte et y séjourna et son peuple était peu nombreux et c'est là qu'il devint une nation grande, puissante et nombreuse. Et les Egyptiens nous traitèrent rudement, nous affligèrent et nous réduisirent à un dur esclavage. Alors nous nous tournâmes vers le Seigneur, le Dieu de nos Pères, et le Seigneur entendit notre voix et vit nos malheurs. Et le Seigneur nous fit sortir d'Egypte grâce à sa main puissante et il étendit son bras en semant des signes de terreur et en faisant de grandes merveilles.» Il n'y a pas de place pour le culte de la personnalité dans la religion juive. Ce n'est pas Moïse qui a fait sortir les juifs d'Egypte, mais le Seigneur lui-même, et afin d'éviter que naisse un culte de Moïse, nul n'a jamais su où se trouvait sa tombe. Le Seigneur dont personne ne connaît le nom - un nom qu'il est interdit de prononcer en hébreu, que les Grecs connaissaient sous le nom de Tetragrammaton et que les autres gentils appellent Yahvé - est devenu le Dieu unique, non seulement pour les tribus qui sortirent d'Egypte mais aussi pour toutes les autres tribus qui envahirent la Palestine par le nord ou l'infiltrèrent par l'est. C'est Josué qui a fait jurer au peuple (chapitre XXIV) de rester fidèle au Dieu unique qui l'avait fait sortir d'Egypte et qui leur avait donné la terre promise.Les Grecs, eux, n'ont jamais établi de liens entre Solon et Agamemnon. Alors que la mémoire populaire juive de l'exode, qui n'a laissé aucune trace dans les archives, a fait ce lien. Le mot qui en hébreu signifie «souviens-toi» est devenu un thème central de la vie juive.Il existe un phénomène similaire dans le christianisme. Jésus n'a laissé aucun texte écrit, la connaissance de l'histoire de sa vie repose sur les souvenirs de ses apôtres. Or même les meilleurs d'entre nous recomposent les éléments du passé alors qu'ils ont l'impression de faire seulement appel à leur mémoire. Ils ne se rendent pas compte à quel point la forme de leurs souvenirs a pu être altérée par les choses qui se sont déroulées entre les événements eux-mêmes et le moment du souvenir. Dans le cas qui nous occupe, c'est la destruction du temple de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ qui a donné un tour particulier aux Evangiles de Matthieu, Marc et Luc. La source chrétienne la plus ancienne, les épîtres de Paul, qui furent écrites avant les Evangiles, pose un autre problème puisque Paul n'a jamais rencontré Jésus, d'où sa colère dans la première épître aux Corinthiens (chapitre IX, verset 1) contre ceux qui refusent de lui reconnaître le titre d'apôtre : «Ne suis-je point un apôtre, ne suis-je pas libre, n'ai-je donc pas vu Notre Seigneur Jésus-Christ ?» Il fallait à Paul un miracle pour expliquer comment le pharisien fanatique qu'il était était devenu un apôtre du Christ. Et ce fameux miracle s'est produit sur la route de Damas, ainsi que nous l'enseignent le chapitre IX des Actes des apôtres et le premier chapitre de l'épître aux Galates. Paul explique : «Paul, apôtre, non de par les hommes ni de par un homme, mais de par Jésus-Christ et Dieu le Père qui l'a relevé d'entre les morts.»Ainsi Paul expose qu'il n'a pas subi une simple conversion mais qu'il a reçu une mission directement du ciel. Cependant, cela ne semblait pas encore suffire, il lui fallait acquérir une meilleure connaissance de la personnalité de Jésus. Il monta donc trois ans plus tard à Jérusalem pour y rencontrer Pierre et s'enfermer pendant deux semaines avec lui sans voir d'autre apôtre que Jacques, «le frère du Seigneur» (épître aux Galates, chapitre I, versets 18 et 19).Au cours de ces deux semaines Pierre raconta à Paul tout ce qu'il savait de Jésus. Mais tout ce que Pierre était en mesure de lui confier se trouvait dans son propre souvenir de Jésus, car il n'avait aucun document écrit à sa disposition et quand bien même en aurait-il eu, il ne savait pas lire. Comme l'histoire de l'exode, la vie de Jésus ne repose pas sur des documents d'archives, mais que serait le christianisme si on n'acceptait pas l'histoire de Jésus, le fils de Dieu, de sa crucifixion et de sa résurrection ? Comme on le sait, c'est précisément l'acceptation de cette histoire, et le blâme jeté sur les juifs pour avoir tué le Seigneur, qui a causé les événements les plus tragiques de «la relation tourmentée entre juifs et chrétiens», pour reprendre les termes prudents employés par le cardinal Cassidy le 16 mars 1998 - qui vont des massacres perpétrés au temps des croisades dans les cités rhénanes aux accusations sanglantes dont ont été victimes les juifs dans bien des pays. Il n'est pas étonnant qu'après Auschwitz des ecclésiastiques catholiques bien intentionnés et des rabbins tolérants se soient rapprochés dans le cadre de prétendues célébrations œcuméniques afin de tenter d'élaborer un compromis acceptable entre les deux religions en atténuant les termes de quelques passages empoisonnés de la Bible dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament. Personne cependant n'était en mesure de changer un iota dans un texte considéré comme sacré depuis des siècles. Un célèbre théologien catholique du nom de Lloyd Gaston a fait part de son dilemme et a déclaré qu'une Eglise chrétienne et un Nouveau Testament antisémite étaient une contradiction abominable. Mais, sans Nouveau Testament, l'Eglise chrétienne est inconcevable. Comme l'a dit simplement un intellectuel anglais : «Si Jésus est Dieu, alors le judaïsme est dans l'erreur, mais si Jésus n'est pas Dieu, alors le christianisme n'existe pas.»De tels compromis sont à la fois impossibles et inutiles. Je crois en la sagesse du conseil donné par l'historien païen Tite-Live au Ier siècle avant Jésus-Christ : «Datur haec venia antiquitati.»Il ne faut jamais se croire obligé de détruire des souvenirs sacrés - à condition que ces souvenirs servent seulement à enrichir notre passé et non pas à fournir des moyens de propagande pour détruire les autres. Ce monde serait sans doute meilleur si l'on respectait les souvenirs d'autrui plutôt que de créer des vides douloureux.Concluons avec un bel exemplum contemporain : un grand-père américain aimait évoquer le souvenir de son propre grand-père qui avait été un combattant de la guerre d'Indépendance. A chaque Noël, il racontait à la famille rassemblée quel grand héros avait été leur aïeul. Mais un jour l'un de ses petits-enfants, habitué à entendre chaque année cette histoire, eut la curiosité de se rendre aux archives de Boston pour en apprendre davantage. Là, il reçut le choc de sa vie en découvrant que, loin de s'être comporté en héros, l'aïeul avait déserté sur le champ de bataille et avait été tué d'une balle dans le dos. Au Noël suivant, lorsque le grand-père se disposa à raconter de nouveau l'épopée familiale, l'écolier curieux l'interrompit : «Grand-père, dit-il, arrête de nous raconter des histoires ! Moi j'ai été consulter les archives et j'ai appris que notre aïeul était un lâche.» Le grand-père devint muet. Ne sachant plus quoi dire ou quoi faire, il resta assis tout triste. Puis il se leva et alla décrocher du mur le portrait de l'aïeul. A partir de ce jour-là, on ne raconta plus jamais cette histoire le soir de Noël. Le jeune garçon est devenu professeur d'histoire, et père de famille puis grand-père à son tour. Tous ses fils et ses filles et ses petits-enfants se réunissent chez lui à Noël. Mais un jour ils lui demandèrent : «Ne restons pas seulement à boire et à manger. Raconte-nous une histoire sur nos grands-parents !» Il n'a rien répondu, mais il a regardé l'espace vide sur le mur où autrefois avait été suspendu le portrait. Et la tristesse s'est emparée de tous.Notre devoir n'est pas de détruire toutes les légendes qu'il peut y avoir dans notre vie. On vit parfois mieux avec des histoires - même fausses.
L'histoire entre mémoire individuelle et mémoire collectivepar Jacqueline de ROMILLY
Le rapport entre la mémoire et l'histoire peut se comprendre à deux niveaux différents : la mémoire individuelle est la première source, bien imparfaite, de la connaissance historique ; et la mémoire collective est le résultat, infiniment précieux, de la somme des faits plus ou moins exactement connus.Le premier aspect se trouve chez Thucydide. Il est le premier historien de notre monde occidental à avoir voulu écrire une histoire critique et objective - par le moyen d'une enquête rigoureuse. Mais l'enquête n'était pas facile. Désireux d'élucider les événements, il écrit : «J'avais d'ailleurs de la peine à les établir, car les témoins de chaque fait en donnaient des versions qui variaient, selon leur sympathie à l'égard des uns ou des autres, et selon leur mémoire» (I, 22). Voici donc, dès le début, la subjectivité du témoignage fermement opposée à l'unité d'une vérité historique difficile à cerner. Ce point de départ est essentiel. Pourtant, il ne faut pas trop s'attarder sur ces déficiences de la mémoire individuelle, car l'histoire connaît bien d'autres difficultés. Les documents, la multiplicité des témoignages, les archives, tout cela semble permettre un immense progrès ; et pourtant, dès l'Antiquité grecque, en cette période où l'écrit était rare, il existait déjà quantité de faux si bien que, même pour les événements importants, les savants discutent encore sur l'authenticité de tel ou tel document. Mais, surtout, les questions que pose l'historien à ces témoignages et à ces documents sont elles aussi subjectives. Certains passages de la Bible nous donnent une histoire faite seulement de noms propres. Certains récits historiques ne retiennent que des hauts faits chevaleresques et des actions militaires ; de nos jours, on ne s'intéresse qu'à l'économie. Certaines histoires se sont interrogées sur les protagonistes ; aujourd'hui on s'interroge sur les masses anonymes. Tout cela offre des visions particulières et, quelquefois, plus ou moins heureuses. On décrit beaucoup aujourd'hui comment les gens mangeaient ou s'habillaient ou construisaient leur toit. J'aimerais quelquefois entendre demander en vue de quoi ils vivaient et ce qu'ils attendaient de l'existence. Quoi qu'il en soit, la mémoire n'est pas seule en cause, on le voit. Et même à certains moments de l'histoire, quand, sous le règne de l'oppression, des actions secrètes se forment et règnent les faux-semblants, toute histoire objective semble impossible à atteindre. Quand on a vécu des périodes comme la dernière guerre où chacun mentait et falsifiait des papiers - mentait dans un sens ou dans l'autre d'ailleurs -, on a parfois le sentiment que la mémoire individuelle avec ses souvenirs brûlants et indiscutés en dit plus long que ces moyennes et ces statistiques établies à partir de données mensongères.Les menaces d'erreur sont donc considérables. Mais attention ! Je n'aurais pas consacré ma vie à de telles recherches si je n'avais pas eu le sentiment que, par-delà ces difficultés, il y avait une tâche essentielle, utile et possible à réaliser. Car il est temps de le dire : l'histoire existe. On peut différer sur tel ou tel point, mais, pour l'ensemble, les faits sont connus. Non seulement ils existent pour les historiens, mais ils existent pour chacun de nous consciemment ou inconsciemment, et c'est là que nous rencontrons cette mémoire collective faite de leur présence latente en nous.Aucun homme ne vit sans souvenir et aucun homme ne peut vraiment vivre sans les souvenirs de l'histoire. Nous avons appris de l'histoire, nous l'avons oubliée ; mais elle reste là ; elle oriente nos jugements à chaque instant ; elle forme notre identité ; elle préside à la naissance et à la prise de conscience de nos valeurs. Les Grecs avaient conscience de ce que certaines institutions et certaines histoires instruisent les peuples. Il n'est pas de petit Français pour qui le fait d'avoir vu en réalité ou en image le château de Versailles ou la cour du Louvre n'ait laissé quelque vague impression de ce que fut un certain Grand Siècle. Il n'est pas un protestant au monde qui n'aille et qui vienne sans avoir en lui-même la vague conscience de ce que fut le temps des persécutions, de ce que représente l'Edit de Nantes et sa révocation. Ceux qui ont traversé une guerre ou plusieurs guerres sentent, plus ou moins consciemment, à chaque minute, le poids des souvenirs qui rappellent, tout ensemble, des souffrances, des espérances, des deuils et une délivrance. Récemment encore, cette masse de souvenirs transmise par les historiens, et présente dans les faits, dans les noms propres, dans les monuments, était surtout nationale. Beaucoup de noms de villes sonnent d'un pays à l'autre comme des défaites ou des victoires ; aujourd'hui, les rapports sont devenus plus larges et les souvenirs de l'histoire dépassent le cadre national. On peut s'en féliciter, car ils prendront une valeur plus largement humaine. Tous les lieux en réalité sont des lieux de mémoire. Il appartient seulement à la recherche historique d'éviter les contresens et les souvenirs injustes.Mais quelle sorte de mémoire devons-nous garder ? A la fin d'une guerre civile particulièrement cruelle, les démocrates athéniens sont rentrés dans la ville, ont rétabli le régime qui leur était cher et, pour préserver l'avenir d'Athènes, ont imposé un serment par lequel chacun s'engageait à ne pas «rappeler» les maux passés. Cette mémoire rancunière devait être punie de mort. Et il est vrai qu'il n'est pas bon d'entretenir les rancunes. Mais il est évident qu'ils n'entendaient pas par là qu'il faille vivre avec la légèreté inconsciente qui ne connaît ni racine ni point de repère. Ils écartaient les procès d'ordre privé, ils n'écartaient pas la mémoire de ces événements du passé ; car les textes de l'époque sont pleins de la fierté et de l'allant que leur inspiraient la liberté reconquise et la concorde instaurée. Il nous appartient, de même, de faire que la mémoire collective retienne moins l'amertume que l'esprit vivace qui a permis à certains d'en triompher. Ainsi peut-on espérer que l'on arrivera peut-être, un jour, à éviter la répétition des mêmes horreurs et à ne point tomber aussi bas.Il ne s'agit pas des leçons de l'histoire : il s'agit d'une formation par l'histoire et d'une formation ouverte vers un mieux.J'ai dit combien il fallait se battre contre les mensonges qui menacent la mémoire individuelle et le genre historique en général. Pourtant, quand j'en viens aux leçons de cette mémoire collective, je veux faire appel à une aide qui n'est pas exempte de mensonges et qui, au contraire, s'en réclame ouvertement, mais qui est précieuse : la littérature. Pour la conscience collective, s'il ne s'agit pas d'événements tout récents et directement éprouvés, notre connaissance se communique plus aisément par les textes ou les œuvres d'art : leur présence y prend plus de relief. Certains connaissent probablement plus vivement les guerres de Napoléon à travers les romans de Stendhal qu'à travers les manuels d'histoire. Même les mensonges de Saint-Simon vous donnent plus accès à la cour de Louis XIV que les exposés scolaires ; et les souvenirs de la Shoah ont été rendus plus présents par les livres de Primo Levi ou par des films, reconstitués plusieurs années après, que par les documents, même les plus convaincants. Naturellement, quand les deux se rencontrent c'est l'idéal ; Thucydide, comme de nombreux auteurs anciens, a été aussi un écrivain : aujourd'hui où la science doit donner ses références et étaler ses preuves, elle a davantage besoin de cette collaboratrice un peu suspecte, mais brillante et efficace. Je voudrais voir l'histoire étroitement alliée à la littérature, afin que soit préservée et rendue vivante et active cette mémoire collective, sans laquelle nos désirs demeurent inconsistants et nos vies cruellement plates.
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Choisissez un auteur 1- ALAIN-FOURNIER Henri Fournier (dit) 2- ARTAUD Antonin 3- BALZAC (DE) Honoré 4- BARJAVEL René 5- BAUCHAU Henry 6- BAUDELAIRE Charles 7- BEAUVOIR (DE) Simone 8- BERNHARD Thomas 9- BORGES Jorge Luis 10- BUTEN Howard 11- CAMUS Albert 12- CEZANNE Paul 13- CLAUS Hugo 14- COLETTE Gabrielle-Sidonie (dite) 15- DALI Salvador 16- DARD Frédéric 17- DE COSTER Charles 18- DESCARTES René 19- DIDEROT Denis 20- DURAS Marguerite 21- EEKHOUD Georges 22- ELUARD Paul 23- ENSOR James 24- FLAUBERT Gustave 25- GARY Romain 26- GAUGUIN Paul 27- HEMINGWAY Ernest 28- IONESCO Eugène 29- JARRY Alfred 30- KADARE Ismaïl 31- KEMAL Yachar 32- KOUROUMA Ahmadou 33- LA BRUYERE (DE) Jean 34- LA FONTAINE Jean (de) 35- LAUTREAMONT Isidore Ducasse, dit 36- LEMONNIER Camille 37- LEVI Primo 38- LOBO ANTUNES António 39- LODGE David 40- MAALOUF Amin 41- MAETERLINCK Maurice 42- MAGRITTE René 43- MAHFOUZ Naguib 44- MALLARME Stéphane 45- MALRAUX André 46- MENDOZA Eduardo 47- MERTENS Pierre 48- MOLIERE Jean-Baptiste Poquelin (dit) 49- MONTAIGNE Michel Eyquem, dit de 50- MUSSET Alfred de 51- NOTHOMB Amélie 52- ORWELL George 53- PAGNOL Marcel 54- PENNAC Daniel 55- POE Edgar Allan 56- PREVERT Jacques 57- PROUST Marcel 58- RABELAIS François 59- RACINE Jean 60- RENARD Jules 61- RIMBAUD Arthur 62- RODENBACH Georges 63- ROUSSEAU Jean-Jacques 64- SAINT-EXUPERY (DE) Antoine 65- SAND George 66- SARAMAGO José 67- SARTRE Jean-Paul 68- SCHUHL Jean-Jacques 69- SEVIGNE(DE) Marie de Rabutin-Chantal 70- SHELLEY Mary 71- SIMENON Georges 72- STEINBECK John 73- TOURNIER Michel 74- VAN CAUWELAERT Didier 75- VAN GOGH Vincent 76- VARGAS LLOSA Mario 77- VERLAINE Paul 78- VIAN Boris 79- VILLON François 80- VOLTAIRE François-Marie Arouet (dit) 81- WERBER Bernard 82- WILDE Oscar 83- YOURCENAR Marguerite 84- ZOLA Emile
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HEMINGWAY Ernest
Américain - 20° siècle
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Biographie
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1898-1961Les guerres, la boxe, la corrida, la chasse, la pêche au gros et ...l'alcool: la vie d'E. Hemingway fut une cohabitation risquée avec la mort qu'il a finalement décidé de se donner en juillet 61. Cette fascination pour le danger est au coeur de ses oeuvres.Né à Oak Park dans un milieu bourgeois, artistique et protestant, il refuse la carrière médicale que son père a choisie. Il devient alors reporter au Kansas City Star et il y apprend les bases du style journalistique qu'il n'oubliera pas. Chauffeur volontaire d'une ambulance de la Croix-Rouge, il traverse Paris en mai 1918 et est blessé à Milan. C'est dans un hôpital de cette ville qu'il tombe amoureux d'une infirmière mais l'aventure se termine dans l'amertume: L'Adieu aux Armes et Une très courte histoire évoquent cette partie de sa vie.En 1921, il s'installe à Paris et reste correspondant pour le Torronto Star. Il fait son apprentissage littéraire en Europe, auprès d' E. Pound, Joyce, Fitzgerald et Picasso. Cinq ans plus tard, il rentre aux Etats-Unis et connaît son premier succès avec Le soleil se lève aussi.A partir des années 30, de nouveaux thèmes apparaissent dans son oeuvre: l'échec moral, le talent trahi, la hantise de la corruption... Il s'engage pendant la guerre civile espagnole comme défenseur de la cause républicaine. Il y puise aussi le matériau de Pour qui sonne le glas.Installé à Cuba, il devient "Papa Hemingway" et s'introduit dans le monde de l'espionnage chez les Espagnols néo-nazis. Reporter de juin à décembre 1944, il accompagne les armées alliées en Europe et parachève son image de héros au destin tragique. Usé par les accidents et l'alcool, il préfère la mort à la déchéance physique et littéraire.Hemingway a apporté à la littérature du 20e siècle une écriture elliptique, la technique du non-dit, la recherche du trait révélateur, le culte du "mot juste", la notation précise des comportements et des sensations. Ce style nouveau sert des thèmes originaux, comme la victoire dans la défaite, l'initiation cruelle de l'adolescence, l'expérience affective et intellectuelle, transcendée par l'écriture, "sans trucage ni tricherie". Et la lutte contre le destin dont il ressort que l'homme n'est jamais vainqueur:"Je m'étais souvent senti seul avec bien des femmes, et c'est ainsi qu'on se sent le plus seul; mais, nous deux, nous ne nous sentions jamais seuls, et nous n'avions jamais peur quand nous étions ensemble. Je sais que la nuit n'est pas semblable au jour, que les choses y sont différentes, que les choses de la nuit ne peuvent s'expliquer à la lumière du jour parce qu'elles n'existent plus alors; et la nuit peut être effroyable pour les gens seuls, dès qu'ils ont pris conscience de leur solitude; mais, avec Catherine, il n'y avait pour ainsi dire aucune différence entre le jour et la nuit, sinon que les nuits étaient encore meilleures que les jours. Quand les individus affrontent le monde avec tant de courage, le monde ne peut les briser qu'en les tuant. Et naturellement il les tue. Le monde brise les individus, et chez beaucoup, il se forme un cal à l'endroit de la fracture; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. Si vous n'êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y mettra le temps." L'Adieu aux armes, Hemingway
Oeuvres
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Liste des oeuvres Le soleil se lève aussi (1926) Les neiges du Kilimandjaro (1927) L'Adieu aux armes (1929) Les vertes collines d'Afrique (1932-35) Mort dans l'après-midi (1932-35) Pour qui sonne le glas (1940) Au-delà du fleuve et sous les arbres (1949) Le vieil homme et la mer (1952) Iles à la dérive (posth. 1971) Paris est une fête (posth. 1964) Le Jardin d'Eden (posth. 1989)
Suggestions
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Le site Un siècle d'Ecrivains offre une documentation complète sur Hemingway avec des articles de son époque. The Hemingway Resource Center répertorie les meilleurs sites en anglais. Quelques extraits du Vieil homme et la Mer (Académie de Strasbourg) et des articles, parus à l'occasion de son centenaire, pour une approche de l'homme, derrière la légende. On peut suggérer d'intégrer des extraits de l'oeuvre à un groupement de textes sur l'héroisme (voir le site Philagora et la partie consacrée à ce thème dans la littérature du 19e siècle).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 9/2/00
FLAUBERT Gustave
français - 19° siècle
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Biographie
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1821-1880Flaubert naît à Rouen où son père est chirurgien en chef à l'Hôpital-Dieu. Son existence est presque sans histoire. Ses récits de jeunesse révèlent une vocation précoce et un tempérament passionné. Atteint d'une maladie épileptiforme en 1843, il doit abandonner ses études de Droit. Il décide alors de se consacrer à la littérature et s'installe dans sa propriété du Croisset. Sa liaison avec "la Muse", Louise Colet, et quelques voyages en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Italie viendront seuls interrompre son prodigieux travail dont il règle l'exécution avec méthode.Dès le début de son adolescence, l'absurdité de la Création apparaît à Flaubert comme une vérité. Il n'y a pas de Dieu, pas de principe sur lequel on puisse établir quelque chose de solide: les ambitions de l'homme sont vaines et dérisoires. Pour supporter cette vie, il a trouvé un travail qu'il aime et auquel il s'applique avec obstination. Il assemble et polit les pièces de ses romans, comme un ébéniste minutieux. C'est dans l'antiquité païenne et dans l'Orient musulman qu'il découvre les civilisations les plus lucides, les moins hypocrites. Il accuse le christianisme d'avoir mutilé l'homme, en condamnant la joie et le plaisir, en prônant la chasteté et le sentimentalisme humanitaire. Ses romans contiennent tous une condamnation de son temps: ils décrivent des êtres médiocres et des vies manquées. Mais il est aussi le contestataire de notre ordre moral et de notre siècle. Car plus que tout, c'est la bêtise intemporelle qu'il a traquée et fustigée.« Dans quelle fange morale ! dans quel abîme de bêtise l'époque patauge ! Il me semble que l'idiotisme de l'humanité arrive à son paroxysme. Le genre humain, comme un tériaki saoûl d'opium, hoche la tête en ricanant, et se frappe le ventre, les yeux fixés par terre. Ah ! je hurlerai à quelque jour une vérité si vieille qu'elle scandalisera comme une monstruosité. Il y a des jours où la main me démange d'écrire cette préface des Idées reçues. » A Louise Colet. 20 avril 1853.
Oeuvres
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Liste des oeuvres Smarh (1839) Souvenirs, Notes... (1841) (Première) Education Sentimentale (1845) Madame Bovary (1857) Salammbo (1863) L'Education Sentimentale (1869) La Tentation de Saint-Antoine (1874) Trois Contes (1877) Correspondance (1880) Bouvard et Pécuchet (1880)
Oeuvres sur le Web
http://home.worldnet.fr/~zowie/flaubert/Gustave%20Flaubert/bibliographie.htm
Suggestions
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Le site de Guinot permet d'aborder l'écrivain, sa vie, son oeuvre de façon classique mais complète; il met en ligne des textes d'écrivains qui s'expriment sur Flaubert: une documentation très riche. Un autre site personnel (Dorothée) présente les adaptations à l'écran et au théâtre de l'oeuvre. On trouvera la plupart des romans numérisés (ABU) et de bons commentaires (Feuillets littéraires).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 7/4/00
FLAUBERT Gustave
français - 19° siècle
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Biographie
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1821-1880Flaubert naît à Rouen où son père est chirurgien en chef à l'Hôpital-Dieu. Son existence est presque sans histoire. Ses récits de jeunesse révèlent une vocation précoce et un tempérament passionné. Atteint d'une maladie épileptiforme en 1843, il doit abandonner ses études de Droit. Il décide alors de se consacrer à la littérature et s'installe dans sa propriété du Croisset. Sa liaison avec "la Muse", Louise Colet, et quelques voyages en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Italie viendront seuls interrompre son prodigieux travail dont il règle l'exécution avec méthode.Dès le début de son adolescence, l'absurdité de la Création apparaît à Flaubert comme une vérité. Il n'y a pas de Dieu, pas de principe sur lequel on puisse établir quelque chose de solide: les ambitions de l'homme sont vaines et dérisoires. Pour supporter cette vie, il a trouvé un travail qu'il aime et auquel il s'applique avec obstination. Il assemble et polit les pièces de ses romans, comme un ébéniste minutieux. C'est dans l'antiquité païenne et dans l'Orient musulman qu'il découvre les civilisations les plus lucides, les moins hypocrites. Il accuse le christianisme d'avoir mutilé l'homme, en condamnant la joie et le plaisir, en prônant la chasteté et le sentimentalisme humanitaire. Ses romans contiennent tous une condamnation de son temps: ils décrivent des êtres médiocres et des vies manquées. Mais il est aussi le contestataire de notre ordre moral et de notre siècle. Car plus que tout, c'est la bêtise intemporelle qu'il a traquée et fustigée.« Dans quelle fange morale ! dans quel abîme de bêtise l'époque patauge ! Il me semble que l'idiotisme de l'humanité arrive à son paroxysme. Le genre humain, comme un tériaki saoûl d'opium, hoche la tête en ricanant, et se frappe le ventre, les yeux fixés par terre. Ah ! je hurlerai à quelque jour une vérité si vieille qu'elle scandalisera comme une monstruosité. Il y a des jours où la main me démange d'écrire cette préface des Idées reçues. » A Louise Colet. 20 avril 1853.
Oeuvres
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Liste des oeuvres Smarh (1839) Souvenirs, Notes... (1841) (Première) Education Sentimentale (1845) Madame Bovary (1857) Salammbo (1863) L'Education Sentimentale (1869) La Tentation de Saint-Antoine (1874) Trois Contes (1877) Correspondance (1880) Bouvard et Pécuchet (1880)
Oeuvres sur le Web
http://home.worldnet.fr/~zowie/flaubert/Gustave%20Flaubert/bibliographie.htm
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Le site de Guinot permet d'aborder l'écrivain, sa vie, son oeuvre de façon classique mais complète; il met en ligne des textes d'écrivains qui s'expriment sur Flaubert: une documentation très riche. Un autre site personnel (Dorothée) présente les adaptations à l'écran et au théâtre de l'oeuvre. On trouvera la plupart des romans numérisés (ABU) et de bons commentaires (Feuillets littéraires).
Fiche de
D. Auvertus - Professeur - 7/4/00
FLAUBERT Gustave , LETTRESab
À GUY DE MAUPASSANT.
Croisset, 2 janvier 1880. Que 1880 vous soit léger, mon très aimé disciple. Avant tout, plus de battements de coeur, santé à la chère maman ; un bon sujet de drame qui soit bien écrit et vous rapporte cent mille francs. Les souhaits relatifs aux organes génitaux ne viennent qu'en dernier lieu, la nature y pourvoyant d'elle-même. Ah ! çà, vous allez donc publier un volume ! Un volume de vers, bien entendu ? Mais d'après votre lettre le conte rouennais en fait partie. Et puis vous dites nos épreuves. Qui cela, nous ? J'ai grande envie de voir l'élucubration antipatriotique. Il faudrait qu'elle fût bien forte pour me révolter. Dans une quinzaine j'espère avoir fini mon chapitre (l'avant-dernier) !!! Tâchez de venir dans trois semaines. Je vous embrasse.
***
À EDMOND DE GONCOURT.
2 janvier [1880.] Mon cher Ami, Dites à M. Laffitte que je me mets à ses genoux pour le supplier de me laisser maintenant tranquille avec mon roman. Si on veut que je ne le finisse pas, c'est de m'en parler. Chacun a ses faiblesses, et celle-là chez moi est excessive. Une réclame dans le Voltaire, inventée par je ne sais qui, m'a gêné durant trois jours. (Est-ce Charpentier qui en est l'auteur ?) En tout cas, j'en veux au c... inconnu qui livre au public les initiales de mes deux bonshommes et qui soutient que j'ai prôné Rochefort ! par devant LL. MM. Impériales, ce qui eût été d'un joli goût ! Oh ! le reportage ! quelle m... ! Pour en revenir à Laffitte, dites-lui que mon bouquin ne peut être livrable avant un an. Il me faut encore cinq mois pour avoir fini le premier volume, le second m'en demandera bien six. Cela nous remet à l'automne prochain. Alors on s'abouchera. Et puis, le susdit roman est en quelque sorte (et jusqu'à nouvel ordre) promis à Mme Adam. Cependant il n'y a rien de conclu. Telle est la vérité. Quand paraît votre livre ? Ce que j'en connais m'allèche. Il me semble que c'est bien dans votre tempérament. Allons, mon bon vieux, que 1880 vous soit léger ! Santé, lauriers et monacos, voilà ce que je vous souhaite ; et je vous embrasse.
***
À SA NIÈCE CAROLINE.
[Croisset], dimanche soir [11 janvier 1880]. Je vais donc te voir, bientôt, ma pauvre fille, jeudi ou vendredi, n'est-ce pas ? J'espère que, pendant les "courts moments que tu me consacreras", tu n'auras pas d'occasions t'empêchant d'être longuement avec Vieux. Je t'aurais écrit avant-hier soir, sans la venue de ton époux. Mon chapitre est fini. Je l'ai recopié hier et j'ai écrit pendant dix heures ! Aujourd'hui je le re-recorrige, et je le re-recopie. À chaque nouvelle lecture, j'y découvre des fautes ! Il faut que ce soit parfait. C'est la seule manière de faire passer le fond. Ta dernière lettre est bien gentille, pauvre chat, et je t'en remercie. Ton voyage tombe on ne peut mieux, avant de commencer mon dernier chapitre. Mais si tu veux te faire mieux voir, apporte-moi : 1° Deux paquets de tabac, 2° De la poudre de gingembre et du Kermen, pour le cari à l'indienne, objets qui se trouvent (bien que dise M. Commanville) sur la place de la Madeleine, à côté d'un marchand d'oiseaux, quand on a le dos tourné au marché. Cuvellier doit aussi les vendre, ou Guyot ?... Adieu, à bientôt. Le Préhistorique te donnera de bons baisers de Nounou. Je ne suis pas sûr du nom, mais c'est quelque chose d'approchant.
***
À MADAME TENNANT.
Mardi soir, 13 janvier 1880. Ne soyez pas triste, ma chère Gertrude. Songez que vous en avez encore d'autres qui ont besoin de vous ! et qui en auront toujours besoin. Votre lettre m'a été au coeur, ma vieille amie. Comme je voudrais vous voir souvent et très longtemps, seul à seul ! Nous avons tant de choses à nous dire, n'est-ce pas ? Je souhaite à Éveline tout le bonheur que méritent son gentil caractère et son extraordinaire beauté. Un poète pour mari ? Diable ! une bourgeoise n'aurait pas fait cela et je ne vous en aime que davantage, si c'est possible. être poète, jeune, riche et épouser celle qu'on aime ! Il n'y a rien au-dessus de ça ! et j'envie votre gendre, en faisant un retour sur mon existence si aride et si solitaire. Le voyage de Rome est remis ; très bien. Mais celui de Paris ? Non, n'est-ce pas ? J'espère vous voir au printemps. Je suis content que Daudet vous ait plu. L'homme, comme le talent, est plein de séduction, un pur tempérament méridional. De son côté il m'a écrit une lettre enthousiaste à votre endroit. J'ai peur que vous ne soyez retournées en Angleterre, aussi je vous y adresse ma lettre. Un petit mot de temps à autre, n'est-ce pas ? Mille vraies tendresses.
***
À MADAME GEORGES CHARPENTIER.
Mardi, 13 [janvier 1880]. Chère madame Marguerite, Votre aimable billet de jour de l'an s'est beaucoup promené avant de me parvenir, la poste n'ayant pu lire l'adresse, qui me semble lisible cependant. C'est moi qui aurais dû vous écrire le premier ! L'excuse à ma goujaterie est que je suis éreinté, écrasé jusque dans les moelles. Il y a des moments où j'ai peine à lever une plume – et tout cela pour qui ? pour la "Maison Charpentier" ! Aujourd'hui seulement j'ai fini mon avant-dernier chapitre ! et lundi prochain je me mets au dernier, qui me demandera encore trois ou quatre mois. Maintenant autre guitare : je demande à votre mari comme un service personnel de publier maintenant, c'est-à-dire avant le mois d'avril, le volume de vers de Guy de Maupassant, parce que cela peut servir au susdit jeune homme pour faire recevoir aux Français une petite pièce de lui. J'insiste. Ledit Maupassant a beaucoup, mais beaucoup de talent ! C'est moi qui vous l'affirme et je crois m'y connaître. Ses vers ne sont pas ennuyeux, premier point pour le public ; et il est poète, sans étoiles, ni petits oiseaux. Bref, c'est mon disciple et je l'aime comme un fils. Si votre légitime ne cède pas à toutes ces raisons-là, je lui en garderai rancune, cela est certain. De plus, le même Charpentier me doit des excuses pour ne m'avoir point transmis le splendide article de Zola sur l'Éducation sentimentale. Sans un ami (de Rouen) qui me l'a envoyé, j'eusse été privé de cet encens. Embrassez vos mioches pour moi, me permettant de commencer par leur mère, licence qu'autorise le grand âge de votre tout dévoué et affectionné. Quand aurons-nous un petit éditeur ?
***
À GUY DE MAUPASSANT.
[Croisset, 13 janvier 1880]. Mon cher Guy, Je viens d'écrire non à Charpentier, mais à son épouse pour qu'elle lui demande de ma part et comme un service personnel de publier tout de suite votre volume. J'insiste sur les raisons, fais votre éloge et lui dis que, s'il n'exécute mes désirs, je me fâche. Ma lettre vous servira-t-elle ? Problème. La Revue Moderne m'a envoyé votre "Mur". Pourquoi l'ont-ils à moitié démoli ? La note de la rédaction qui vous fait mon parent est bien jolie. Du reste, cette revue me paraît gigantesque ! Sarah Bernhardt comparée à Frédérick Lemaître et à George Sand ! Et dans l'article sur l'Odéon : après la Ligue, la Renaissance !!! Si ce sont là les "jeunes", je redemande Baour-Lormian. Quant à votre "Mur", plein de vers splendides, il y a des disparates de ton. Ainsi le mot bagatelle vous verse une douche glacée. L'effet comique arrive trop tôt. Mais admettons que je n'aie rien dit ; il faut voir l'ensemble. Que vous avez raison quant aux visites !!! Quelle scie ! Mais les gens du monde sont sans pitié, mon bon. Ah ! N... de D... ! J'oubliais une chose grave. À qui s'adresser dans votre établissement pour carotter le marbre devant servir à Guillaume, qui va faire le buste de Bouilhet ? La chose presse, car les travaux de maçonnerie vont être mis en adjudication et Sauvageot, l'architecte de la ville, me prie de me hâter.
***
À FRANCOIS COPPÉE.
Entièrement inédite en 1930. Croisset, par Déville (Seine-Inférieure). Mercredi, 14 janvier 1880. Merci de votre cadeau, mon cher Coppée. (On ne me l'a envoyé de Paris qu'il y a trois jours.) J'imagine que vous êtes fatigué des mots faits sur le Trésor. C'en est un : "Ceux-là (les vers) ne sont pas de faux diamants", mais l'appréciation est juste, bien que le langage soit banal. Comme vous maniez avec dignité les choses familières ! – Quel prix vous donnez aux moindres objets ! Les poètes ont toujours raison... et il n'y a que le style – quoi qu'on dise. Quand donc MM. les comédiens joueront-ils de vous une oeuvre de longue haleine ! Mais vous devez être content du succès matériel. Ça a réussi n'est-ce pas ? Vous me verrez au printemps quand j'aurai fini mon affreux bouquin, et alors on taillera une soignée bavette. Il me semble que nous avons besoin de nous voir. En attendant ce plaisir-là remerci et je vous embrasse. Votre. Vous me confondez avec vos dédicaces olympiques Chatouillant de mon coeur l'orgueilleuse faiblesse.
***
À GUSTAVE TOUDOUZE.
Croisset, 21 janvier 1880. Mercredi soir. J'ai passé toute l'après-midi à vous lire, mon cher ami, et je vous crie bien haut bravo ! sans restriction aucune. Jules de Goncourt m'appelait "un gros sensible". Ce qu'il y a de sûr, c'est que j'ai eu souvent les yeux mouillés. Une fois même, il a fallu prendre son mouchoir ! Votre roman déborde de sensibilité ou plutôt de sentiment, ce qui vaut mieux ; et pas de mièvrerie, pas de grimace. Cela est sain et bon, et habile, car l'intérêt ne se ralentit pas une minute. J'ai dévoré vos 370 pages ! L'émotion m'a empoigné au dîner du médecin, quand il rentre chez lui, et elle n'a cessé. Mais vous avez du TALENT, mon camarade ! Aucun mot ne m'a choqué ; rien de vulgaire. Ce livre-là doit vous faire adorer des femmes, et apprécier, applaudir par les artistes. On voit que vous aimez votre mère, c'est senti. Gardez-la le plus longtemps que vous pourrez. Je vous envie ! Je n'aime pas beaucoup la mort de Fourgerin, qui ne meurt qu'après avoir fait sa recommandation à Gaston. Cela est un peu voulu. C'est la seule tache que j'aperçoive. L'épilogue est fort beau, le retour de tendresse de Mme Lambelle pour sa bru. Dans la vieille Claudine, il y a des naïvetés adorables. Enfin le problème est résolu : moral et pas c... ! Encore une fois, mon cher ami, toutes mes félicitations bien sincères, et à vous ex imo.
***
À GUY DE MAUPASSANT.
[Croisset, 22 ou 23 janvier 1880]. Mon chéri, Le titre est bon ! "Des vers, par G. de M***". Gardez-le... Je doute que ma lettre à Mme Charpentier vous serve à quelque chose. Elle a dû lui parvenir le jour même de son accouchement, et son époux était alité, détail que j'ai su par Mme Régnier. Mais c'est samedi que paraît le commencement du Château des Coeurs. Après quoi j'écrirai audit Charpentier lui-même et lui reparlerai de vous. Mais allez souvent dans sa boutique ! Assommez-le ! Importunez-le ! fatiguez-le ! C'est là la seule méthode. À force d'embêter les gens, ils cèdent. Je compte sur vous pendant les jours gras, c'est-à-dire dans une quinzaine. Arrangez-vous pour passer ici au moins un jour plein et prévenez-moi un peu d'avance. Maintenant, je prépare mon dernier chapitre : l'Éducation. Si je pouvais fouiller dans la bibliothèque de votre Ministère, j'y trouverais, j'en suis sûr, des trésors. Mais par où commencer les recherches ? Il me faudrait des choses caractéristiques comme programmes d'études et comme MÉTHODES. Je veux montrer que l'éducation, quelle qu'elle soit, ne signifie pas grand'chose, et que la nature fait tout ou presque tout. Avez-vous un catalogue de votre bibliothèque ? Parcourez-le et voyez ce qui peut me servir. Si je vous lisais mon plan, vous verriez ce qui me conviendrait. Il sera fait dans une quinzaine. Tenez-moi au courant de ce qui vous concerne chez Charpentier et pensez à moi. Je vous embrasse tendrement.
***
À SA NIÈCE CAROLINE.
Croisset, nuit de vendredi 2 heures [23-24 janvier 1880]. Ma pauvre fille, Par une lettre que ton mari a reçue tantôt, je sais que tu vas bien, et que ton retour s'est effectué solitairement. Ne manque pas de fortement plaisanter Lapierre, qui a préféré à ta compagnie celle des notables de Rouen, comme si tout Rouen t'allait à la cheville ! ce qui est cependant te placer très bas. De mon côté, je t'assure que je lui ferai une scie qui l'embêtera. Explication : c'est qu'il avait quelque intérêt pécuniaire à être avec ces messieurs. Ernest et moi, nous faisons très bon ménage. Voilà deux soirs que nous jacassons jusqu'à près de 11 heures du soir ! Hier, il m'a beaucoup parlé de son affaire. Sa persistance est vraiment touchante. Il finira par réussir à force d'entêtement ! Ne prends aucune mesure avant quelque temps, il a besoin maintenant de toutes ses facultés ! Je pioche le plan de mon chapitre X et dernier, lequel se développe dans des proportions effrayantes. L'"éducation" n'est pas un petit sujet ! ! ! Et il se pourrait bien, par conséquent, que je ne sois pas prêt à quitter Croisset avant la fin d'avril ou le milieu de mai. Mais je ne veux pas me demander quand j'aurai fini. J'avais gardé de l’Éducation des filles de Fénelon un bon souvenir, mais je change d'avis : c'est d'un bourgeois à faire vomir ! Je relis tout l’Émile de Rousseau. Il y a bien des bêtises ; mais comme c'était fort pour le temps, et original ! ça me sert beaucoup. Tu recevras le Château des Coeurs demain. Nous verrons l'effet que ça fera... Les lettres adressées à ton mari ne sont pas pour moi. Donc, ma chérie, pense un peu au Préhistorique qui t'embrasse. Comme ç'a été gentil les trois jours passés ensemble, n'est-ce pas, pauvre loulou ? N. B. – Et mes livres sur l'"Éducation" ?
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À MADAME ROGER DES GENETTES.
Croisset [25 janvier 1880]. Je crois que vous errez, ma chère amie, et que je vous avais écrit vers le jour de l'an. Ce qu'il y a de sûr, c'est que j'attendais de vos nouvelles, un peu anxieusement. Du reste il ne faut pas m'en vouloir si je suis en faute. Songez que j'ai en moyenne trois ou quatre lettres à écrire par jour, et deux à trois volumes à lire par semaine. Sans compter ce qu'il faut que je lise pour mon travail. Si bien que, maintenant, je suis débordé ; mes yeux ne suffisent plus à ma besogne, ni le temps non plus. Je suis obligé de répondre aux jeunes gens qui m'envoient leurs oeuvres que maintenant je ne puis plus m'occuper d'eux, et je me fais (bien entendu) autant d'ennemis. Savez-vous à combien se montent les volumes qu'il m'a fallu absorber pour mes deux bonshommes ? à plus de 1500 ! Mon dossier de notes a huit pouces de hauteur. Et tout cela ou rien, c'est la même chose. Mais cette surabondance de documents m'a permis de n'être pas pédant ; de cela, j'en suis sûr. Enfin je commence mon dernier chapitre ! Quand il sera fini (à la fin d'avril ou de mai), j'irai à Paris pour le second volume qui ne me demandera pas plus de six mois. Il est fait aux trois quarts et ne sera presque composé que de citations. Après quoi, je reposerai ma pauvre cervelle qui n'en peut plus. Lisez donc la Paix et la Guerre de Tolstoï, trois énormes volumes, chez Hachette. C'est un roman de premier ordre, bien que le dernier volume soit raté. Je n'ai pas souffert du froid, mais j'ai brûlé dix-huit cordes de bois, sans compter un sac de coke par jour. J'ai passé deux mois et demi absolument seul, pareil à l'ours des cavernes, et en somme parfaitement bien, bien que ne voyant personne ; je n'entendais pas dire de bêtises ! L'insupportabilité de la sottise humaine est devenue chez moi une maladie, et le mot est faible. Presque tous les humains ont le don de m'exaspérer et je ne respire librement que dans le désert. Les querelles de bonapartistes sont pourtant divertissantes. Les collèges de filles de Camille Sée ne me semblent pas plus drôles que les couvents, après tout, et la question du divorce me tanne prodigieusement. J'aime la solution de Robin : "Oui, les gens mariés doivent vivre éternellement ensemble pour être punis de la bêtise qu'ils ont faite en s'épousant." Cela est inique, mais folichon. Le Château des Coeurs a commencé à paraître dans le numéro d'hier.
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À GEORGES CHARPENTIER.
Dimanche 24 [sic, pour 25] janvier 1880. Mon cher Ami, La Renommée aux cent bouches m'a appris que Mme Charpentier était accouchée et que, le jour même où le ciel vous octroyait un héritier, vous étiez alité. Donc, comment se portent la mère, l'enfant et le papa ? 2° Pour vous fléchir, j'avais bassement écrit à Mme Charpentier. Mon épître a dû lui arriver le jour précisément où elle enfantait. Donc, ma lettre est probablement perdue. Elle avait pour but de vous recommander la publication, aussi prompte que possible, des Vers de Maupassant. Faites cela, et vous m'obligerez infiniment. C'est un SERVICE que je vous demande, et la publication ne vous déshonorera pas. 3° La Féerie a bonne mine et, ainsi publiée, elle me plaît. Nous causerons de la question pécuniaire quand tout sera paru. Mais (il y a toujours un mais), d'ici là, mon bon, vous seriez bien aimable de m'envoyer ce qui me revient de l’Éducation sentimentale (votre dernier paiement était pour un tirage de Salammbô). Franchement, et sans blague aucune, un peu de monnaie me serait agréable pour le quart d'heure. Je commence le plan de mon dernier chapitre. Quand sera-t-il fini ? Dieu le sait ! Peut-être pas avant la fin d'avril, ou le milieu de mai. Dès qu'il fera moins hideux, au commencement de mars, je suppose, je m'attends à votre visite, en compagnie de Zola, Goncourt et Alph. Daudet. Vous apparaîtrez avec les violettes et nous nous livrerons à un petit balthazar rustique. D'ici là, je vous embrasse. Vôtre.
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À GUY DE MAUPASSANT.
Dimanche [25 janvier 1880]. J'attends le modèle d'une pétition à M. Turquet. Je viens d'écrire à Charpentier pour votre volume de vers. Il aura ma re-lettre en même temps que vous aurez ce billet. Avez-vous trouvé quelque monument pour moi dans votre boutique ? Puis-je, aux jours gras, compter sur votre Excellence ? Adieu, mon chéri, je vous embrasse.
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À SA NIÈCE CAROLINE.
Croisset, mardi, 2 heures [27 janvier 1880]. Mon loulou, Mon indignation n'a pas de bornes ! et j'ai envie de t'accabler d'injures ! Si la première du Nabab est pour jeudi prochain, comment veux-tu maintenant avoir des places ? La répétition générale commencera demain, à 1 heure. Le service sera déjà fait s'il ne l'est. J'aime à croire que la première n'aura lieu que samedi. Alors tu auras la chance d'avoir des places. Tu as vu par toi-même, quand je montais les premières de Bouilhet, que l'auteur d'une pièce manque toujours de places, bien qu'il en achète de sa poche ! et que, la veille d'une première, tout le monde perd la boule ; on ne lit même plus les lettres. Crois-tu que Daudet va avoir le temps de te répondre et de s'occuper de toi ? Sans compter que les billets de spectacle mis sous enveloppe et envoyés par la poste sont presque toujours volés. N B. – Ne jamais, en ces cas-là, se servir de la poste. Bref, si tu veux assister à la première du Nabab, il faut aller toi-même ou envoyer un commissionnaire intelligent chez Daudet, et qu'il attende la réponse. Si Daudet ne t'en donne pas, re-envoie le commissionnaire chez Deslandes, et qu'il attende indéfiniment. Mais en y allant toi-même, tu as plus de chances de réussir. Tu vas trouver que c'est trop compliqué. Tu mettras à la poste des lettres qui ne seront même pas décachetées, et tu n'auras pas de places et tu te plaindras du sort ! Mon loulou n'est guère pratique ! Que n'as-tu écrit quelques jours d'avance à Mme Daudet : c'était là le bon moyen. Si j'étais de toi, je m'informerais de l'heure où finira la répétition générale et, munie des deux épîtres ci-incluses, j'irais moi-même au Vaudeville, en altière Vasti, pour parler à ces messieurs. Quant à la Vie Moderne, réclame-la, impudemment. Bergerat n'a pas compris. Au lieu d'envoyer les numéros à Paris, comme il faisait auparavant, il les envoie à Croisset. À la fin de sa préface, il y a un mot très aimable pour Mme Commanville. Bonne chance pour la première. Quant à moi, je suis content de n'y pas assister. Ces solennités-là sont hideuses ! On y voit trop crûment le plus vilain des sept péchés capitaux : l'Envie. L'Ours des Cavernes, Et pour toi Nounou.
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À SA NIÈCE CAROLINE.
[Croisset], dimanche, 4 heures [1er février 1880]. Primo : les choses du métier, ou plutôt : l'Art avant tout ! 1° L'éducation homicide de Laprade m'allèche (mon gamin, fils de forçat, veut tuer un autre enfant et torture les animaux). L'éducation libérale, moins. Cependant je serais bien aise de les avoir l'une et l'autre. Le livre de Robin sur la même matière m'a paru peu fort, et à celui de Spencer j'ai éprouvé la même désillusion. Néanmoins, je voudrais bien les relire. Arrange-toi pour que le P. Didon m'expédie ce qu'il a, le plus promptement possible, et remercie-le d'avance ! Oh ! si quelqu'un pouvait m'envoyer le livre de Spurzheim, sur l’éducation, ce quelqu'un serait un sauveur ! Rien de tout cela n'est à Rouen et ce gredin de Pouchet ne me répond pas. Je viens de lui re-écrire. Ce qui me fait enrager, maintenant que je voudrais ne pas perdre une minute, c'est le temps perdu à lire les romans des jeunes ! Trop d'hommages ! J'ai prié Charpentier de ne plus m'en envoyer ! J'en ai là quatre sur ma table, qui attendent leur tour. Je n'ai pas même eu le temps de remercier Popelin pour son Polyphile. Mais je vais tous les bâcler ; puis je n'en ouvre plus un seul. Sans compter qu'il faut répondre à ces messieurs. Voilà aujourd'hui quatre heures employées à cette besogne ! Je suis trop bonasse. Boule de Suif, le conte de mon disciple, dont j'ai lu ce matin les épreuves, est un chef-d'oeuvre ; je maintiens le mot, un chef-d'oeuvre de composition, de comique et d'observation, et je me demande pourquoi il a choqué Mme Brainne. J'en ai le vertige. Serait-elle bête ? Jolie conduite ! tu te trimbales dans "les coulisses". La mère Heuzey devait jubiler ! se figurer qu'elle était actrice ! ! ! Cette anecdote confirme ma théorie : les femmes sont plus braves que les hommes. Moi, je n'oserais jamais faire ce que vous avez fait, de peur d'être mis à la porte ! et on m'y mettrait ! Mais les dames ! Ah ! bien, oui ! Quel toupet ! et pas de migraine le lendemain ; c'est beau ! En résumé, mon pauvre chat, tu as eu raison. Et à l'impudence tu ajoutes le vol ! (vol de mon papier). Enfin tu prends le genre de Paris. Je t'approuve. Dans les âges préhistoriques, on n'était pas sévère pour la morale et, en fait de divorce, je crois que "la plus dégoûtante promiscuité, etc."... J'ai envie d'écrire les Mémoires du Vieillard de Cro-Magnon. Je suis content que tu ailles souvent chez le père Cloquet, que j'aime et respecte beaucoup pour lui-même, et à cause du passé. Gertrude m'a écrit pour me faire ses adieux et dans sa lettre il y avait un billet de Dolly. Admirable ! Elle me dit qu'elle m'a connu bien avant sa mère et dans une existence antérieure. Quelle drôle de young Lady ! c'est fou et plein de charme. Tâche que ton mari se repose. Il doit être éreinté. Maintenant je vais écrire encore une lettre à "un jeune", puis reprendre les Offices de Cicéron et rebûcher mon plan. Deux bécots de la Nounou. P.-S. – À quelque jour, je tuerai un pauvre ! Ernest t'expliquera pourquoi. Mais, immédiatement après son départ, j'ai trouvé un truc pour la sonnette. L'Ours des Cavernes.
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À GUY DE MAUPASSANT.
Croisset [1er février 1880]. Parlons d'abord de la Répétition, puis nous causerons de Boule de Suif. Eh bien, c'est très, très gentil ! Le rôle de René ferait la réputation d'un acteur, et c'est plein de bons vers, tels que le dernier de la page 53. Je ne vous signale pas les autres, étant trop pressé. La volte-face de l'amant et l'arrivée du mari sont dramatiques. C'est amusant, fin, de bonne compagnie, charmant. Envoyez donc un exemplaire de ce volume à la princesse Mathilde, avec votre carte fichée à la page de votre titre. Je voudrais bien voir jouer cela dans son salon ! Mais il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un chef-d'oeuvre. Oui !Jeune homme ! Ni plus, ni moins, cela est d'un maître. C'est bien original de conception, entièrement bien compris et d'un excellent style. Le paysage et les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref, je suis ravi ; deux ou trois fois j'ai ri tout haut (sic). Le scandale de Mme Brainne me donne le vertige ! Je rêve !... Je vous ai mis sur un petit morceau de papier mes remarques de pion. Tenez-en compte, je les crois bonnes. Ce petit conte restera, soyez-en sûr ! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois ! Pas un n'est raté. Cornudet est immense et vrai ! La religieuse couturée de petite vérole, parfaite, et le comte "ma chère enfant", et la fin ! La pauvre fille qui pleure pendant que l'autre chante la Marseillaise, sublime. J'ai envie de te bécoter pendant un quart d'heure ! Non ! vraiment, je suis content ! Je me suis amusé et j'admire. Eh bien, précisément parce que c'est raide de fond et embêtant pour les bourgeois, j'enlèverais deux choses, qui ne sont pas mauvaises du tout, mais qui peuvent faire crier les imbéciles, parce qu'elles ont l'air de dire : "Moi je m'en f..." : 1° dans quelles frises, etc. ce jeune homme jette de la fange à nos armes ; et 2° le mot tetons. Après quoi le goût le plus bégueule n'aurait rien à vous reprocher. Elle est charmante, votre fille ! Si vous pouviez atténuer son ventre au commencement, vous me feriez plaisir. Excusez-moi près d'Hennique ! Vraiment je suis accablé par mes lectures, et mes pauvres yeux n'en peuvent plus. J'ai encore une douzaine d'ouvrages à lire avant de commencer mon dernier chapitre. Je suis maintenant dans la phrénologie et le droit administratif, sans compter le De Officiis de Cicéron, et le coït des paons. Vous qui êtes (ou qui, mieux, avez été) un rustique, avez-vous vu ces bêtes se livrer à l'amour ? Je crois que certaines parties de mon chapitre manqueront de chasteté. J'ai un moutard de moeurs inconvenantes, et un de mes bonshommes pétitionne pour qu'on établisse un b... dans son village. Je vous embrasse plus fort que jamais. J'ai des idées sur la manière de faire connaître Boule de Suif, mais j'espère vous voir bientôt. J'en demande deux exemplaires. Rebravo ! n... de D... !
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À PAUL ALEXIS.
Dimanche, 1er février 1880. Merci de votre volume, mon brave Alexis, il m'a fait grand plaisir. J'avais déjà lu Lucie Pellegrin, et il m'en était resté le souvenir d'une chose raide. Elle m'a semblé plus raide encore : ça a de la poigne. C'est fort et amer ! et on sent que c'est vrai. La chienne enceinte est une trouvaille d'artiste. Il y a des mots et des traits bien heureux, tels que l'Adèle "qui aurait couché avec le roi des Belges", et, page 25, le sang qui coule sur la cuvette ; page 41 : "ça a des envies comme une femme, une chienne enceinte..." ; page 42 "envie de me pocharder avec vous" ; page 44 "parce que je ne fais plus la noce". – Et la mort ! magnifique ! Dans Monsieur Fraque, j'ai remarqué surtout la psychologie, page 72. "Elle poussait l'injustice..." "Elle se sentit toute disposée à lui rendre la vie dure." La villa Poorcels (78) très juste ! et l'évêque qui vient ! – 82 : je blâme absolument le mot "Si jeune, monsieur..." parce qu'il est connu ! (et dans Balzac et dans Soulié). – 84 : Je ne crois pas qu'on puisse être magistrat et garde national (?) S'en informer ! ces deux fonctions me paraissent incompatibles. – L'amour de Mme Fraque pour le petit prêtre vient très bien. Le pasteur protestant et sa famille sont excellents. – 44 : parfaite, la distribution des prix : je m'y suis retrouvé. – Lamôle est très bien, pendant la déclaration de cette femme qui couvre son lit de baisers (137-138) ; et l'idée de le tutoyer, exquise (139). – La lutte du curé et du pasteur, très bien – et ce que pense Fraque à la fin (147), très bien. Les Femmes du père Lefèvre m'ont fait rire tout haut deux ou trois fois (sic). C'est d'un comique excellent. Le café, les Coqs, la binette du père Lefèvre m'ont charmé. Tout cela est vu et senti. Bravissimo. Pages 176, 177, l'ahurissement de la population, charmant. Peut-être y a-t-il un peu de longueur et abus de procédé, dans l'attente des dames ? Mais leur arrivée dans le café, la stupéfaction de leur laideur est tout bonnement sublime. Les ombres sur le mur d'en face pendant le bal, ingénieuses. En somme, quelque chose de bien cocasse et de bien amusant. Monsieur Mure est le moins original des trois contes, malgré des choses excellentes. Le lecteur se demande d'abord s'il est naturel qu'un monsieur écrive ainsi sa vie, minute par minute. Il fallait, peut-être, développer davantage la psychologie d'Hélène. On la pressent, on la soupçonne plutôt qu'on ne la connaît. À force d'être fin, l'auteur manque de franchise ! Pages : 265. "Le temps est un grand maître", encore un mot trop connu. – 270. Phrase de haut vol ! "n'escortant d'autre bière..." – Le père Derval excusant sa fille après l'avoir maudite, très nature ! – 285. "Je lui disais des choses que je ne pense pas ordinairement", profond. – 288. Paysage du quartier de l'Europe, neuf et bien fait. – 291, très bon, 291, leurs adieux, idem. – 292 et 295, une étourderie : Lucienne ou Julienne ? (J'ai commis la même erreur dans l’Éducation sentimentale.) – 388, les réflexions à la Morgue en regardant les nippes des femmes, bien. L'hôtel meublé, du reste, est bien fait. Ici commence le mystère. Se livre-t-elle à la prostitution ? Et le saltimbanque ? est-ce la première fois qu'elle... avec lui ! (337, page excellente). On serait curieux de savoir comment elle s'est réconciliée avec son mari. Maintenant, mon cher ami, je vais vous faire des remarques de pion : Page 4. Avait rompu le silence, locution toute faite. Page 5. Menaça, pour dire que son geste était menaçant, n'est point d'une langue pure. Page 63. Un cigare... on ne fumait pas tant que ça, alors. La Madeleine n'était pas inaugurée, ni même achevée. Page 229. "En ce temps-là" sous la Restauration, il n'y avait pas de Pouvoirs à côtelettes. Page 241. Prendre un bain de pieds. Indélicat ! – à quoi bon ? Page 278. Un mazagran n'est pas de la langue de M. Mure, lequel est un magistrat. Pourquoi ainsi parler argot ? Dernière remarque : pourquoi initiez-vous le public aux dessous de votre oeuvre ? Qu'a-t-il besoin de savoir ce que vous en pensez. Vous êtes trop modeste et trop naïf. En lui disant par exemple que M. Mure n'a pas existé, vous glacez d'avance le bon lecteur. Et puis, que signifie "le triomphe certain de notre combat", dans la dédicace ? Quel combat ? Le Réalisme ! Laissez donc ces puérilités-là de côté. Pourquoi gâter des oeuvres par des préfaces et se calomnier soi-même par son enseigne ! Tout ce que je viens de vous écrire doit vous prouver, cher ami, avec quelle attention j'ai lu votre livre. Il m'eût été facile de vous écrire : "Admirable partout !" Mais je vous aime trop pour user avec vous de procédés banaux. Là-dessus, une forte poignée de main, mon bon.
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À M. LÉON HENNIQUE.
Nuit de lundi, 3 [2-3 février 1880]. Mon cher Ami, Deux hypothèses : ou je suis un idiot, ou vous êtes un farceur. Je préfère la seconde, naturellement. Sous prétexte de blaguer le romantisme, vous avez fait un très beau livre romantique. Mais oui ! Il y a là dedans un drame à la Shakespeare ! soyez-en persuadé. "L'âme telle qu'elle est !" prétendez-vous la connaître ? "Personnages exagérés", nullement. "Langage conventionnel ?" pas du tout ! Et puis, de quoi parlez-vous ? Quelle école ! Où y a-t-il une école ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Et où sont les hommes de 1830 ? Je vous défie de m'en citer un, à commencer par le père Hugo, qui soit encore dans la tradition. Notez que je vous parle de choses que je connais personnellement. Vous croyez avoir blagué leur style ? Détrompez-vous ! Lisez donc Pétrus Borel, les premiers drames d'Alexandre Dumas et d'Anicet Bourgeois, les romans de Lascailly et d'Eugène Sue : Trialph et la Salamandre. Comme parodie, de ce genre-là, voir les Jeune-France de Théo, un roman de Charles de Bernard, Gerfaut, et, dans les Mémoires du Diable de Soulié, l'artiste. Chaudes-Aigues et Gustave Planche ont fait au romantisme absolument les mêmes reproches que l'on fait au réalisme. Ponsard n'a dû son succès qu'à cette réaction qui date de quarante ans, trente-neuf ans pour être exact, ni plus, ni moins. Édifiez-vous avec la critique d'Armand Carrel sur Hernani, qui pourrait s'appliquer à l’Assommoir. Mlle Mars ne voulait pas prononcer le mot "amant", comme trop obscène, etc... Cette manie de croire qu'on vient de découvrir la nature et qu'on est plus vrai que les devanciers m'exaspère. La Tempête de Racine est tout aussi vraie que celle de Michelet. Il n'y a pas de Vrai ! Il n'y a que des manières de voir. Est-ce que la photographie est ressemblante ? pas plus que la peinture à l'huile, ou tout autant. À bas les écoles quelles qu'elles soient ! À bas les mots vides de sens ! À bas les Académies, les Poétiques, les Principes ! Et je m'étonne qu'un homme de votre valeur donne encore dans des niaiseries pareilles ! Maintenant, je commence. J'ai entamé votre volume hier à dix heures du soir et je l'ai fini à trois heures du matin, ce qui vous prouve qu'il m'a amusé. Et je n'ai pas ri une minute (vous avez manqué votre but). Au contraire, j'ai admiré. Quand ça n'est pas beau, c'est charmant. Je crois que vous ne comprenez pas ce que vous avez fait. Page 9. – Des vers très galants, et le dernier couplet exquis. Vos bandits sont classiques, ce sont ceux de tous les romans picaresques. Mais ça n'est peut-être pas vraisemblable de parler du crime si légèrement. Ils font des plaisanteries, enfin ils sont grotesques ! La nature (! ! !) ne parle pas comme ça. Exemple : dans le romantique Molière, les lazzi de Sbrigani et de Nérine. Ponthau, mon bon, est une création tout à fait hors ligne ! J'y reviendrai. Page 23. – "Porte le cachet des élégants de la cour" ; ça, ce n'est pas du style des romantiques. Ils avaient bien morbidezza et "pittoresque" (déjà vieux en 1815), mais pas de "cachet". Page 38. – "Mazaroz" ? Eh bien, il parle très simplement, ce fanatique ! Page 53. – Le miracle raté, et le commencement du doute dans l'âme de Ponthau, est tout bonnement sublime. Oui, n... de D... ! Suzanne amoureuse du maître au lieu du valet, très nature, très organique. Elle va au plus beau mâle ! Qu'il bouscule les processions, très bien ! ça se faisait tous les jours (voyez Histoire du Parlement de Normandie, par Floquet). Cela n'est nullement exagéré. La scène entre Henriette et Ponthau, admirable, admirable ! et un homme comme Ponthau n'a pu ni dire ni agir autrement. Et puis il y a là des choses du plus grand style : "Aucune plante, etc..." – "Pauvre femme ! tu pleures..." et toute la page 160, superbe ! Voyez-vous un Frédérick Lemaître, jeune, disant cela ? Mais le théâtre en croulerait d'enthousiasme ! Et le revirement : "Retournez à votre lit, ma tête bat sous le fardeau de vos derniers baisers..." Vous ne trouvez pas ça beau, mon bonhomme ? Tant pis pour vous ! "Je me suis vautré sur votre corps comme les vers du cimetière, etc..." biblique ! et c'est bien l'occasion d'être biblique. Le baptême, très juste de ton et très probable, historiquement. Page 171. – "Il faut être orgueilleux pour se dévouer..." Ayez beaucoup de mots comme ça ! Page 185. – Le maître et le valet se labourant la peau à coups de poignards ! Vous croyiez peut-être que ça ferait rire ? Mais imaginez du sang qui coulerait, et on ne rirait plus. Seulement l'action, ici, est amenée trop vite, et puis il y a eu des gens comme ça et il y en a encore. Pendant l'Exposition de 1867, des Japonais, à Paris et à Marseille, se sont livrés à des duels de ce genre. Comme pénitence, les bouddhistes en font autant, et en France, à l'heure qu'il est, certains catholiques !... tels que M. Dupont, de Tours (voyez la Foire aux reliques et l'Arsenal de la dévotion, de Paul Parfait). C'est donc... naturel, bien que ce soit... exagéré ! Mais tout ce qui est beau est exagéré. Sarcey n'est pas exagéré ! Je continue : Henri IV me paraît très ressemblant, à l'idée qu'on se fait, ou du moins que je me fais d'Henri IV. Page 268. Superbe, Barabbas dans la chapelle ! Il y a là un souffle à ranimer Rabelais dans son tombeau. Les commencements du doute amenés dans l'âme de Ponthau par l'amour, et son espèce de folie, sa proposition d'enlever Hélène, et surtout la page 275, très fort, très fort ! L'épisode de l'Oiseleur, idem. Pages 274-275. La défense de Ponthau fait songer à D'Aubigné et à Corneille. Allons ! Vous vous foutez du monde ? C'est bien ! Mais de moi, ce n'est pas gentil ! Page 303. "J'en ai bu une pleine coupe..." Eh ! oui, c'est vrai ! exemple : Léger, Papavoine et l'homme des environs de Gênes qu'on appelait "la Hyène". Il y a dans Shakespeare des choses de cette force, voir Titus Andronicus, et dans le Clitandre du classique P Corneille. Page 315. Ponthau s'apercevant de son impuissance thaumaturgique ; je n'ai pas d'expression pour vous exprimer combien je trouve cela fort ! Maintenant, l'époque et le caractère du dit Ponthau étant donnés, en est-il arrivé à ce point de philosophie ? J'en doute. Mais qu'importe ! Puisque c'est une conséquence logique de tout ce qui précède. C'est d'ailleurs un homme de nos jours qui parle ainsi. Et, à cause de cet anachronisme (s'il y en a un) votre oeuvre n'en est que plus vivante. Tant il est vrai que le sujet importe peu, et le temps où se passe une action, idem. On peut faire du moderne en peignant la cour de Sésostris, et même, en la peignant, je vous défie de n'en pas faire. Le Moderne, l'Antique, le Moyen âge, subtilités de rhéteur, voilà mon opinion ! Je suis né sous la Restauration : est-ce du moderne ? Non, car je vous jure que les moeurs de ce temps-là ne ressemblent pas plus à celles d'à présent qu'elles ne ressemblaient à celles du temps d'Henri IV. De par la théorie qui a cours, il me sera défendu d'en parler ? Dieu sait jusqu'à quel point je pousse le scrupule en fait de documents, livres, informations, voyages, etc... Eh bien, je regarde tout cela comme très secondaire et inférieur. La vérité matérielle (ou ce qu'on appelle ainsi) ne doit être qu'un tremplin pour s'élever plus haut. Me croyez-vous assez godiche pour être convaincu que j'aie fait dans Salammbô une vraie reproduction de Carthage, et dans Saint Antoine une peinture exacte de l'Alexandrinisme ? Ah ! non ! mais je suis sûr d'avoir exprimé l’idéal qu'on en a aujourd'hui. Aussi M. de Sacy (pas un romantique, celui-là !) n'a jamais pu comprendre ce truisme que je lui disais un jour : "L'histoire romaine est à refaire tous les vingt-cinq ans." Bref, pour en finir avec cette question de la réalité, je fais une proposition : la trouvaille de documents authentiques nous prouvant que Tacite a menti d'un bout à l'autre. Qu'est-ce que ça ferait à la gloire et au style de Tacite ? Rien du tout. Au lieu d'une vérité, nous en aurions deux : celle de l'Histoire et celle de Tacite. En voilà long, hein ! Mais je termine par une citation de Goethe, un naturaliste qui était romantique, ou un romantique qui était naturaliste, – autant l'un que l'autre – comme vous voudrez. Dans Wilhelm Meister, je ne sais plus quel personnage dit à Wilhelm "Tu me fais l'effet de Saül, fils de Cis ; il sortit pour aller chercher les ânesses de son père et il trouva un royaume !" vous avez voulu faire une farce et vous avez fait un beau livre ! Sur ce, mon bon, je vous serre la main fortement et suis vôtre. P-S. – Alias : La dernière ganache romantique, qui a porté un bonnet rouge et qui couchait au dortoir, un poignard sous son traversin ; qui, à propos de Ruy Blas, a engueulé tous les notables de Rouen en plein théâtre ; qui s'est fait f... à la porte de la préfecture d'Ajaccio pour avoir soutenu, devant le Conseil général attablé avec lui, que Béranger n'était pas le plus grand poète du monde, Et qui a insulté personnellement Casimir Delavigne (action d'éclat !)
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1876
6 Février au 17 juin - Fin juin et juilletAoût à novembre - Décembre
6 février au 17 juin : lettres 1565 à 1583
Après avoir achevé La Légende de saint Julien l’Hospitalier, en février, Flaubert écrit Un cœur simple. George Sand meurt le 8 juin. Rédaction d’Hérodias.
À George Sand.
Dimanche soir [6 février 1876]. Vous devez, chère maître, me traiter intérieurement de "sacré cochon", car je n’ai pas répondu à votre dernière lettre, et je ne vous ai rien dit de vos deux volumes, sans compter que, ce matin, j’en reçois de vous un troisième. Mais j’ai été depuis quinze jours entièrement pris par mon petit conte qui sera fini bientôt. J’ai eu plusieurs courses à faire, différentes lectures à expédier et, chose plus sérieuse que tout cela, la santé de ma pauvre nièce m’inquiète extrêmement, et par moments me trouble tellement la cervelle que je ne sais plus ce que je fais. Vous voyez que j’en avale de rudes ! Cette jeune femme est anémique au dernier point. Elle dépérit. Elle a été obligée de quitter la peinture qui est sa seule distraction. Tous les fortifiants ordinaires n’y font rien. Depuis trois jours, par les ordres d’un autre médecin qui me semble plus docte que les autres, elle s’est mise à l’hydrothérapie. Réussira-t-il à la faire digérer et dormir ? à fortifier tout son être ? Votre pauvre Cruchard s’amuse de moins en moins dans l’existence et en a même trop, infiniment trop. Parlons de vos livres, ça vaut mieux. Ils m’ont amusé, et la preuve c’est que j’ai avalé d’un trait et l’un après l’autre Flamarande et les Deux Frères. Quelle charmante femme que Mme de Flamarande et quel homme que M. de Salcède ! Le récit du rapt de l’enfant, la course en voiture et l’histoire de Zamora sont des endroits parfaits. Partout l’intérêt est soutenu et en même temps progressant. Enfin, ce qui me frappe dans ces deux romans (comme dans tout ce qui est de vous, d’ailleurs), c’est l’ordre naturel des idées, le talent ou plutôt le génie narratif. Mais quel abominable coco que votre sieur Flamarande ! Quant au domestique qui conte l’histoire et qui évidemment est amoureux de madame, je me demande pourquoi vous n’avez pas montré plus abondamment sa jalousie personnelle. À part M. le comte, tous sont des gens vertueux dans cette histoire, et même d’une vertu extraordinaire. Mais les croyez-vous bien vrais ? Y en a-t-il beaucoup de leur sorte ? Sans doute, pendant qu’on vous lit, on les accepte à cause de l’habileté de l’exécution ; mais ensuite ? Enfin, chère maître, et ceci va répondre à votre dernière lettre, voici, je crois, ce qui nous sépare essentiellement. Vous, du premier bond en toutes choses, vous montez au ciel et de là vous descendez sur la terre. Vous partez de l’a priori, de la théorie, de l’idéal. De là votre mansuétude pour la vie, votre sérénité et, pour dire le vrai mot, votre grandeur. – moi, pauvre bougre, je suis collé sur la terre comme par des semelles de plomb ; tout m’émeut, me déchire, me ravage et je fais des efforts pour monter. Si je voulais prendre votre manière de voir l’ensemble du monde, je deviendrais risible, voilà tout. Car vous avez beau me prêcher, je ne puis pas avoir un autre tempérament que le mien, ni une autre esthétique que celle qui en est la conséquence. Vous m’accusez de ne pas me laisser aller "à la nature". Eh bien, et cette discipline ? Cette vertu ? Qu’en ferons-nous ?J’admire M. de Buffon mettant des manchettes pour écrire. Ce luxe est un symbole. Enfin, je tâche naïvement d’être le plus compréhensif possible. Que peut-on exiger de plus ? Quant à laisser voir mon opinion personnelle sur les gens que je mets en scène, non, non, mille fois non ! Je ne m’en reconnais pas le droit. Si le lecteur ne tire pas d’un livre la moralité qui doit s’y trouver, c’est que le lecteur est un imbécile ou que le livre est faux au point de vue de l’exactitude. Car, du moment qu’une chose est vraie, elle est bonne. Les livres obscènes ne sont même immoraux que parce qu’ils manquent de vérité. Ça ne se passe pas "comme ça" dans la vie. Et notez que j’exècre ce qu’on est convenu d’appeler le réalisme, bien qu’on m’en fasse un des pontifes. Arrangez tout cela ! Quant au public, son goût m’épate de plus en plus. Hier, par exemple, j’ai assisté à la première du prix Martin, une bouffonnerie que je trouve, moi, pleine d’esprit. Pas un des mots de la pièce n’a fait rire et le dénouement, qui semble hors ligne, a passé inaperçu. Donc, chercher ce qui peut plaire me paraît la plus chimérique des entreprises. Car je défie qui que ce soit de me dire par quels moyens on plaît. Le succès est une conséquence et ne doit pas être un but. Je ne l’ai jamais cherché (bien que je le désire) et je le cherche de moins en moins. Après mon petit conte, j’en ferai un autre, car je suis trop profondément ébranlé pour me mettre à une grande oeuvre. J’avais d’abord pensé à publier Saint Julien dans un journal, mais j’y ai renoncé.
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À Alphonse Daudet.
Jeudi, 3 heures [10 février 1876]. Je viens de finir Jack, et la tête m’en tourne. Il m’a extrêmement amusé. Le caractère de Charlotte, la pension des pays chauds d’Argenton, Clarisse et Jack... superbe ! Superbe ! Et que de détails exquis ! Nous causerons de votre livre très longuement, quand je l’aurai relu. Je tiens seulement à vous remercier de votre trop belle dédicace, qui m’a fait bien plaisir. Nous devons nous voir demain chez Adolphe, où le grand Tourgueneff nous fera manger des choses moscovites. ça se trouve bien ! On arrosera Jack, à qui je promets une longue vie. Tout à vous, cher ami. Qui vous embrasse et qui vous aime. Testiculos habes, et magnos !
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À George Sand.
Vendredi soir [18 février 1876]. Ah ! Merci du fond du coeur, chère maître ! Vous m’avez fait passer une journée exquise, car j’ai lu votre dernier volume, la Tour de Percemont. – Marianne aujourd’hui seulement. Comme j’avais plusieurs choses à terminer, entre autres mon conte de Saint Julien, j’avais enfermé ledit volume dans un tiroir pour ne pas succomber à la tentation. Ma petite nouvelle étant terminée cette nuit, dès le matin, je me suis rué sur l’oeuvre et l’ai dévorée. Je trouve cela parfait, deux bijoux ! Marianne m’a profondément ému et deux ou trois fois j’ai pleuré. Je me suis reconnu dans le personnage de Pierre. Certaines pages me semblaient des fragments de mes mémoires, si j’avais le talent de les écrire de cette manière ! Comme tout cela est charmant, poétique et vrai ! La Tour de Percemont m’avait plu extrêmement. Mais Marianne m’a littéralement enchanté. Les anglais sont de mon avis, car dans le dernier numéro de l’Athenoeum on vous a fait un très bel article. Saviez-vous cela ? Ainsi donc pour cette fois je vous admire pleinement et sans la moindre réserve. Voilà, et je suis bien content. Vous ne m’avez jamais fait que du bien, vous ; je vous aime tendrement !
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À George Sand.
[Paris], mercredi [8 mars 1876]. Succès complet, chère maître. On a rappelé les acteurs après tous les actes et chaleureusement applaudi. On était content et de temps à autre des exclamations s’élevaient. Tous vos amis, venus à l’appel, étaient contristés que vous ne fussiez pas là. Les rôles d’Antoine et de Victorine ont été supérieurement joués. La petite Baretta est un vrai bijou. Comment avez-vous pu faire Victorine d’après le Philosophe sans le savoir ? Voilà ce qui me passe. Votre pièce m’a charmé et fait pleurer comme une bête, tandis que l’autre m’a assommé, absolument assommé : il me tardait de voir la fin. Quel langage ! Le bon Tourgueneff et Mme Viardot en écarquillaient des yeux comiques à contempler. Dans votre oeuvre, ce qui a produit le plus d’effet, c’est la scène du dernier acte entre Antoine et sa fille. Maubant est trop majestueux et l’acteur qui fait Fulgence insuffisant. Mais tout a très bien marché et cette reprise aura la vie longue. Le gigantesque Harrisse m’a dit qu’il allait vous écrire immédiatement. Donc sa lettre vous arrivera avant la mienne. Je devais partir ce matin pour Pont-L’évêque et Honfleur, afin de voir un bout de paysage que j’ai oublié, mais les inondations m’arrêtent. Lisez donc, je vous prie, le nouveau roman de Zola, Son Excellence Rougon : je suis bien curieux de savoir ce que vous en pensez.
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À Jules Troubat.
[Paris] vendredi, 2 heures [10 mars 1876]. Mon cher ami, Je viens d’apprendre par hasard la mort de la pauvre Mme Colet. Cette nouvelle m’émeut de toutes façons. Vous devez me comprendre. J’aurais besoin de vous voir. je ne risque pas le long voyage du Montparnasse, ignorant vos habitudes. Tout à vous.
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À George Sand.
[Paris, après le 10 et avant le 14 mars 1876]. [Flammarion : 10 mars 1876] Non ! Je ne méprise pas Sedaine, parce que je ne méprise pas ce que je ne comprends point. Il en est de lui, pour moi, comme de Pindare et de Milton, lesquels me sont absolument fermés. Pourtant je sens bien que le citoyen Sedaine n’est pas absolument de leur taille. Le public de mardi dernier partageait mon erreur, et Victorine, indépendamment de sa valeur réelle, y a gagné par le contraste. Mme Viardot, qui a le goût naturellement grand, me disait hier en parlant de vous : "Comment a-t-elle pu faire l’un avec l’autre ?" C’est également mon avis. Vous m’attristez un peu, chère maître, en m’attribuant des opinions esthétiques qui ne sont pas les miennes. Je crois que l’arrondissement de la phrase n’est rien, mais que bien écrire est tout, parce que "bien écrire c’est à la fois bien sentir, bien penser et bien dire" (Buffon). Le dernier terme est donc dépendant des deux autres, puisqu’il faut sentir fortement afin de penser, et penser pour exprimer. Tous les bourgeois peuvent avoir beaucoup de coeur et de délicatesse, être pleins des meilleurs sentiments et des plus grandes vertus, sans devenir pour cela des artistes. Enfin, je crois la forme et le fond deux subtilités, deux entités qui n’existent jamais l’une sans l’autre. Ce souci de la beauté extérieure que vous me reprochez est pour moi une méthode. Quand je découvre une mauvaise assonance ou une répétition dans une de mes phrases, je suis sûr que je patauge dans le faux. À force de chercher, je trouve l’expression juste, qui était la seule et qui est, en même temps, l’harmonieuse. Le mot ne manque jamais quand on possède l’idée. Notez (pour en revenir au bon Sedaine) que je partage toutes ses opinions et j’approuve ses tendances. Au point de vue archéologique c’est curieux, et au point de vue humanitaire très louable, je vous l’accorde. Mais aujourd’hui qu’est-ce que ça nous fait ? Est-ce de l’Art éternel ? Je vous le demande. Des écrivains de son temps ont également formulé des principes utiles, mais d’un style impérissable, d’une manière à la fois plus concrète et plus générale. Bref, la persistance de la Comédie-Française à nous exhiber ça comme "un chef-d’œuvre" m’avait tellement exaspéré que, rentré chez moi (pour me faire passer le goût de ce laitage), j’ai lu avant de me coucher la Médée d’Euripide, n’ayant pas d’autre classique sous la main ; et l’aurore surprit Cruchard dans cette occupation. J’ai écrit à Zola pour qu’il vous envoie son bouquin. Je dirai aussi à Daudet de vous envoyer son Jack, étant bien curieux d’avoir votre opinion sur ces deux livres, qui sont très différents de facture et de tempérament, mais bien remarquables l’un et l’autre. La venette que les élections ont causée aux bourgeois a été divertissante.
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À Madame Roger des Genettes.
[Croisset, du 13 au 18 mars 1876.] Vous avez très bien deviné l’effet complet que m’a produit la mort de ma pauvre muse. Son souvenir ainsi ravivé m’a fait remonter le cours de ma vie. Mais votre ami est devenu plus stoïque depuis un an. J’ai piétiné sur tant de choses, afin de pouvoir vivre ! Bref, après tout un après-midi passé dans les jours disparus, j’ai voulu n’y plus songer et je me suis remis à la besogne. Encore une fin ! La famille, qui est catholique, l’a emportée à Verneuil pour éviter l’enterrement civil et il n’y a eu aucun scandale. Les journaux en ont très peu parlé. Vous rappelez-vous le petit appartement de la rue de Sèvres ? Et tout le reste ? Ah ! Misère de nous ! J’aurais dû vous répondre immédiatement, mais depuis trois jours je ne décolère pas : je ne peux mettre en train mon Histoire d’un Coeur simple. J’ai travaillé hier pendant seize heures, aujourd’hui toute la journée et, ce soir enfin, j’ai terminé la première page. Les inondations m’ont empêché d’aller à Pont-L’évêque. La nature, "quoi qu’on die", n’est pas faite précisément pour l’homme. Ce qu’il y a de beau, c’est qu’il puisse y durer. La semaine dernière j’ai été voir aux Français le Philosophe sans le savoir. Quelle littérature !Quel poncif ! Quelle amusette ! Enfin j’étais si indigné que, revenu chez moi, j’ai passé toute la nuit à relire la Médée d’Euripide pour me décrasser de ce laitage. Comme on est indulgent pour les oeuvres de troisième ordre ! Ah ! ça ne blesse personne ! Allons du courage ! Pensez quelquefois à votre vieil ami.
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À M. Félix Frank.
[Avril 1876.] Si je savais où vous trouver, mon cher ami, j’irais vous remercier de votre volume. Je voudrais vous parler de vos vers, dont je connaissais quelques pièces. Maintenant que je les retrouve, je les réadmire, et les autres aussi. La peur de paraître banal retient ma plume ; quand je vous verrai, je vous dirai tout ce que je pense. Un mot cependant : il me semble que vous avez plus d’âme (de sensibilité dans le vieux sens du mot) que tous les parnassiens modernes. Vous ne méprisez pas la passion, vous ! Une bonne poignée de main, et tout à vous.
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À George Sand.
Lundi soir [3 avril 1876.] J’ai reçu ce matin votre volume, chère maître. J’en ai deux ou trois autres que l’on m’a prêtés depuis longtemps ; je vais les expédier et je lirai le vôtre à la fin de la semaine, pendant un petit voyage de deux jours que je suis obligé de faire à Pont-L’Évêque et à Honfleur pour mon Histoire d’un Coeur simple, bagatelle présentement "sur le chantier", comme dirait M. Prud’homme. Je suis bien aise que Jack vous ait plu. C’est un charmant livre, n’est-ce pas ? Si vous connaissiez l’auteur, vous l’aimeriez encore plus que son oeuvre. Je lui ai dit de vous envoyer Risler et Tartarin. Vous me remercierez d’avoir fait ces deux lectures, j’en suis certain d’avance. Je ne partage pas la sévérité de Tourgueneff à l’encontre de Jack, ni l’immensité de son admiration pour Rougon. L’un a le charme et l’autre la force. Mais aucun des deux n’est préoccupé avant tout de ce qui fait pour moi le but de l’Art, à savoir : la Beauté. Je me souviens d’avoir eu des battements de coeur, d’avoir ressenti un plaisir violent en contemplant un mur de l’Acropole, un mur tout nu (celui qui est à gauche quand on monte aux Propylées). Eh bien ! Je me demande si un livre, indépendamment de ce qu’il dit, ne peut pas produire le même effet. Dans la précision des assemblages, la rareté des éléments, le poli de la surface, l’harmonie de l’ensemble, n’y a-t-il pas une vertu intrinsèque, une espèce de force divine, quelque chose d’éternel comme un principe ? (je parle en platonicien). Ainsi pourquoi y a-t-il un rapport nécessaire entre le mot juste et le mot musical ? Pourquoi arrive-t-on toujours à faire un vers quand on resserre trop sa pensée ? La loi des nombres gouverne donc les sentiments et les images, et ce qui paraît être l’extérieur est tout bonnement le dedans. Si je continuais longtemps de ce train-là, je me fourrerais complètement le doigt dans l’oeil, car d’un autre côté l’Art doit être bonhomme. Ou plutôt l’Art est tel qu’on peut le faire : nous ne sommes pas libres. Chacun suit sa voie, en dépit de sa propre volonté. Bref, votre Cruchard n’a plus une idée d’aplomb dans la caboche. Mais comme il est difficile de s’entendre ! Voilà deux hommes que j’aime beaucoup et que je considère comme de vrais artistes, Tourgueneff et Zola. Ce qui n’empêche pas qu’ils n’admirent nullement la prose de Chateaubriand et encore moins celle de Gautier. Des phrases qui me ravissent leur semblent creuses. Qui a tort ? Et comment plaire au public, quand vos plus proches sont si loin ? Tout cela m’attriste beaucoup. Ne riez pas.
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À Georges Charpentier.
[Paris], samedi [fin avril 1876]. Mon cher ami, Toute la journée de jeudi j’ai attendu de vos nouvelles. Hier, je comptais sur la visite de Zola qui ordinairement va vous voir le vendredi. Je suis trop souffrant de mon zona pour pouvoir m’habiller. Autrement j’irais chez vous. Dites-moi ce qui en est, mon pauvre ami, et croyez bien que je vous aime et vous plains tous les deux. Votre.
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À Madame Roger des Genettes.
[Paris, fin avril 1876]. Il m’ennuie de vous extrêmement et je voudrais avoir une lettre, une très longue lettre. Mon Histoire d’un Coeur simple avance très lentement. J’en ai écrit dix pages, pas plus ! Et pour avoir des documents j’ai fait un petit voyage à Pont-L’évêque et à Honfleur ! Cette excursion m’a abreuvé de tristesse, car forcément j’y ai pris un bain de souvenirs. Suis-je vieux, mon dieu ! Suis-je vieux ! Savez-vous ce que j’ai envie d’écrire après cela ? L’histoire de saint Jean-Baptiste. La vacherie d’Hérode pour Hérodias m’excite. Ce n’est encore qu’à l’état de rêve, mais j’ai bien envie de creuser cette idée-là. Si je m’y mets, cela me ferait trois contes, de quoi publier à l’automne un volume assez drôle. Mais quand reprendrai-je mes deux bonshommes ? Depuis quinze jours je jouis d’un zona bien conditionné, autrement dit "mal des ardents, feu de Saint-Antoine", ce personnage m’occupant toujours. Calme plat dans les régions littéraires, si tant est qu’il en existe encore !
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À sa nièce Caroline.
Chenonceaux, vendredi matin, 11 heures [12 mai 1876]. Mon loulou, Je viens d’écrire à Chevalier, pour qu’il révèle à Clémence le "secret des Bottes", car la clef de mon pauvre cabinet est dans une de mes bottes en cuir de Russie. La trouvera-t-elle ? Monsieur vieux a une si malheureuse imagination que la vue de ton billet m’a fort troublé. J’avais peur. De quoi ? Je n’en sais rien ! Mais j’avais peur ! L’hospitalité d’ici est charmante. Je couche dans le lit de François Ier, un lit à estrade et à baldaquin ! Quelles cheminées ! Etc. M. Wilson n’est pas à Chenonceaux. J’ai pour compagnon un peintre charmant. Il sait par coeur toutes mes oeuvres, ainsi que Mme Pelouze. J’arriverai demain soir à Paris, vers 9 heures, je crois, et à la maison pas avant 10 heures. Qu’on me garde à dîner. Bécots de Ta vieille nounou.
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À Ernest Renan.
[Paris, du 19 au 26 mai 1876]. Mon cher ami, La nuit de vendredi dernier (19 mai 1876) sera une date dans ma vie. J’ai reçu votre volume à 9 heures du soir et je ne l’ai plus quitté. Avant-hier et hier je n’ai pas eu un moment à moi, sans quoi je vous aurais écrit tout de suite, pour vous remercier du plaisir infini que vous m’avez fait. Je ne me souviens d’aucune lecture pareille ! à l’inverse de cette dame qui trouvait que vos pages lui faisaient froid au coeur, je me suis délecté dans votre oeuvre comme dans un bain d’air chaud et parfumé. Comme c’est bien ! Comme c’est beau ! Et comme c’est bon ! Il est possible que vous blessiez les catholiques et que les positivistes froncent le sourcil. Moi, vous m’avez édifié ! Et quelle langue vous avez ! Comme c’est à la fois noble et régalant ! Malgré l’entraînement des idées, il y a telle page que j’ai relue plusieurs fois de suite (comme les pages 133-134, entre autres). L’impossibilité du miracle, la nécessité du sacrifice (du héros, du grand homme), le machiavélisme de la nature et l’avenir de la science, voilà des points qui n’ont été traités par personne comme par vous et qui me semblent désormais incontestables. Je vous remercie de vous être élevé contre "l’égalité démocratique", qui me paraît un élément de mort dans le monde. Je connaissais votre lettre à Berthelot, mais je ne connaissais pas sa réponse qui me paraît, elle aussi, être un morceau de haut goût. Je n’avais pas lu "la Métaphysique et son avenir" (parue sans doute dans la Revue des Deux Mondes ?). Voilà de la critique ! Comme c’est bien ça, l’école normale et la philosophie officielle de notre temps ! Que vous dirai-je de plus, mon cher Renan ? Je vous aime pour votre grand esprit, pour votre grand style, pour votre grand coeur. Vous m’avez honoré en citant mon nom au seuil de votre livre et plus que jamais je me sens fier d’être votre ami. Je vais maintenant relire (et à la loupe) ce charmant et fort bouquin. Puis, un de ces jours, j’irai en causer chez vous.
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À Madame Maurice Sand.
[Paris], jeudi soir [25 mai 1876]. Chère madame, J’ai envoyé ce matin un télégramme à Maurice pour avoir des nouvelles de Madame Sand. On m’a dit hier qu’elle était très malade. Pourquoi Maurice ne m’a-t-il pas répondu ? J’ai été ce matin chez Plauchut, afin d’avoir des détails. Il est à la campagne, au Mans, de sorte que je reste dans une incertitude cruelle. Soyez assez bonne pour me répondre immédiatement et me croire, chère madame, votre très affectionné. 4, rue Murillo, Parc Monceau.
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À Madame Maurice Sand.
[Paris], samedi matin, 3 juin [1876]. Chère madame, Votre billet de ce matin me rassure un peu. Mais celui d’hier m’avait bouleversé. Je vous prie de me donner des nouvelles très fréquentes de votre chère belle-mère. Embrassez-la pour moi, et croyez bien que je suis Votre tout dévoué. À partir du milieu de la semaine prochaine, vers mercredi ou jeudi, je serai à Croisset.
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À la princesse Mathilde.
Samedi soir [3 juin 1876]. Princesse, Je me propose d’aller vous faire mes adieux lundi prochain. Renan doit venir avec moi. Voulez-vous nous envoyer chercher à Sannois à 6 h 28 ? Mme Sand est très malade, et j’ai peur d’être appelé près d’elle, d’un moment à l’autre. Cependant un télégramme de cette nuit me rassure un peu. Donc, j’espère pouvoir aller chez vous lundi prochain. Je vous baise les deux mains. Votre vieux fidèle et dévoué.
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À sa nièce Caroline.
Croisset, mardi, 3 heures [13 juin 1876]. Ma chère Caro, me voilà revenu dans mon pauvre vieux Croisset, que j’ai trouvé en très bon état, et prêt à y piocher de toutes mes forces. Mon voyage s’est passé dans la compagnie d’anglais stupides qui ont joué aux cartes tout le temps. Je lisais des journaux qui relataient les funérailles de ma vieille amie, et le trajet ne m’a pas semblé long. Arrivé à Rouen, afin d’éviter la vue des boulevards et celle de l’Hôtel-Dieu, j’ai fait prendre à mon fiacre la rue Jeanne-d’Arc. Émile m’attendait. Avant de défaire mes cantines, il a été me tirer une cruche de cidre que j’ai entièrement vuidée, à sa grande terreur, car il me répétait : "mais monsieur va se faire mal." Elle ne m’a point fait de mal. Au dîner j’ai revu avec plaisir la soupière d’argent et le vieux saucier. Le silence qui m’entourait me semblait doux et bienfaisant. Tout en mangeant, je regardais tes bergeries au-dessus des portes, ta petite chaise d’enfant, et je songeais à notre pauvre vieille, mais sans peine ou plutôt avec douceur. Je n’ai jamais eu de rentrée moins pénible. Puis j’ai rangé ma table. Je me suis couché à minuit ; j’ai dormi jusqu’à 9 heures. Ce matin j’ai fait un tour dans le jardin, et j’ai causé avec Chevalier qui m’a fait des récits pittoresques des inondations, et je vais me remettre tout à l’heure à mon Histoire d’un Cœur simple. J’ai fait mettre un des bancs de Pissy dans le mercure dont la haie est refaite à neuf. Enfin, pauvre chat, il me semble que tout est comme autrefois, et je ne pense nullement à l’exécrable on… La première fois que j’irai à Rouen, j’irai voir Mlle Julie. Mais elle m’embarrasse, ou plutôt j’ai peur qu’elle ne m’embarrasse, car elle est encore malade, et Émile témoigne une grande répugnance à la soigner. Il paraît qu’Achille a été la voir très souvent cet hiver. Quelle conduite dois-je tenir ? Adieu, pauvre chère fille, bonne santé, bon moral, bonne peinture. Ton Vieux affectueux.
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À sa nièce Caroline.
[Croisset], samedi soir, 6 heures [17 juin 1876]. Chère Caro, Encore une mort ! Ce matin j’ai reçu le billet de faire part de celle d’Ernest Lemarié. Bien que je ne visse jamais cet ancien camarade, sa mort me fait de la peine. Nous avions été ensemble au collège et à l’École de droit ; enfin, pendant toute notre jeunesse, nous ne nous étions guère quittés. Ce n’est plus maintenant qu’un souvenir. Il faudrait se cuirasser dans un égoïsme impénétrable et ne songer qu’à la satisfaction immédiate de sa propre personne. Ce serait plus sage, mais ce n’est pas possible, pour moi du moins. Avant-hier, j’ai eu la visite de M. et Mme Lapierre et hier j’ai dîné chez eux. Ils ont poussé la générosité jusqu’à me faire cadeau de quatre bondons de Neufchâtel primés au grand concours régional ! J’ai reçu un autre cadeau : un livre du FAUNE et ce livre est charmant, car il n’est pas de lui. C’est un conte oriental intitulé Vathek, écrit en français à la fin du siècle dernier par un mylord anglais. Mallarmé l’a réimprimé avec une préface dans laquelle ton oncle est loué. C’est demain la "Fête du Pays", et il y a contre le mur de la cour une belle affiche jaune promettant "tous les plaisirs que l’on peut désirer". De leur côté messieurs les restaurateurs s’engagent à fournir "tout le confortable désirable". Mais s’il fait demain le temps d’aujourd’hui, la foule ne sera pas nombreuse. Le vent souffle violemment, un air glacial règne sur nos bords, et le ciel donne une lumière blanche et triste. Malgré tout, je ne suis pas triste, bien que je regrette mes deux compagnons. Parlez-vous de moi souvent ? J’ai écrit une page, et ce soir, j’en aurai préparé trois autres. Voilà tout, pauvre chérie. Je n’ai plus rien à te dire si ce n’est que je t’aime bien fort et songe à toi dans ma solitude. Vieux t’embrasse. […] J’ai reçu ce matin une lettre de Mlle de Chantepie que je croyais morte ; c’est pour me parler de Mme Sand. Et puis une autre lettre de l’éditeur Conquet qui me demande l’autorisation de publier mon portrait. Je m’empresse de lui refuser cette faveur. Allons, encore un bécot, pauvre chat. Bonne santé, bon courage et surtout un incommensurable mépris pour On.
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À Mademoiselle Leroyer de Chantepie.
Croisset, 17 juin 1876. Ma chère correspondante, Non ! Je ne vous avais pas oubliée, parce que je n’oublie pas ceux que j’aime. Mais je m’étonnais de votre long silence, ne sachant à quelle cause l’attribuer. Vous désirez savoir la vérité sur les derniers moments de Mme Sand ; la voilà : elle n’a reçu aucun prêtre. Mais dès qu’elle a été morte, sa fille, Mme Clésinger, a fait demander à l’évêque de Bourges l’autorisation de lui faire un enterrement catholique, et personne dans la maison (sauf peut-être sa belle-fille, Mme Maurice) n’a défendu les idées de notre pauvre amie. Maurice était tellement anéanti qu’il ne lui restait aucune énergie, et puis il y a eu les influences étrangères, des considérations misérables inspirées par des bourgeois. Je n’en sais pas plus long. La cérémonie, du reste, a été des plus touchantes : tout le monde pleurait et moi plus que les autres. Cette perte-là s’ajoute à l’amas de toutes celles que j’ai faites depuis 1869. C’est mon pauvre Bouilhet qui a commencé la série ; après lui sont partis Sainte-Beuve, Jules de Goncourt, Théophile Gautier, Feydeau, un intime moins illustre, mais non moins cher, qui s’appelait Jules Duplan – et je ne parle pas de ma mère, que j’aimais tendrement ! Ce matin même, j’ai appris la mort de mon plus vieux camarade d’enfance. J’avais commencé un grand roman, mais je l’ai quitté pour le moment et j’écris des choses courtes, ce qui est plus facile. L’hiver prochain, j’aurai trois nouvelles prêtes à publier. Je vis maintenant entièrement seul (pendant l’été du moins) et, quand je ne travaille pas, je n’ai pour compagnie que mes souvenirs qui succèdent à mes rêves, et ainsi de suite. La pauvre Mme Sand m’avait souvent parlé de vous, ou plutôt nous avions souvent causé de vous ensemble ; vous l’intéressiez beaucoup. Il fallait la connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie. Elle restera une des illustrations de la France et une gloire unique. Comment va votre esprit ? Lisez-vous toujours de la philosophie ? Je vous recommande le dernier volume de Renan. Il vous plaira. Et ne soyez pas si longtemps sans m’écrire, car je suis tout à vous.
LETTRESaus
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AIDE TEXTES AUTEURS SOMMAIRE
Gustave Flaubert
Madame Bovary
http://abu.cnam.fr/BIB/auteurs/flaubertg.html
MADAME BOVARY GUSTAVE FLAUBERT Madame Bovary. A MARIE-ANTOINE-JULES SENARD MEMBRE DU BARREAU DE PARIS EX-PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE ET ANCIEN MINISTRE DE L'INTERIEUR _ Cher et illustre ami, Permettez-moi dMadame Bovary 'inscrire votre nom en tête de ce livre et au-dessus même de sa dédicace ; car c'est à vous, surtout, que j'en dois la publication. En passant par votre magnifique plaidoirie, mon oeuvre a acquis pour moi-même comme une autorité imprévue. Acceptez donc ici l'hommage de ma gratitude, qui, si grande qu'elle puisse être, ne sera jamais à la hauteur de votre éloquence et de votre dévouement. _
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GUSTAVE FLAUBERT Paris, le 12 avril 1857 A LOUIS BOUILHET PREMIERE PARTIE I. Nous étions à l'Etude, quand le Proviseur entra suivi d'un _ nouveau _ habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail. Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d'études : -- Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les _ grands _ , où l'appelle son âge. Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le _ nouveau _ était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.
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Texte produit par Vincent Maret (maretv@worldnet
Texte produit par Vincent Maret (maretv@worldnet.fr)

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